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Inverse la gingivite en 4 semaines

Combattre un voleur silencieux
Agissez tôt pour réduire les risques d’ostéoporose

Alice Fisher

Maureen Dunn est reconnaissante envers l’homme qui a essayé de lui dérober son sac à main par une chaude soirée d’été, à Paris, en 1995. Elle était assise à la terrasse d’un café avec son mari, quand un homme s’est emparé de son sac. Au cours de la poursuite effrénée, la Torontoise de 58 ans a été projetée au sol et s’est fracturé le poignet. À son retour au Canada, cette femme en santé, coureuse de fond passionnée, a eu le choc de sa vie en apprenant qu’elle souffrait d’ostéoporose, une maladie qui se caractérise par la fragilité des os.

Le vol du sac à main a été un point tournant pour la quinquagénaire, qui a décidé de devenir porte-parole de la santé des os. Aujourd’hui, elle travaille comme bénévole pour Ostéoporose Canada et essaie de sensibiliser les gens à l’importance d’avoir des os en santé. « Il faut prévenir ce problème dès l’enfance », dit-elle.

Maureen Dunn est loin d’être la seule. Elle fait partie des 25 % de femmes post-ménopausées qui ont reçu un diagnostic d’ostéoporose. L’amincissement des os peut entraîner une déformation de la colonne vertébrale, appelée « bosse de la douairière », ainsi que des fractures, en particulier à la hanche, aux vertèbres et aux poignets, qui surviennent souvent lors d’activités aussi banales que de jouer du piano ou de pelleter de la neige.

La maladie affecte également un homme sur huit après l’âge de 50 ans. Les deux sexes confondus, environ 1,4 million de Canadiens vivent actuellement avec l’ostéoporose. Conséquence d’une baisse d’œstrogène pendant et après la ménopause, l’ostéoporose provoque, chez la femme, des fractures de l’avant-bras dans la cinquantaine, des vertèbres dans la soixantaine et de la hanche quand la femme atteint 70 ans. Les hommes, pour leur part, sont exposés aux mêmes fractures, dans chacune des trois catégories, celles-ci se produisant dix ans plus tard dans leur vie.

Les fractures de la hanche sont la conséquence la plus courante de cette maladie osseuse. En 1993, on a rapporté au Canada 25 000 fractures de la hanche dont les trois-quarts étaient associés à l’ostéoporose. Il faut savoir que ces fractures peuvent être mortelles et qu’une femme sur cinq meurt des suites d’une chirurgie de la hanche. Pour les hommes, les risques de mourir des suites de l’opération sont encore plus élevés : soit un sur quatre. « On ne comprend pas très bien cette différence entre les sexes », de dire le Dr Aliya Khan, spécialiste des os et professeur de médecine à l’Université McMaster de Hamilton, en Ontario. « Cela est peut-être lié au fait que les hommes sont plus nombreux à souffrir de maladies cardiaques et pulmonaires, donc moins à même de supporter les conséquences d’une fracture de la hanche et de la chirurgie qui en découle », d’expliquer le Dr Khan.

Ces décès surviennent généralement dans les six mois suivant la fracture, quand les patients sont alités pendant de longues périodes », d’ajouter le Dr Khan. « Les patients meurent lorsque des caillots de sang se forment dans leurs jambes et montent jusqu’aux poumons. »

Le coût des traitements pour de telles fractures est faramineux. Selon Ostéoporose Canada, la facture totale s’élève à 1,3 milliard de dollars par année pour les soins médicaux seulement. Cela indique qu’avec le vieillissement de la population, cette somme pourrait atteindre les 32,5 milliards de dollars à partir de 2018 si nous n’instaurons pas, d’ici là, un programme de prévention et de traitement plus efficace.

L’ostéoporose n’est pas une conséquence inévitable du vieillissement, mais c’est notre mode de vie qui nous y amène, avec un régime alimentaire faible en calcium et en calories et riche en sodium, la sédentarité, le tabagisme et la consommation excessive d’alcool et de caféine. Tous ces facteurs peuvent freiner le développement normal des os quand nous sommes jeunes et accélérer la perte osseuse quand nous vieillissons.

Maureen Dunn – qui depuis sa chute à Paris prend des suppléments de calcium et de vitamine D ainsi qu’un médicament (Fosamax) pour prévenir la perte osseuse et d’autres fractures – regrette de ne pas avoir instauré, plus tôt dans sa vie, un plan de prévention de l’ostéoporose. « Je détestais le lait quand j’étais enfant », dit-elle en grimaçant. Mais elle aurait dû aussi consommer des suppléments et des substituts alimentaires de produits laitiers riches en calcium.

À l’instar de Maureen Dunn, beaucoup d’enfants ne prennent pas assez de calcium, si important pour la croissance des os dans les années qui vont de la fin de l’enfance jusqu’à l’âge de 20 à 25 ans, alors que le squelette atteint sa masse osseuse maximale. Selon le Dr Khan, le problème est attribuable en partie au fait que les jeunes boivent surtout des boissons gazeuses, pleines de phosphore, ce qui réduit la masse osseuse, et consomment de la caféine qui accélère l’élimination du calcium par le rein.

Le Dr Khan s’inquiète aussi du fait que les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas suffisamment d’activités physiques, un autre élément essentiel au renforcement des os. Elle se préoccupe aussi des adolescentes qui souffrent de troubles alimentaires, comme l’anorexie mentale, et qui se privent littéralement de nourriture, provoquant l’arrêt des menstruations. « Lorsque les règles s’arrêtent, les jeunes filles n’ont plus d’œstrogènes, une hormone essentielle à la formation des os », explique le Dr Khan. Pour une adolescente, des ovaires qui fonctionnent normalement sont indispensables à la formation des os.

Chez la femme, la masse osseuse maximale demeure relativement stable jusqu’à l’âge d’environ 35 ans, puis elle commence à décliner au rythme de 1 % par année jusqu’à la ménopause. Après la perte des œstrogènes, à la ménopause, le déclin du tissu osseux s’accélère et peut atteindre de 5 à 10 % par année sur une période d’environ dix ans. L’œstrogène sous forme de pilules contraceptives peut aider à protéger les os durant les années de fertilité, en particulier chez les femmes dont les règles ne sont pas régulières. Après la ménopause, l’hormonothérapie de remplacement peut continuer à protéger les os, bien que son usage prolongé puisse augmenter les risques de crise cardiaque, caillots sanguins, accident vasculaire cérébral et cancer du sein.

Les traitements

Une fois le diagnostic d’ostéoporose établi, on vous prescrira probablement un traitement pour prévenir une perte osseuse supplémentaire ou pour aider à reconstituer la masse osseuse. Les bisphosphonates entrent dans la première catégorie; ils aident à prévenir la perte osseuse en éliminant les cellules appelées ostéoclastes, qui détruisent les os (voir La genèse de l’os). « On constate une amélioration importante de la densité osseuse avec ces médicaments, qui réduisent environ de moitié les risques de fractures des vertèbres, de la hanche et de l’avant-bras », affirme le Dr Khan. Une variation récente du bisphosphonate Fosamax (l’alendronate), appelée Fosavance, combine le médicament de base et la vitamine D dans un seul comprimé pratique.

Le Dr Jacques Brown, rhumatologue à l’Université Laval à Québec, est très enthousiaste au sujet de Zometa (l’acide zolédronique) un nouveau bisphosphonate, administré une fois par année sous perfusion de 15 minutes. « Ce traitement s’attaque aux cellules tueuses et produit un effet prolongé », dit-il en parlant de ce médicament qui devrait être disponible au Canada d’ici deux ans.

Un autre bisphosphonate commercialisé sous le nom de Boniva aux États-Unis n’est pas disponible au Canada et ne le sera probablement jamais, de dire le Dr Khan, car contrairement à Fosamax, « la preuve n’a pas été faite qu’il puisse prévenir les fractures de la hanche ».

Les SERMS (ou modulateurs sélectifs des récepteurs œstrogéniques) font partie d’une autre catégorie de médicaments qui protègent le tissu osseux. Ces agents se lient à certains récepteurs œstrogéniques pour simuler l’effet protecteur de l’œstrogène, mais au contraire de l’hormonothérapie de substitution, ils n’entraînent pas de risque d’accident vasculaire cérébral, de caillots sanguins ou de crise cardiaque. De plus, les SERMS se sont révélés excellents pour préserver la santé des seins et de l’utérus. Une étude récente a démontré qu’un SERM appelé raloxifène (Evista) était tout aussi efficace que l’anti-œstrogène tamoxifène pour prévenir le cancer du sein chez les femmes à risque, réduisant ces risques de moitié.

Les agents anaboliques comme l’hormone parathyroïde et ses analogues servant à remodeler le tissu osseux. Le plus récent d’entre eux, Forteo, a fait fureur dans la communauté médicale. Administré sous forme d’injection, tous les jours pendant un an et demi, ce médicament peut redonner de la densité à l’os et remettre le squelette dans son état normal. On prévoit l’arrivée sur le marché d’autres agents anaboliques au cours des deux prochaines années. L’inconvénient de ces médicaments est qu’ils sont coûteux. Le prix de Forteo, par exemple, est dix fois supérieur à celui d’un bisphosphonate. Malgré tout, les agents anaboliques devraient être le traitement de premier recours. « L’approche thérapeutique idéale est l’administration, pendant 18 mois, d’un médicament qui remodèle le tissu osseux. On peut prescrire ensuite un traitement d’entretien, comme un bisphosphonate, un SERM ou un autre médicament », de conclure le Dr Brown.

La calcitonine, une hormone administrée par vaporisateur nasal, ralentit l’effet d’érosion des ostéoclastes (voir La genèse de l’os) et permet aux ostéoblastes de fabriquer de l’os plus efficacement.

Le strontium, un élément naturel présent dans le sol, possède des propriétés protectrices et reconstituantes de la masse osseuse. Il devrait être introduit dès l’an prochain sur le marché canadien.

L’avènement de nouveaux médicaments dans le réseau médical et la sensibilisation grandissante de la population à l’égard de la prévention devraient bientôt pouvoir stopper la progression de ce voleur silencieux qu’est l’ostéoporose, comme l’a fait Maureen Dunn avec la fripouille qui a voulu s’emparer de son sac à main.

Pour plus de renseignements, visitez le site français d’Ostéoporose Canada au www.osteoporosecanada.ca ou composez le : 1 800-977-1778.

LA GENÈSE DE L’OS

Loin d’être un monolithe inerte, le squelette humain est un tissu vivant dynamique qui a un cycle de renouvellement régulier. L’os est constitué de cellules, de vaisseaux sanguins et de composés de calcium qui, ensemble, créent une structure minérale poreuse qui fait de notre corps un échafaudage très complexe. L’os possède un centre caverneux qui renferme la moelle osseuse, qui fabrique la plupart de nos cellules sanguines.

  • L’os cortical 

    Près de 80 % de notre squelette se compose d’os cortical qui prend la forme d’une couche extérieure protectrice (en latin, cortex signifie « écorce d’arbre »). L’os cortical est celui qui prédomine dans les membres et qui contribue à donner sa robustesse au squelette.

  • L’os trabéculaire

    Le crâne, les côtes et la colonne vertébrale sont presque entièrement composés de ce type d’os. Celui-ci aide à maintenir la forme du squelette et joue un rôle dans certaines fonctions métaboliques.

  • Le remodelage osseux

    L’os cortical et l’os trabéculaire renferment de la moelle osseuse et ont tous deux un rôle à jouer dans le processus de remodelage du tissu osseux. Ici, le vieux tissu est éliminé et remplacé par un nouveau. Chez une personne jeune et en santé, ce renouvellement se produit tous les trois ou quatre mois, mais il devient plus lent avec l’âge. Trois groupes de cellules interviennent dans le renouvellement osseux :

    • Les ostéoclastes
      Sorte d’explorateurs des profondeurs, ces cellules inspectent les zones affaiblies ou fragmentées du squelette et éliminent le vieux tissu osseux.

    • Les ostéoblastes 
      Ces cellules agissent comme des rénovateurs; elles remplissent les crevasses laissées par les ostéoclastes avec un tissu calcifié et forment ainsi un nouvel os.

    • Les ostéocytes 
      Le rôle de ces cellules est de maintenir l’os en bon état.

  • Les récepteurs des hormones sexuelles

    Quand ils sont activés, les récepteurs des œstrogènes à la surface des cellules osseuses augmentent la disponibilité hormonale du squelette, inhibant ainsi la destruction du tissu osseux et accélérant la formation de l’os. L’hormone mâle testostérone a un effet similaire à celui des récepteurs.

CONNAISSEZ LES RISQUES

L’ostéoporose est parfois appelée le « voleur silencieux » parce qu’elle évolue souvent, comme dans le cas de Maureen, sans qu’aucun symptôme ne se manifeste, jusqu’à ce qu’un os casse tout à coup. Voilà pourquoi il est si important de connaître vos facteurs de risque.

Les facteurs de risque que vous NE POUVEZ changer

  • L’âge

    Les risques augmentent après 50 ans et encore plus après 65 ans.

  • Le sexe

    Les femmes sont plus sujettes à l’ostéoporose et aux fractures parce que la densité minérale osseuse est beaucoup moins grande que chez l’homme.

  • Les antécédents familiaux

    Vous êtes plus à risque si un membre de votre famille immédiate souffre d’ostéoporose.

  • La race

    Les Caucasiens (de race blanche) sont légèrement plus à risque que les autres.

  • La taille

    Les personnes de haute taille sont plus sujettes aux fractures parce que leurs os, plus longs, ont une surface plus grande, et présentent un potentiel plus élevé de fractures.

  • La maladie de Parkinson

    Les patients atteints de Parkinson ont une mobilité réduite qui affaiblit les os et rend la personne plus vulnérable aux chutes et aux fractures.

  • La maladie coeliaque

    Cette maladie de l’intestin caractérisée par un syndrome de malabsorption est associée à une faiblesse des os.

  • Des fractures après 40 ans

    Voilà l’indication d’un problème possible et d’autres qui pourraient surgir avec l’âge.

  • Les médicaments

    La prise prolongée de corticostéroïdes, tels la prednisone, peut réduire l’absorption du calcium par l’intestin et accélérer son élimination par les reins. Les diurétiques et l’héparine peuvent aussi réduire de façon significative l’absorption du calcium.

Les facteurs de risque que vous POUVEZ changer

  • Le poids

    Transporter un certain poids a pour effet de renforcer l’ossature et c’est pourquoi les gens qui pèsent moins de 58 kilos sont plus à risque de souffrir d’ostéoporose.

  • La carence en calcium

    Ce minéral est un constituant essentiel de la masse osseuse (voir l’apport recommandé à la p. 42).

  • La carence en vitamine D

    La forme bioactive de cette vitamine fabriquée par les reins envoie à l’intestin l’ordre d’absorber plus de calcium provenant des aliments ou de suppléments. Cela a pour effet d’augmenter la densité minérale osseuse. Un supplément de vitamine D est parfois nécessaire chez les personnes âgées (voir l’apport recommandé en vitamine D à la p. 42)

  • La sédentarité

    La marche, parce qu’elle oblige à transporter le poids du corps, est le meilleur exercice pour préserver l’ossature. Les exercices exigeant de la force peuvent aussi aider en augmentant la charge sur le squelette, ce qui envoie le signal d’augmenter la masse, afin de répartir la charge sur tout le squelette.

  • Le tabagisme

    Fumer la cigarette ou le cigare entrave le dépôt de calcium sur les os.

  • La consommation excessive d’alcool, de caféine et d’acide phosphorique favorise l’élimination du calcium par les reins.

Apport quotidien minimal recommandé en calcium et vitamine D

CALCIUM

  • Enfants (4 à 8 ans) : 800 mg
  • Enfants (9 à 18 ans) : 1 300 mg
  • Femmes enceintes ou qui allaitent : 1 200 mg
  • Hommes et femmes de moins de 50 ans : 1 000 mg
  • Hommes et femmes de 50 ans et plus : 1 500 mg

VITAMINE D

  • Enfants (4 à 8 ans) : 400 unités internationales (UI)
  • Enfants (9 à 18 ans) : 400 UI
  • Femmes enceintes ou qui allaitent : 400 UI
  • Hommes et femmes de moins de 50 ans : 400 UI
  • Hommes et femmes de 50 ans et plus : 800 UI

Les anges gardiens des os

Des chercheurs américains étudient présentement l’estrène, un agent qui appartient à une nouvelle catégorie de médicaments appelés ANGELS (activateurs de signaux de type œstrogénique non génomique). Ils ont découvert que l’estrène protège la masse osseuse des souris femelles et mâles, de même que l’œstrogène et la testostérone. Mais parce qu’elle isole les propriétés régénératrices sur les os et les effets reproducteurs, l’estrène n’entraîne pas de changements dommageables aux organes reproducteurs, comme le fait l’hormonothérapie. –Diana Swift


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