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Partenaires en soins de santé Tim Johnson Rares sont les Canadiens qui sont prêts à nier que notre système de santé est sous pression. Il suffit de s’asseoir dans une salle d’attente bondée pour s’en convaincre. Malgré tout, les médecins font tout en leur pouvoir pour offrir les meilleurs soins possibles aux patients, une réalité qui n’est pas toujours reconnue par ces derniers, dont certains considèrent les médecins comme des ennemis plutôt que des alliés. Dans des rapports aussi vitaux que ceux de médecin-patient, chacun doit agir à titre de partenaire sans s’affronter. Et c’est bien meilleur pour la santé. « Il est absolument crucial, à mon avis, que le médecin et ses patients développent une relation de partenariat, si on veut réaliser des changements en matière d’habitudes de vie et de soins de santé », d’expliquer le Dr Robert Hauptman, un médecin de famille de St. Albert en Alberta. Voici huit conseils qui vous aideront à tisser de meilleurs liens avec votre médecin si dévoué : Réservez le temps dont vous avez besoin. « Expliquez clairement à la réceptionniste les raisons de la consultation, afin qu’elle puisse réserver suffisamment de temps pour votre rendez-vous », de dire le Dr Maureen McCall, médecin de famille de Red Deer en Alberta. « Tous les jours, nous avons à composer avec un patient qui présente un énorme problème alors que le temps réservé pour lui est seulement de dix minutes ». Arrivez chez le médecin bien préparé. « En qualité de partenaire, vous devez préparer votre visite », explique le Dr Cathy MacLean, omnipraticienne en médecine familiale à Halifax. Présentez vos problèmes en ordre de priorité, sachez quelles questions poser et, si nécessaire, faites une répétition, avant de vous rendre au bureau du médecin. Assurez-vous de bien définir vos symptômes, par exemple une douleur intense et brève ou lancinante, et de dire depuis quand vous la ressentez. Veillez à ce que vos préoccupations les plus importantes soient les premières exprimées, ainsi le médecin leur accordera plus d’attention qu’aux autres. « L’autre jour, se souvient Robert Hauptman, j’ai reçu un patient qui avait un certain nombre d’inquiétudes. Je m’en suis occupé le mieux possible durant la période dont nous disposions, mais juste comme il allait passer la porte, il m’a demandé : « Et au sujet de cette douleur à la poitrine, qu’est-ce qu’on peut faire ? » « Eh bien, il aurait mieux valu que vous m’en parliez en premier », lui ai-je répondu. « Les longues listes de problèmes sont un phénomène bien connu des médecins, alors allez-y, présentez la vôtre ! L’important, c’est que vos questions soient soumises en ordre de priorité », d’ajouter Robert Hauptman. Ainsi, le médecin pourra au moins couvrir les deux points les plus importants pendant la consultation et vous fixer un nouveau rendez-vous pour traiter des autres points. » Renseignez-vous sur votre état de santé. « Soyez bien informé sur votre santé et communiquez à votre médecin les renseignements pertinents. Tenez un registre de vos allergies et des vaccins que vous avez reçus », conseille Cathy MacLean « et renseignez-vous sur vos antécédents médicaux, d’ajouter Maureen McCall, ce qui aidera votre médecin à déterminer les maladies génétiques pour lesquelles vous êtes le plus à risque. Informez votre médecin de votre médication. « Si vous avez un certain âge et que vous prenez de nombreux médicaments, apportez-les lors de vos rendez-vous, y compris les vitamines et suppléments alimentaires », recommande le Dr Susan Gleeson, une omnipraticienne de Peterborough en Ontario. Les gens craignent que le médecin soit mécontent en voyant tous ces médicaments. Pourtant, il est essentiel qu’il sache ce que prend ses patients, à cause de l’interaction possible de ces médicaments avec ceux qu’il pourrait leur prescrire ». Robert Hauptman ajoute que, parfois, les patients demandent à un nouveau médecin de leur prescrire un médicament qu’ils ont à la maison, mais qu’ils connaissent seulement sous le nom de « pilules rouges ». Cela peut obliger le médecin à poser de nombreuses questions pour déterminer ce que sont exactement ces « pilules rouges ». Apporter ses bouteilles de médicaments, lors de la consultation, permet d’économiser du temps et d’éviter la confusion. Écoutez ou avouez. Suivez les recommandations de votre médecin et si vous ne le faites pas, dites-le-lui. Un jour, Susan Gleeson a prescrit à un patient un médicament antihypertenseur. Trois semaines plus tard, quelle n’est pas sa surprise de constater que la pression sanguine du patient est toujours aussi élevée. Il n’avait pas commencé à prendre son médicament et ne s’était pas donné la peine d’en informer son médecin. « Si un patient cache des renseignements à son médecin, cela peut être long avant de découvrir ce qui ne va pas », d’expliquer Susan Gleeson. « Il faut dire la vérité, c’est très important ». Utilisez des sources dignes de confiance. Grâce à Internet, qui regorge de conseils médicaux, certains patients croient qu’il suffit de quelques clics, pour devenir, sans la moindre formation, des spécialistes de la santé. « Mais, de dire Dr Alain Pavilanis, praticien en médecine familiale à Montréal, il est important de respecter l’expertise de votre médecin. « Aller voir son médecin et le mettre à l’épreuve à propos de tout et de rien n’est pas un bon moyen de créer un partenariat. Cela ne veut pas dire que vous ne pouvez pas poser de questions, au contraire, vous devez en poser. » Tandis que la vue d’un patient muni d’une liasse de documents imprimés à partir de sites Internet peut rebuter certains médecins, Alain Pavilanis, lui, n’y voit pas d’inconvénients, pourvu qu’ils proviennent de sources sûres. « Un patient bien informé est une bénédiction dans un partenariat, dit-il, mais si ce patient arrive avec des renseignements que le médecin ne peut valider, c’est une autre histoire ». Les documents, par exemple, qui remettent en question la médecine traditionnelle, comme ceux sur la naturopathie ou l’homéopathie, n’ont pas vraiment leur place dans le cabinet d’un médecin. Soyez au rendez-vous, lors des suivis. Le contrôle de l’efficacité compte parmi les éléments qui déterminent la qualitéd’un traitement. « En bout de ligne, c’est le patient qui est responsable de sa santé », d’expliquer le Dr Alain Pavilanis. « Un médecin peut demander à un patient de revenir le voir dans trois mois, mais c’est la responsabilité du patient de se présenter à son rendez-vous. ». Prenez votre style de vie au sérieux. Le Dr Stephen Major, un médecin de famille de Saint-Jean, Terre-Neuve, trouve très valorisant que ses patients suivent ses conseils et adoptent un style de vie plus sain. « Il est facile de prescrire un médicament et d’obtenir du patient qu’il le prenne, mais le plus important sont les changements à long terme : avoir une meilleure alimentation, faire de l’exercice et se débarrasser d’habitudes malsaines comme le tabagisme ». Stephen Major prend pour exemple un diabétique qui consommait de l’alcool avec excès. Avec l’aide de sa femme, ce patient a suivi les recommandations de son médecin à la lettre. Il s’est inscrit aux Alcooliques Anonymes, a amélioré son alimentation et s’est mis à faire de l’exercice. « Sa glycémie se situe maintenant sous la moyenne pour un diabétique et l’on songe à lui retirer certains de ses médicaments ». Pour Stephen Major, le partenariat en matière de bonne santé s’étend bien au-delà des murs de son cabinet. « Certaines personnes s’attendent à ce que le médecin règle leurs problèmes, quand en réalité la solution vient du patient et de ce qu’il est prêt à faire pour lui-même ». Les risques de la pratique La profession de médecin de famille comporte des défis uniques. Pour le Dr Hauptman, le téléphone cellulaire dans le bureau d’un médecin est une intrusion. Il a fait installer une affiche dans son bureau, incitant les patients à éteindre leur cellulaire. Avec plus ou moins de succès d’ailleurs. « Je ne peux pas vous aider si vous êtes au téléphone », dit Robert Hauptman à ses patients. Le Dr MacLean pour sa part, bien qu’elle soit consciente que la vie des gens est chaotique, comprend mal les patients qui ratent des rendez-vous à répétition, et en connaît certains pour qui le médecin est celui ou celle qui passe après le rendez-vous chez le coiffeur. Elle a aussi déjà eu des problèmes avec des patients qui arrivaient à leur rendez-vous en compagnie d’autres personnes et qui auraient aimé qu’elle les examine au cours de la même consultation. Ce qui heurte le plus le Dr Stephen Major est le comportement autodestructeur de certains patients, à qui on a consacré énormément de temps et des sommes faramineuses pour assurer leur bien-être. Il se souvient, entre autres, d’une femme qui avait passé un mois entier sous respirateur, aux soins intensifs, pour soulager son asthme. « Une semaine après qu’on ait débranché le respirateur, raconte-t-il, on l’a surprise, debout à l’entrée de l’hôpital, en train de fumer une cigarette. Quand on sait qu’il peut coûter 1 000 $ par jour pour un lit aux soins intensifs ! Pour continer sur une note plus sombre, disons qu’il arrive souvent aux médecins d’être menacés par des patients agités ou furieux. « Une fois, je me suis fait vertement réprimandé par une patiente qui m’a dit que parce que j’étais un homme, j’étais insensible, donc incapable de comprendre les femmes et que j’étais, par le fait même, inapte à la soigner. J’ai été blessé et choqué par les remarques de cette patiente. Le Dr Cathy MacLean, quant à elle, a dû faire une demande d’ordonnance restrictive à l’égard du compagnon d’un patient, aux soins prolongés de l’hôpital, qui ne répondait pas au traitement qu’on lui prodiguait. On ne pouvait plus rien pour ce patient, mais son compagnon, lui, croyait que le malade ne recevait pas les soins adéquats. « En gros, il m’a dit qu’il aimerait me voir dans mon cercueil », raconte-t-elle. Bien qu’ils se soient engagés à ne jamais mettre leurs patients en danger, les médecins de famille sont parfois obligés de se mettre eux-mêmes à l’abri du danger. Ce fut le cas du Dr Maureen McCall, qui a un jour soigné, dans un hôpital d’Edmonton, une femme enceinte et toxicomane. « Juste comme je m’installais pour vérifier la progression du travail, elle m’a plaqué son pied sur la poitrine et m’a projetée à l’autre bout de la pièce ». À l’urgence, Stephen Major a vécu une situation semblable avec une patiente agressive, atteinte de la maladie d’Alzheimer. « Elle jurait et nous criait des insultes. Elle m’a décoché un coup de poing, mais a frappé l’infirmière avant de me donner une poussée ». Mais le pire cas, c’est le Dr Robert Hauptman qui a dû y faire face le jour où un schizophrène paranoïde s’est présenté à son bureau avec l’intention de le tuer. Le patient, heureusement, avait commencé sa recherche à l’hôpital de la région, où un membre du personnel a prévenu le médecin que l’homme était en route. Quand ce dernier est arrivé, le praticien l’attendait avec un puissant sédatif prêt à être administré. |
