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Arrêter de fumer pour de bon! Lucie Turgeon
Comme la première fois, elle pensait qu’elle n’avait pas besoin d’aide pharmacologique puisqu’elle ne fumait qu’un demi-paquet de cigarettes par jour. Elle s’est cependant vite rendue compte qu’elle était beaucoup plus accro qu’elle ne le pensait. « Les premiers jours ont été très pénibles — je ne dormais pas, j’avais des palpitations cardiaques et j’étais d’une humeur exécrable — au point que mon conjoint était prêt à m’acheter lui-même un paquet de cigarettes. » À bout de nerfs, France Savard s’est finalement procurée des timbres de nicotine et quelques aides-sommeil en vente libre. La suite a été beaucoup plus facile et elle est aujourd’hui très contente d’avoir réussi à se libérer de l’emprise du tabac. Des effets néfastes importants La première étape, lorsqu’on veut arrêter de fumer, consiste à connaître à fond la nature du tabagisme. Connaître le véritable visage de la cigarette augmente en effet la motivation à cesser de fumer. « Au Canada, le tabagisme est la principale cause modifiable de maladies et de décès prématurés, » affirme le Dr Chantal Lacroix, médecin-conseil à la Direction de la santé publique de Montréal. Il est en effet responsable de 47 600 décès par année au Canada. Ceci s’explique par le fait que la fumée de tabac inhalée par les fumeurs contient 4 000 substances toxiques dont une cinquantaine reconnues pour causer des cancers. Comme ces substances ont des effets sur plusieurs organes du corps, on associe à la consommation de tabac 85 % des cancers du poumon, 85 % des maladies pulmonaires obstructives chroniques, telles que l’emphysème et la bronchite chronique, 30 % de tous les cancers et de 25 % à 30 % des maladies cardiovasculaires. « En gros, on peut dire que la moitié des fumeurs vont mourir d’une maladie causée par le tabac et perdre en moyenne 10 ans d’espérance de vie », de dire Chantal Lacroix.
De façon spécifique, chez l’homme, le tabac augmente les risques de problèmes de fertilité et d’impuissance. Chez la femme, il est lié au cancer du col de l’utérus, à la ménopause précoce, à une densité osseuse inférieure, à l’infertilité, aux complications pendant la grossesse (décollement prématuré du placenta, avortement spontané et accouchement prématuré) ainsi qu’à un poids de naissance inférieur chez le nouveau-né. Le tabac est aussi associé à la répartition masculine des graisses (dépôt abdominal). « Mais la bonne nouvelle, c’est que quels que soient l’âge et l’état de santé, il est toujours bénéfique de cesser de fumer. Dès la cessation, les risques pour la santé diminuent et ils continuent de diminuer à mesure que l’abstinence se prolonge même si on a fumé pendant 50 ans », précise le Dr Lacroix. PERDRE L’HABITUDE DE FUMER : UN GAIN ÉNORME POUR LA SANTÉ !
Une véritable toxicomanie ! Contrairement à ce que bien des gens pensent, le tabagisme est une toxicomanie au même titre que la dépendance à la cocaïne ou à l’alcool. « Lorsque le fumeur inhale la fumée de cigarette, explique Chantal Lacroix, la nicotine se rend au cerveau en environ 10 secondes, libérant des neurotransmetteurs (la dopamine et la norépinéphrine, par exemple), ce qui entraîne : une sensation de plaisir, une hausse d’énergie, une relaxation musculaire, une augmentation de la concentration et une amélioration de l’humeur. » Cet effet rapide et agréable entraîne une dépendance très forte chez le fumeur. Cela explique en partie pourquoi il est si difficile de cesser de fumer. Privé de sa cigarette, le fumeur se sent mal et éprouve des symptômes de sevrage qui le poussent à fumer. Outre cette dépendance physique et l’inconfort provoqué par le sevrage, il existe d’autres raisons pour lesquelles l’abandon du tabac est un défi de taille. « Pour la plupart des fumeurs, poursuit le Dr Lacroix, fumer est une habitude. La personne qui fume un paquet par jour, par exemple, fait le geste de porter la cigarette à sa bouche environ 90 000 fois par année. Il n’est donc pas facile de briser cette habitude. »
De plus, la cigarette est associée à l’aspect social de la vie des fumeurs. Ils fument avec les amis, en prenant un verre de vin, après le repas, durant la pause-café. La cigarette est aussi liée aux émotions. Le fumeur qui s’ennuie, qui est triste, en colère ou stressé aura envie d’une cigarette pour se calmer. « Enfin, certaines personnes peuvent avoir de la difficulté à cesser de fumer parce qu’elles ont peur de prendre du poids. » Une bonne préparation Selon Chantal Lacroix, il n’y a pas vraiment de moment idéal pour arrêter de fumer. « Il faut être motivé, bien se préparer et avoir du soutien. Voilà ce qui est vraiment important. Il est notamment utile de réfléchir aux raisons pour lesquelles on veut arrêter de fumer, aux situations qui déclenchent notre envie de fumer et aux moyens qui pourraient nous aider à perdre cette habitude. » Il est en effet bon de modifier les comportements associés au tabagisme. Par exemple, le fait de se lever rapidement de table après le repas ou de téléphoner debout. Il est également utile de se fixer une date à partir de laquelle on prévoit cesser complètement de fumer afin de se motiver à passer à l’action. « Sinon, on risque de reporter l’échéance pendant des années. » Plusieurs méthodes sont aussi reconnues pour augmenter le taux de réussite, poursuit le Dr Lacroix. « Il est entre autres prouvé que la médication pour cesser de fumer double les chances de succès. Ces aides pharmacologiques sont les timbres transdermiques, les gommes et l’inhalateur de nicotine ainsi que le médicament bupropion (Zyban). » Cesser de fumer : de l’aide existe !
Surtout, ne pas se décourager ! Chantal Lacroix insiste sur le fait qu’il faut persévérer malgré les rechutes. « La plupart des fumeurs doivent s’y prendre à plusieurs reprises avant de réussir à écraser définitivement. L’important c’est de persévérer en se servant de l’expérience acquise lors des arrêts et rechutes antérieurs et en trouvant de nouvelles stratégies. » Comment ensuite rester non-fumeur pour de bon ? « Il faut être fier d’avoir réussi, se féliciter et se récompenser », explique le Dr Lacroix. Il faut aussi être vigilant toute sa vie et ne pas croire qu’après un certain temps on peut griller une cigarette à l’occasion. « Je connias plusieurs personnes qui ont recommencé à fumer
de cette façon. Être libérée de cet esclavage
est un grand bonheur dans ma vie. Je le souhaite à tout le monde »,
de conclure France Savard. |
