|
|
Armez votre système immunitaire Kristin Jenkins Lindsay Morton se souvient du jour où son médecin lui a téléphoné au travail pour lui dire : « J’ai reçu les résultats de vos tests de sang. Vous avez une mononucléose et une hépatite ». Madame Morton était sidérée. C’est vrai qu’elle avait consulté le médecin pour une laryngite persistante, mais à part de parler avec la voix de Marlène Dietrich depuis deux semaines, elle se sentait tout à fait bien. « Votre système immunitaire est à plat », lui a expliqué le médecin. Rentrez chez vous et gardez le lit pour au moins six semaines, car vous êtes à la merci de n’importe quelle infection. Lindsay Morton avait pris pour acquis que son système immunitaire ferait ce qu’il faut pour la maintenir en santé, mais après une grossesse difficile et une césarienne d’urgence traumatisante, suivies d’une séparation, de soucis financiers et plus récemment d’un retour à un travail à temps plein très exigeant, Madame Morton a vu son système immunitaire s’effondrer. Bien que le système de défense de l’organisme soit assez fort pour lutter contre les virus et les bactéries qui nous environnent, il n’est pas infaillible. « Nos grands-mères avaient raison », de dire le Dr Brian Ward, directeur du Département des maladies infectieuses de l’Université McGill à Montréal. « Une fatigue ou un stress extrêmes peuvent avoir des effets néfastes sur le système immunitaire. » Voici huit mesures à prendre pour garder votre système immunitaire assez fort pour aller au combat : 1. Soyez à jour, côté vaccination ! Même un simple rhume ou une grippe peut affaiblir le système immunitaire suffisamment pour vous rendre vulnérable à d’autres infections, comme la pneumonie ou la sepsie. « Les vaccins sont importants parce qu’ils nous apportent l’immunité que ne peuvent nous offrir les bonnes habitudes de vie, comme de manger sainement », nous explique le Dr Monika Naus, directrice médicale du programme d’immunisation du BC Centre for Disease Control à Vancouver. Renseignez-vous auprès de votre médecin ou des services de santé publique sur la fréquence de vaccination recommandée chez les adultes et les enfants. 2. Lavez-vous les mains plusieurs fois par jour ! Ce n’est pas très sophistiqué, mais c’est un moyen efficace de se débarrasser des germes que l’on recueille en touchant aux surfaces contaminées. Pour éliminer les bactéries et les virus, savonnez-vous les mains et frottez-les ensemble assez longtemps pour avoir le temps de chanter « Joyeux Anniversaire », soit environ 15 secondes. Dites aux enfants, qui ont tendance à ne laver que la paume de la main, qu’il faut aussi se laver entre les doigts, des quatre côtés. Vous n’avez pas d’eau courante à votre portée ? Gardez toujours sur vous des petits chiffons imbibés d’alcool, qui tuent 99 % des microbes.
3. Gardez vos microbes pour vous ! Il est possible, tout en protégeant votre système immunitaire, de protéger aussi celui des autres. Par exemple, au lieu de refiler votre infection à vos collègues de travail, vérifiez si vous ne pourriez pas travailler de la maison. Si votre patron ne veut pas que vous vous absentiez pour un simple rhume, couvrez-vous la bouche quand vous toussez ou éternuez, lavez-vous les mains plus souvent et évitez de donner des poignées de main ou de partager vos ustensiles avec les collègues dans la cuisine du bureau, à l’heure du lunch. 4. Prenez des antibiotiques uniquement quand il le faut ! N’insistez pas auprès de votre médecin pour avoir des antibiotiques si il ou elle vous dit que vous souffrez d’un virus contre lequel les antibiotiques sont impuissants. « De plus, d’ajouter Monika Naus, bien que les antibiotiques puissent sauver des vies, il y a un inconvénient majeur : certains microbes ont développé une résistance à ces médicaments ». En effet, les antibiotiques tuent les bactéries plus faibles, mais ils laissent la porte ouverte à la multiplication de superbactéries difficiles à combattre. Face à ces bactéries qui résistent aux antibiotiques, le système immunitaire doit livrer un combat plus rude. Les antibiotiques ne doivent donc servir qu’à lutter contre des infections bactériennes graves, une pneumonie par exemple, qui peut se développer au courant d’une infection virale prolongée. 5. Vous fumez ? Arrêtez ! Le tabagisme peut avoir un effet stressant sur le système immunitaire parce qu’il envahit l’organisme d’un cocktail de substances chimiques toxiques, si bien que vous êtes plus à risque que les non-fumeurs de développer une maladie. De plus, en cas de rhume ou de grippe, vous serez plus sujets aux complications respiratoires, comme la pneumonie, parce que la cigarette entrave le mécanisme naturel des voies respiratoires dans leurs fonctions d’élimination des agents infectieux. 6. Le ménage, il ne faut pas en faire une maladie ! « Nous savons maintenant qu’un brin de saleté est probablement une bonne chose », nous affirme Brian Ward. En effet, selon une théorie sur l’hygiène, si nous aseptisons trop notre environnement, nous surprotégeons notre famille contre les germes. Il faut plutôt fournir à chacun l’occasion de stimuler, éduquer et conditionner son système immunitaire en le mettant en présence de microbes qui ne sont pas très menaçants, un peu comme le font les vaccins qui apprennent tout doucement au système immunitaire à reconnaître les germes et à les combattre. « Nettoyez, mais ne stérilisez pas », conseille Brian Ward. Vous pouvez intervenir si votre enfant touche aux matières fécales d’un chien, mais il n’est pas nécessaire de lui tremper les mains dans le chlore. L’eau convient à la grande majorité des travaux de nettoyage et il suffit d’y ajouter un savon ordinaire pour venir à bout de 99,9 % de la saleté.
7. Adoptez un mode de vie sain ! Il est important de dormir suffisamment et de rester actif physiquement, mais il ne faut pas s’adonner à des activités physiques trop intenses, car cela peut affecter le système immunitaire et le rendre temporairement vulnérable. Le surentraînement permanent, par exemple, peut favoriser une production supérieure de corticostéroïdes immuno-suppresseurs inducteurs de stress. L’armée microscopique qu’est votre système immunitaire doit alors fonctionner sur ses réserves (voir l’article Ils montent la garde pour vous ! à la page 58). De là l’importance d’adopter un régime alimentaire nutritif et équilibré, riche en liquides, protéines, vitamines, minéraux et acides gras. Trouvez des moyens faciles de lutter contre le stress et ne réagissez pas à la pression en faisant de mauvais choix alimentaires, en fumant ou en consommant de l’alcool à l’excès. 8 .Prenez la vie en riant ! Norman Cousins, auteur de Anatomy of an Illness as Perceived by the Patient, raconte que des doses quotidiennes de bon gros rire, suscité par le visionnement de films amusants, l’ont aidé à guérir d’une maladie du collagène invalidante et potentiellement mortelle. À cet égard, des études laissent entendre que le rire stimule le système immunitaire en augmentant la production de globules blancs et d’anticorps et en réduisant les substances chimiques nuisibles et génératrices de stress. Pour en savoir davantage sur l’immunité, lisez l’article Ils montent la garde pour vous ! Connaître ses propres ennemis Grâce au projet du génome humain, qui a répertorié presque tout le matériel génétique du corps humain, les scientifiques peuvent maintenant isoler de nouveaux virus à une vitesse phénoménale comparativement à il y a 20 ans. « En 1984, quand les scientifiques ont isolé le virus du SIDA (le VIH), après seulement deux ans d’effort, ce fut un véritable exploit pour l’époque », d’expliquer le Dr Joanne Embree, chef du département de microbiologie médicale de l’Université du Manitoba à Winnipeg. « En 2003, on n’aura mis qu’une semaine à découvrir le virus responsable du SRAS ! » Ils montent la garde pour vous ! Le système immunitaire est un garde du corps personnel toujours prêt au combat. Ses ennemis sont les bactéries, virus, cellules cancéreuses et toute autre substance étrangère qui menacent le corps humain. Composé d’organes, de cellules et de tissus spécialisés, ce système hautement organisé ferait pâlir de jalousie n’importe quelle armée moderne. Les généraux L’immunité naturelle — Nous naissons tous avec un système immunitaire prêt à fonctionner, qui est notre première ligne de défense contre les infections. Ses officiers d’état-major sont des récepteurs de type toll, des protéines sentinelles posées sur la membrane des cellules immunitaires, qui détectent les organismes étrangers et ordonnent aux autres cellules de les éliminer. L’immunité acquise — Cette seconde ligne de défense nous protège contre les infections futures, après que nous ayons été exposés à des microbes lors d’une infection ou d’une vaccination. L’immunité maternelle — Une certaine protection est transmise par la mère à l’enfant pendant la gestation par l’entremise du placenta et, après sa naissance, par le colostrum lors de l’allaitement. Voici maintenant quelques-unes des troupes de l’armée immunitaire et leurs champs de bataille : La patrouille frontalière — La peau, les poils du nez et les muqueuses qui tapissent l’intestin et les voies respiratoires agissent comme des barrières contre les intrus. Les acides gastriques détruisent les microbes, tandis que les bactéries bénignes prolifèrent dans l’intestin, empêchant la multiplication des agents infectieux. La caserne — La moelle osseuse, ce tissu mou qui remplit la cavité des os, est l’usine qui produit la majorité des globules blancs (leucocytes) du système immunitaire. Les agents secrets — Les leucocytes peuvent reconnaître un agent pathogène à son retour dans l’organisme et le détruire avant qu’il ne provoque une nouvelle infection. Les lignes de convoi — Le système lymphatique des vaisseaux sanguins génère des globules blancs spécialisés appelées lymphocytes et les transporte partout dans le corps pour combattre les envahisseurs. Les ganglions lymphatiques, des masses minuscules de tissu lymphatique, recueillent les bactéries et les toxines. Les chambres des machines — Situé derrière le sternum, le thymus fabrique différents types de globules blancs connus sous le nom de lymphocytes T (pour thymus). La rate, située dans la partie supérieure gauche de l’abdomen, fabrique et emmagasine elle aussi des lymphocytes. Les soldats Des tueurs-nés — Les phagocytes (mangeurs de cellules) capturent les envahisseurs en se fixant sur eux. Les organismes ennemis sont ensuite ingérés, puis dissous avec des enzymes. Le grand nettoyage — Un système très complexe de protéines enzymatiques du sang, connu sous le nom de complément, désagrège les microbes après leur capture par les globules blancs. Les bombes guidées — Des anticorps, appelés aussi immunoglobulines, immobilisent les bactéries et virus en bombardant la surface des protéines. Les forces spéciales — Les lymphocytes T tueurs provoquent la mort des cellules cancéreuses ou infectées par un virus. Ils sont assistés dans leur travail par des lymphocytes T auxiliaires qui libèrent des cellules immunitaires capables d’éliminer l’ennemi et produisent des agents appelés cytokines qui stimulent la production d’autres lymphocytes T. La mission de reconnaissance — Les cellules dendritiques (ramifiées) patrouillent l’organisme à la recherche d’éléments étrangers. Après les avoir morcelés, elles les déposent à l’extrémité de leurs ramifications où ils sont détruits par les lymphocytes tueurs. |
