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Le froid vous coupe le souffle ?
Comment composer avec l’asthme en hiver

Kristin Jenkins

Il fait froid et sec en ce matin d’hiver. Bien que la température soit nettement sous zéro, le soleil brille de tous ses feux et vous décidez de sortir faire votre course à pied de trente minutes. Cinq minutes après votre retour, vous sentez un serrement dans la poitrine et une sorte de chatouillement qui vous fait tousser. Et à chaque inspiration, vous entendez un sifflement. Vous n’avez pas eu de crise d’asthme depuis des années, alors pourquoi maintenant ?

C’est l’exercice physique et le fait que vous vous y êtes adonné par temps froid qui a causé cette crise. Même si vous n’avez jamais été victime d’une forte crise d’asthme, vos voies respiratoires sont très sensibles aux écarts de température et à l’humidité de l’air. L’air froid et sec inhalé par la bouche échappe à l’action des voix nasales qui réchauffent et humidifient l’air avant qu’il n’atteigne les poumons.


Ce phénomène libère des substances chimiques, des leucotriènes entre autres, qui provoquent la constriction (le resserrement) des voies respiratoires, lesquelles vont se contracter et provoquer un spasme. L’exercice ne cause pas de crise d’asthme chez les nageurs « parce que ceux-ci respirent de l’air humide », explique le Dr Robert Schellenberg, chef du Département d’allergie et d’immunologie de l’Université de la Colombie-Britannique à Vancouver.

Voici un autre exemple : celui d’une jeune fille de 12 ans qui est l’une des meilleures joueuses de hockey de son équipe. Quand elle n’est pas sur la glace, son asthme semble sous contrôle — il est rare qu’elle fasse de grosses crises — mais il suffit de quelques minutes sur la patinoire pour que ses bronches se mettent à siffler. Que se passe-t-il donc ?

Ici encore, c’est une activité intense et l’inhalation rapide, souvent par la bouche, de l’air sec et froid sur la patinoire qui ont déclenché cette crise, fait remarquer le Dr Charles Frankish, professeur en allergie et immunologie cliniques à l’Université d’Ottawa.

Même si cette jeune hockeyeuse ne manifeste aucun symptôme d’asthme quand elle n’est pas sur la glace, elle peut quand même souffrir d’une inflammation chronique des voies respiratoires, soit à cause d’un déclencheur d’allergie sous-jacent, comme la présence à la maison d’un animal domestique, soit parce qu’elle a été en contact avec le virus du rhume ou de la grippe. Mais quelle que soit la cause de ces symptômes, leur apparition, lors de l’activité physique, signifie que l’asthme n’est pas bien contrôlé, nous dit le Dr Donald Stark, professeur adjoint au Département d’immunologie et d’allergie de l’Université de la Colombie-Britannique.

« Les gens peuvent être tolérants aux substances qui déclenchent l’asthme à l’intérieur, comme les moisissures ou les particules de poussière, explique-t-il, mais ils peuvent être davantage sensibles à l’air froid et sec lorsqu’ils sont à l’extérieur. »

L’air froid, en effet, peut facilement devenir la goutte d’eau qui fait déborder le vase. « Les gens se disent : je n’ai pas de problème avec mon chat à la maison, mais il suffit que j’aille courir dehors pour que la crise se déclenche », fait remarquer le Dr Schellenberg. Et Charles Frankish d’ajouter : « Si, pour certaines personnes, le déclencheur est l’exercice physique à l’air froid, c’est qu’elles souffrent d’une constriction chronique des voies respiratoires qui peut s’aggraver au contact de substances allergènes présentes dans l’air, comme la poussière. » De là l’importance de réduire l’impact des allergènes au moyen d’anti-inflammatoires.

La meilleure façon de réduire les risques de crises d’asthme attribuables à l’exercice est de recourir à des stratégies et à des médicaments spécifiques, explique le Dr Frankish. « Demandez à votre médecin de famille ou à un pneumologue d’ajuster votre médication ». Et Donald Stark d’ajouter : « N’abandonnez pas vos exercices. Si ceux-ci provoquent des sifflements, réduisez l’intensité de vos activités ».

Heureusement, les crises provoquées par l’exercice physique ne semblent pas empirer l’état asthmatique sous-jacent. Pourtant, il en va tout autrement quand il nous faut lutter de façon répétée contre les allergènes. Ces derniers entretiennent l’inflammation des voies respiratoires et peuvent avoir des conséquences à long terme. Des mesures doivent donc être prises pour réduire l’exposition aux allergènes. (Voir Les ennemis intérieurs).

En résumé, si votre asthme est bien contrôlé, vous devriez pouvoir être actif physiquement, quelle que soit la météo. Malheureusement, 50 % des Canadiens asthmatiques contrôlent mal leurs symptômes. Une enquête de 2002 sur l’asthme au Canada a révélé que plus de 90 % d’entre eux croient pourtant que leur maladie est sous contrôle. Les médecins canadiens surestiment aussi de beaucoup le contrôle qu’ont leurs patients sur leur asthme, et ont tendance à penser que ces patients en savent beaucoup plus sur leur maladie qu’ils n’en savent en réalité.

On estime à trois millions le nombre de Canadiens qui souffrent d’asthme et la vaste majorité d’entre eux aura besoin de traitement d’entretien à long terme

En fait, les patients aux prises avec l’asthme tolèrent leurs symptômes parce qu’ils ont appris à vivre avec les contraintes de la maladie. « Mais l’asthme ne devrait jamais être une raison pour ne pas faire d’exercice », affirme Charles Frankish. (Voir L’exercice physique en hiver, p. 49.) « Notre objectif est de laisser les patients décider par eux-mêmes des exercices qui leur conviennent. Nous leur recommandons de faire toutes les activités physiques qu’ils peuvent faire, aussi souvent qu’ils veulent les faire ».

Pour plus de renseignements, communiquez avec l’Association pulmonaire du Québec au 1-800-295-8111 ou consultez la rubrique Maladies pulmonaires au http://poumon.ca/home-accueil_f.php.

L’exercice physique en hiver

  • Utilisez un bronchodilatateur bêta-agoniste 20 minutes avant de commencer vos exercices.

  • Choisissez de préférence des exercices de moindre intensité pour l’extérieur (comme la marche rythmée plutôt que le jogging) ou encore une activité physique à l’intérieur, comme la natation ou le basket-ball.

  • Efforcez-vous de respirer par le nez plutôt que par la bouche, afin que l’air soit réchauffé et humidifié lorsqu’il entre dans les poumons.

  • Si vous devez respirer par la bouche par une froide journée d’hiver, portez une écharpe qui vous couvrira la bouche, ou une cagoule.

  • Demandez à votre médecin si vous n’auriez pas besoin d’une dose plus forte de votre médicament préventif pendant l’hiver.

  • Gardez votre médicament le plus près possible de votre corps, car il sera réchauffé et pénétrera plus vite dans vos voies respiratoires.

Les ennemis intérieurs

À l’intérieur, vous devez affronter d’autres types d’ennemis, comme les acariens, les coquerelles, les moisissures et les substances provenant des animaux domestiques (pellicules, salive, sécrétions, matières fécales et urine). Toutes ces substances peuvent provoquer une crise d’asthme d’origine allergique. Pour les contrer, la Société canadienne de l’asthme nous fait les recommandations suivantes :

  • Retirez tous les tapis de la maison, en particulier ceux des chambres à coucher.

  • Passez régulièrement l’aspirateur sur les planchers, les meubles et les draperies avec un appareil doté d’un filtre HEPA (high-efficiency particulate air filter) à haute efficacité, qui retient les particules de l’air, ou avec un aspirateur central équipé d’un système d’évacuation vers l’extérieur.

  • Faites l’époussetage avec un linge humide, afin d’éviter la dispersion de microparticules dans l’air.

  • Recouvrez les matelas, sommiers et oreillers de housses à l’épreuve des acariens.

  • Pour éliminer les acariens, lavez votre literie à l’eau très chaude (55 °C).

  • Installez un purificateur d’air dans les chambres à coucher.

  • Ne permettez à personne de fumer dans la maison.

  • Défaites-vous des animaux qui provoquent des symptômes d’allergie.

  • Ne vous servez pas d’un poêle à bois ni d’un foyer.

  • Lavez-vous les mains fréquemment pour réduire les risques de rhume ou de grippe.

Quels sont les signes d’un asthme bien contrôlé ?

  • Vous dormez bien toute la nuit.

  • Vous pouvez faire vos exercices sans avoir de symptômes.

  • Trois traitements par semaine avec un bêta-agoniste suffisent à éliminer vos symptômes (cela n’inclut pas le traitement préventif avant les exercices).

  • Vous ne vous absentez jamais du travail ou de l’école à cause de l’asthme.

  • Vous avez rarement des symptômes durant la journée.

Anatomie d’une crise d’asthme

Quand une personne asthmatique entre en crise, le coupable est généralement un ou plusieurs déclencheurs qui empêchent l’air de se rendre aux poumons et d’en ressortir. Ces déclencheurs sont de deux types : les allergènes qui mobilisent le système immunitaire et les déclencheurs de symptômes.

Anatomy of an attack

Les allergènes sont responsables de l’enflure et des rougeurs sur la paroi des voies respiratoires : la trachée, les bronches et les bronchioles. Le mucus s’épaissit, les voies respiratoires se rétrécissent puis se contractent, provoquant ainsi ce qu’on appelle un bronchospasme. Il arrive aussi que les voies respiratoires produisent davantage de mucus, ce qui peut entraver la respiration. En hiver, à l’intérieur, les moisissures, les particules de poussière, les pellicules provenant des animaux ainsi que les coquerelles sont des exemples d’agents pouvant déclencher une réaction inflammatoire. Au printemps, en été et à l’automne, l’asthme est souvent provoqué par le pollen.

Les déclencheurs de symptômes ne sont pas des irritants de type allergène, mais ils peuvent tout de même provoquer la contraction et la constriction des muscles qui entourent les voies respiratoires. Parmi les principaux déclencheurs de symptômes, mentionnons l’exercice physique, la fumée, l’air froid, les émanations de produits chimiques, les particules industrielles en suspension, les odeurs fortes, comme celles émanant des parfums, les additifs alimentaires, comme les sulfites, et les émotions intenses (la colère, par exemple).

Les déclencheurs de symptômes sont particulièrement efficaces pour provoquer une crise d’asthme lorsque les voies respiratoires sont déjà enflammées. C’est le cas lorsqu’une personne asthmatique ne prend pas régulièrement ses anti-inflammatoires et que son asthme est mal contrôlé.


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