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L’école en réaction ! Janet French
À l’école, on aurait pu tout de suite injecter à Christian l’hormone appelée épinéphrine (ou adrénaline), ce qui aurait atténué ses symptômes allergiques, mais l’injecteur automatique d’épinéphrine de l’école était rangé dans un placard dont le personnel ne trouvait pas la clé. Heureusement, Christian est arrivé à l’hôpital à temps. « Cet incident nous a laissés craintifs, mon fils et moi, de dire Ana, et depuis j’ai compris que j’aurais dû être encore plus claire et ferme avec l’administration de l’école, afin qu’ils saisissent bien la situation ». Consciente que son fils a failli en mourir, Ana a versé quelques larmes quand elle a su que Sabrina Shannon, une jeune fille de 13 ans de Pembroke en Ontario, a payé de sa vie les services de soins d’urgence défaillants de son école. Allergique au soya, aux produits laitiers et aux arachides, Sabrina est morte en septembre 2003 des suites d’une violente réaction allergique à des frites qu’elle avait mangé à la cafétéria de l’école. Les pinces utilisées pour servir ces frites avaient probablement été en contact avec du fromage à poutine. Croyant qu’elle faisait une crise d’asthme, Sabrina n’est pas allée chercher son injecteur automatique dans son casier. Elle s’est évanouie dans un bureau de l’école et n’a jamais repris conscience. La mort de l’adolescente a suscité l’intervention rapide de David Levac, député provincial de l’Ontario, qui a fait adopter un projet de loi privé exigeant que toutes les écoles de la province instaurent un plan d’urgence précis pour chaque étudiant souffrant d’allergies. Rapidement surnommé Loi de Sabrina, le projet de loi est entré en vigueur en janvier dernier. Les parents de Christian veulent qu’une loi semblable à la Loi de Sabrina soit adoptée en Alberta. Ils ont déjà rencontré à cet effet le ministre de l’Éducation Gene Zwozdesky, qui a admis que les politiques de la province devraient être plus cohérentes. « Les plans d’intervention relativement aux allergies diffèrent d’une école à l’autre », fait remarquer Ana. « Bien que nous vivions dans une société très mobile, je devrais pouvoir trouver, partout en Alberta, les mêmes soins pour mon enfant que ceux offerts par son école actuelle. » Sur la Côte Ouest du pays, Pamela Schroeder, la mère d’Aaron, un garçon de neuf ans allergique aux arachides, exerce des pressions pour qu’une loi semblable à la Loi de Sabrina soit instaurée en Colombie-Britannique. Bien que la commission scolaire de sa ville se soit dotée de règlements pour gérer les cas d’anaphylaxie, ce ne sont pas toutes les écoles qui les respectent. « La situation repose sur la façon dont les parents peuvent défendre leurs enfants et sur le sérieux avec lequel le directeur de l’école traite les allergies », explique Madame Schroeder. Sous la nouvelle législation, par contre, les écoles seraient dans l’obligation légale d’instaurer un plan de prévention et d’urgence semblable à celui qui a été mis en place pour Aaron. Le Nouveau Parti Démocratique de Colombie-Britannique travaille activement à la rédaction d’un projet de loi à cet effet. Les allergies représentent déjà un danger pour les jeunes enfants comme Christian et Aaron, qui sont influençables, mais quand l’enfant atteint l’adolescence, les pressions de l’entourage sont encore plus fortes, faisant surgir d’autres inquiétudes. « Le problème dans les polyvalentes, c’est que les adolescents jouissent d’une grande liberté et qu’ils ne font pas toujours les bons choix », d’expliquer le Dr Christine McCusker, immunologue pédiatrique à l’Hôpital de Montréal pour Enfants, « si bien que l’objectif qui consiste à éliminer totalement les allergènes, dans des écoles où les jeunes vont et viennent à leur guise, est à toute fin pratique inatteignable ». Dans un tel contexte, le risque d’être en contact avec des aliments allergènes est beaucoup plus élevé. Il ne faut donc pas s’étonner qu’il y ait plus de réactions allergènes chez les élèves du secondaire que chez ceux du primaire. Dans le cadre d’une étude américaine, on a observé que plus de la moitié des 32 personnes mortes des suites d’une réaction anaphylactique étaient des adolescents ou de jeunes adultes. Une équipe de spécialistes américains a aussi découvert que 26 % des jeunes souffrant d’allergies n’avaient pas toujours avec eux leur injecteur automatique. Les adolescents, comme on le sait, aiment prendre des risques et sous l’influence de jeunes de leur âge, il peut leur arriver de cacher leurs allergies de peur de paraître vulnérables ou différents de leurs amis. « Et comme en général, leur dernière réaction remonte à l’époque où ils étaient bébés, ils n’ont pas toujours en tête les risques d’allergie », de dire le Dr McCusker. « Enfin, les adolescents ont atteint une phase de leur développement où il sont enclins à courir des risques et à se penser immortels », de conclure Christine McCusker. Une chose est sûre, il faut passer le message aux adolescents. Comme Christine McCusker le dit elle-même aux adolescents allergiques : « il est encore plus embarrassant de s’effondrer par terre, d’avoir du mal à respirer et d’être transporté en ambulance à l’hôpital que d’avoir à dire : en passant, je suis allergique aux arachides. S’il vous plaît, ne m’en donnez pas. » Justen Russell, un étudiant de 16 ans, qui fréquente une classe de 10e année à Calgary, sait à quel point la direction d’une école peut faire la sourde oreille quand il s’agit d’allergies. Justen souffre d’une allergie anaphylactique aux œufs, aux crustacés, au poisson, aux arachides et aux noix. Quand il s’est mis à la recherche d’une école secondaire, l’an dernier, le directeur de l’école de son choix lui a dit qu’il serait mieux de terminer ses classes chez lui, via l’ordinateur. « Je n’ai pas du tout aimé sa réponse, raconte Justen, parce que le plaisir, justement, de fréquenter l’école secondaire c’est d’être avec les gens. Qui a envie de rester tout seul chez soi à regarder un écran d’ordinateur ? » Bien que la mère de Justen, Bonita Hoffman Russell, ait discuté des allergies de son fils avec la direction de sa nouvelle école interdisant les arachides, les jeunes ont continué comme si de rien n’était à circuler avec des sacs d’arachides dans les mains. « Il n’est pas facile de demander aux autres de jeter leurs friandises, admet Justen. Certains d’entre eux étaient vraiment offusqués, alors je ne me tiens plus avec eux depuis. »
Pour Pamela Schroeder, qui se souvient encore du hurlement de la sirène de l’ambulance après la réaction allergique de son fils Aaron, qui a été en contact avec la barre tendre d’un camarade, avoir un enfant allergique signifie qu’il faut organiser sa vie en fonction de lui. « À chaque geste que nous posons, nous devons penser à la façon dont cela peut affecter Aaron, dit-elle. Autrefois, je pensais que je pourrais faire en sorte qu’il n’ait jamais de réaction allergique, mais je sais aujourd’hui qu’il sera confronté tout au long de sa vie à ce genre d’accident. »
ANAPHYLAXIE Il s’agit d’une réaction violente, pouvant parfois menacer la vie, et qui peut affecter plusieurs parties de l’organisme. Il peut s’agir d’une poussée d’urticaire, d’une enflure des lèvres, de la langue et de la gorge, de difficultés respiratoires, de dérangements d’estomac ou de diarrhée. Ces symptômes sont parfois précédés par une sensation de mort imminente appelée angor animi. Les véritables réactions allergiques, contrairement aux irritations ou aux intolérances, sont provoquées par le système immunitaire. Elles apparaissent quand le système immunitaire perçoit comme une menace potentielle des substances inoffensives, telles que des protéines alimentaires, de la même manière qu’il peut reconnaître et attaquer une bactérie infectieuse. De telles substances sont appelées allergènes et les principales défenses immunes contre celles-ci sont les mastocytes présents dans les voies nasales et respiratoires. Lorsque l’organisme reconnaît un allergène, il se met à produire une énorme quantité de petits chiens de garde, soit des anticorps en forme de Y appelés immunoglobulines E (lgE) qui viennent se fixer sur les mastocytes pour les détruire. Imaginez-vous que les lgE sont comme des sentinelles perchées au sommet du grand mât d’un voilier en train de scruter la mer. Quand les anticorps repèrent un allergène, ils s’agrippent à lui, donnant ainsi l’ordre aux mastocytes de se séparer pour libérer des substances chimiques inflammatoires, telles les histamines et les leucotriènes, lesquelles élaborent un plan d’attaque contre les substances invasives. Cette protection, pourtant, a un prix, car ce qui devait protéger l’organisme a finalement l’effet contraire — le mot anaphylaxie, issu du grec, signifie protection excessive ou inversée — si bien que le patient éprouve des symptômes désagréables, et parfois menaçants pour sa vie, d’une violente réaction allergique. Dans un cas de réaction grave, si la personne n’est pas traitée, elle peut entrer en état de choc, subir une chute de pression rapide, devenir très pâle et perdre connaissance. Précisons que ces réactions ne sont pas prévisibles. Elles peuvent se produire immédiatement après l’exposition à l’aliment allergène et s’amplifier rapidement, comme elles peuvent se manifester plus tard et être très faibles au début, ce qui peut être trompeur. Dans de rares cas, l’anaphylaxie est mortelle.
Nos conseils d'experts Pendant que les lois changent, afin de rendre les écoles plus sécuritaires pour les enfants allergiques, voici dix mesures que notre comité d’experts vous recommande :
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