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La fertilité chez les hommes
La stérilité n’est pas seulement l’affaire des femmes

Pam Harrison

Qui pourrait blâmer les hommes ayant subi une blessure à l’aine d’accuser la nature d’avoir placé leur bien le plus précieux à un endroit aussi vulnérable ?

Mais les testicules humains fonctionnent mieux quand leur température est de deux ou trois degrés inférieure à celle du corps. Voilà pourquoi la température est plus basse au scrotum, ce sac qui abrite les testicules et qui les garde au frais en créant une distance avec le reste corps, explique le Dr Gerald Brock, professeur de chirurgie à l’Université Western Ontario à London. « Les muscles logés dans la paroi du scrotum permettent aux testicules de s’éloigner du corps si la température devient trop élevée. »

Malgré l’emplacement précaire des testicules, les coups qu’ils pourraient subir ne compromettent généralement pas la fertilité, mais d’autres facteurs peuvent le faire. L’infertilité des hommes est directement responsable du tiers des échecs de procréation et l’on peut en ajouter un autre tiers quand cette stérilité est combinée à des problèmes d’infertilité féminine. Prenez connaissance des 10 facteurs de risque ci-dessous.

  1. Les substances récréatives toxiques, comme le tabac et la marijuana, abaissent le taux des hormones et la production de sperme, ce qui réduit le nombre de spermatozoïdes produits et leur motilité (capacité d’accéder à l’ovule). L’excès d’alcool et la cocaïne diminuent, eux aussi, la production de sperme et sa qualité.

  2. Les médicaments qui stimulent la croissance, comme les stéroïdes anabolisants, sont des imitations synthétiques de la testostérone. Ils ont la capacité de gonfler les muscles mais aussi de réduire le volume des testicules et de réprimer la production des hormones mâles naturelles, réduisant ainsi la production de sperme quand elle n’est pas carrément annihilée. « Il peut être très difficile de rétablir ces fonctions naturelles chez ces hommes, surtout s’ils ont utilisé longtemps ces drogues », note le Dr Brock.

  3. Les médicaments contre les ulcères et les brûlures d’estomac, tel les H2-bloquants, peuvent affecter la fertilité masculine. L’exposition avant la naissance au diéthylstilbestrol (DES), médicament pris durant la gestation pour prévenir les fausses-couches, peut également compromettre la fertilité.

  4. Un varicocèle, masse de veines ilatées dans le cordon spermatique, résulte de la dilatation des veines du scrotum causée par une mauvaise évacuation du flux sanguin. Ce problème est la cause anatomique de stérilité masculine la plus facile à corriger. « Quand le sang circule dans une veine dilatée, il libère une chaleur excessive et produit un effet comparable à celui d’un radiateur, ce qui abaisse la production et la mobilité des spermatozoïdes », explique le Dr Brock. Les veines dilatées peuvent être ligaturées et la circulation sanguine est alors dérivée vers des veines normales. Il existe aussi un autre traitement, un procédé appelé embolisation, qui consiste à obstruer les veines dilatées en leur injectant de minuscules spirales de métal ou de platine pour bloquer la circulation sanguine.

  5. Les obstructions dans les voies reproductrices mâles peuvent rendre un homme infertile, ajoute le Dr Peter Chan, directeur de la médecine en reproduction masculine au Centre de santé de l’Université McGill à Montréal. Les maladies transmissibles sexuellement peuvent laisser des cicatrices et obstruer les voies reproductrices, tout comme les biopsies ou les procédés chirurgicaux comme la réparation d’une hernie. Les
    médecins utilisent la microchirurgie pour dériver les obstructions et permettre au sperme de circuler normalement. Une maladie infectieuse comme les oreillons peut parfois affecter la fertilité, mais seulement en présence d’une inflammation importante des testicules.

  6. La torsion testiculaire (entortillement des testicules autour du cordon spermatique) provoque le coincement des vaisseaux sanguins et l’interruption de la circulation du sang vers le testicule. « Il s’agit d’une vraie urgence urologique, affirme le Dr Brock, et si on n’intervient pas dans les quatre heures, le testicule pourrait être détruit. » Toute douleur soudaine aux testicules, accompagnée d’enflure, doit donc être considérée comme une urgence médicale.

  7. La chimiothérapie contre le cancer et certaines formes de rayonnements radioactifs peuvent enrayer complètement la production de sperme, soit en s’attaquant aux cellules spermatiques, qui se divisent rapidement, soit en détruisant les cellules souches immatures qui donnent naissance aux spermatozoïdes. Certains hommes ne retrouvent jamais leur capacité de produire des spermatozoïdes après un traitement contre le cancer. Présentement, le seul moyen fiable pour un patient cancéreux d’augmenter ses chances de concevoir un enfant est de déposer du sperme à une banque avant le début du traitement.

    D’autres procédés ont permis au Dr Chan de trouver, par microchirurgie, du sperme dans les testicules d’hommes dont l’éjaculat ne contenait plus de spermatozoïdes viables après un traitement anticancéreux. Ce sperme récupéré par la microchirurgie peut être injecté dans les ovules par une technologie de reproduction assistée appelée injection de sperme intra-cytoplasmique qui augmente les chances pour ces hommes d’être féconds.

  8. Les déséquilibres hormonaux attribuables à des troubles endocriniens peuvent eux aussi affecter la production et la qualité des spermatozoïdes ainsi que l’intensité du désir sexuel. On note, parmi ces déséquilibres, un niveau trop élevé de prolactine, une hormone que l’on trouve en forte concentration chez les mères qui allaitent, ce qui peut conduire à une baisse des hormones mâles. Il est possible de rétablir l’équilibre hormonal par des médicaments et par le fait même la production de sperme.

  9. La stérilité immunologique, par laquelle l’homme produit des anticorps qui s’attaquent à son propre sperme, peut entraîner l’agglutinement des spermatozoïdes et réduire leur capacité à pénétrer l’ovule. Un traumatisme aux testicules ou encore une infection peut causer ce type de stérilité. Heureusement, il est maintenant possible, en laboratoire, de débarrasser les spermatozoïdes de leurs anticorps, puis de les injecter dans l’ovule de
    la partenaire.

  10. Les habitudes de vie qui exposent les organes génitaux à la chaleur — longs bains chauds et séances prolongées dans les saunas — peuvent occasionnellement diminuer la production de spermatozoïdes. Le port de sous-vêtements ou de jeans serrés, ou toute activité qui augmente régulièrement la température de ces « bijoux de famille, » toujours en quête de fraîcheur, font aussi partie des causes peu communes, mais possibles, d’infertilité. Au nombre des « suspects » les chercheurs examinent maintenant les téléphones cellulaires et les ordinateurs portables générateurs de chaleur.

La bonne nouvelle, c’est qu’une fois la cause trouvée — ce qui est possible dans 60 % à 70 % des cas — les chances qu’ont les hommes d’être à nouveau fertiles sont de plus en plus grandes, grâce aux progrès récents de la médecine génésique. « Aujourd’hui, la médecine est en mesure de proposer à la grande majorité des hommes un traitement qui aura, très souvent, de bonnes chances de succès », de conclure le Dr Brock.

Pour plus de renseignements, visitez le site de l’Association canadienne de sensibilisation à l’infertilité au www.iaac.ca ou composez le 1-800-263-2929.


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