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Le mammouth ? Connais pas !
« Notre corps ne sait pas qu’on est en 2006, alors il réagit, devant ce patron qui exige l’impossible, comme s’il était nez à nez avec un mammouth », explique le Dr Sonia Lupien, directrice du Centre d’études sur le stress humain du Centre de recherche de l’Hôpital Douglas, affilié à l’Université McGill de Montréal. Devant une situation de lutte ou de fuite, le cerveau commande aux glandes surrénales, qui coiffent le sommet des reins, de libérer des catécholamines (hormones dont l’adrénaline et la noradrénaline font partie) ainsi que des glucocorticostéroïdes, dont le cortisol. Il en résulte ce que le Sonia Lupien appelle « l’effet Popeye ». Un seule boîte d’épinards donnait au célèbre marin une force surhumaine. La réaction du corps au stress permet de mobiliser une quantité incroyable d’énergie pour affronter le danger imminent. C’est à l’adrénaline que l’on doit les manifestations physiques du stress (respiration haletante, transpiration), tandis que le cortisol, lui, atteint le cerveau et interagit avec l’hippocampe, cette région associée à l’apprentissage et à la mémoire. Toutefois, il y a un côté positif à tout cela, car « sans cette réaction qu’a l’organisme de fuir ou de combattre, nous serions tous déjà morts à l’heure qu’il est », de conclure Sonia Lupien. Une fois dans l’hippocampe, cependant, le cortisol rend la vision télescopique, donc concentrée uniquement sur le danger qui nous menace. Cela a pour effet de réduire notre habileté à reconnaître ce qui est important. « C’est comme si le stress éclaboussait de peinture notre capacité de discernement, nous empêchant de voir ce qui est pertinent », explique la spécialiste. « Ainsi, cette réunion que nous avons « oubliée » parce que nous étions stressés, notre mémoire ne l’a peut-être jamais enregistrée comme importante. Voilà pourquoi même les gens bien préparés peuvent rater une entrevue ou un examen en situation de stress, car celui-ci entrave le processus qui permet de rappeler les choses à la mémoire. » Et comme notre cerveau et notre corps ne peuvent pas combattre les effets du stress au quotidien, la libération de cortisol altère quotidiennement notre capacité à ramener les choses à la mémoire et à reconnaître ce qui est important. À long terme, cela peut conduire à des troubles permanents de mémoire, voire à l’épuisement général. « On se réveille un matin et notre cerveau est en grève », de dire Sonia Lupien. « Désormais, plus rien n’est important. » Quand le stress frappe de plein fouet, Sonia Lupien nous recommande de respirer profondément. « Quand on respire en gonflant le ventre le plus possible, on active un senseur dans le diaphragme qui agit comme un ralentisseur de stress. » Ce ralentissement se fait par l’activation du nerf pneumogastrique, qui à son tour inhibe le système nerveux sympathique — la partie responsable de l’accélération du stress. Une autre moyen de contrer le stress est de penser à quelque chose d’agréable ou de faire quelque chose d’agréable, comme de laisser quelqu’un passer devant vous dans une file d’attente ou d’offrir un café à quelqu’un. L’idée est de tromper l’organisme de manière à ce qu’il stoppe la sécrétion des hormones du stress. « Quand on fait cela, c’est comme si on disait à notre cerveau que nous ne sommes pas en état de faire quoi que ce soit de bon face à un tel danger et que par conséquent, il ne s’agit sûrement pas d’un mammouth ! » |
