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Faire échec au diabète
On estime qu’en 2010, trois millions de Canadiens souffriront de diabète. Voici comment augmenter vos chances de ne pas être du nombre.

Alice Fisher

On pourrait dire que Virginia Lee de Calgary était bien préparée à recevoir un diagnostic de diabète de type 2. Cette maladie était déjà présente dans sa famille, d’origine hispanique : sa mère était diabétique ainsi que son grand-père paternel. Et quand son mari avait reçu le même diagnostic, en 1983, elle l’avait accompagné à toutes les séances d’information. Virginia était donc prête, en 1986, quand le verdict est tombé. Elle avait 50 ans. Elle qui dormait autrefois d’un sommeil profond s’était mise à se lever la nuit pour uriner. Ensuite est venue une soif dévorante, accompagnée d’une perte de poids inexplicable, même si elle mangeait, comme toujours, de bon appétit.

Régimes riches en calories
+ faible taux d’activité physique
=  taux élevés de diabète de type 2

Pizza

Tous ces signes précurseurs du diabète — maladie qui entraîne une hausse du taux de sucre dans le sang (le terme scientifique est « taux de glucose sanguin ») — Virginia les connaissait, de même que tous les autres : vision brouillée, fourmillements dans les pieds, risques plus élevés d’infections. C’est le glucose qui fournit au corps son énergie.

Les histoires comme celles de Virginia sont hélas trop courantes. Actuellement, on estime que 7 % des Canadiens de 20 ans et plus souffrent de diabète, dont 90 %, de type 2. Et lorsque nous atteindrons l’âge de 65 ans, 10 à 20 % d’entre nous souffrirons de diabète de type 2. Cette forme de diabète souvent évitable est liée à un apport calorique excessif et au manque d’exercice. (Le diabète de type 1, pour sa part, est une maladie auto-immune par laquelle le système immunitaire s’attaque aux cellules du pancréas qui produisent l’insuline. À ce jour, malheureusement, cette maladie est impossible à prévenir.)

Présentement, 33 % des Canadiens affectés par la maladie ignorent tout de leur état. En effet, bien des gens ne présentent au début aucun symptôme. Virginia a sans doute eu pendant des années une hyperglycémie indétectable. De fait, le jour où le patient reçoit son diagnostic, il ou elle est souvent atteint de diabète depuis cinq à dix ans déjà. « La maladie se développe graduellement », explique le Dr Ian Blumer, médecin diabétologue et interniste à Ajax, en Ontario.

« Les changements sont parfois si imperceptibles que les patients ne sont pas conscients d’une différence de leur état de santé. »

Aux quatre coins de la planète, les spécialistes craignent devoir affronter bientôt une véritable « épidémie » de diabète de type 2 d’ici 2025, alors que selon toute probabilité, 300 millions de personnes, partout dans le monde, souffriront de cette maladie. « Si le diabète continue de progresser, de nombreux pays ne voient pas comment leur système de santé pourra assumer les coûts générés par cette maladie », souligne le Dr Blumer, qui est également co-auteur de l’ouvrage Diabetes for Canadians for Dummies. Les sommes englouties à l’échelle nationale dans le traitement et l’hospitalisation des patients frisent les 13 milliards de dollars par année, et les patients diabétiques doivent débourser entre 1 000 $ et 15 000 $ par année pour les médicaments et les articles nécessaires aux tests de glycémie.

Les symptômes du diabète

  • Soif inhabituelle
  • Faim inhabituelle
  • Perte de poids
  • Fatigue
  • Besoin fréquent d’uriner
  • Vision brouillée
  • Fourmillements ou engourdissements dans les pieds et parfois dans les mains
  • Éruptions cutanées, coupures ou ecchymoses qui sont longues à guérir
  • Difficultés à obtenir ou à maintenir une érection

L’insulinorésistance

Les changements subtils décrits par le Dr Blumer sont le résultat d’une dégradation de la capacité de l’organisme à utiliser l’insuline. Cette hormone facilite l’élimination du glucose dans le sang et son stockage dans les cellules graisseuses, en vue de son utilisation comme source d’énergie par les cellules musculaires. Dans le diabète de type 1, le pancréas cesse purement et simplement de produire de l’insuline. Dans celui de type 2, le pancréas continue d’en produire, mais le corps répond avec moins d’efficacité à ses signaux.

Ce dysfonctionnement porte le nom d’insulinorésistance. « C’est comme si une barrière se dressait devant les cellules et entravait le passage du glucose. Celui-ci a du mal à pénétrer dans la cellule car elle résiste à l’action de l’insuline », explique le Dr Blumer.

Si leur pancréas était en bonne santé, les personnes atteintes de diabète de type 2 pourraient compenser pour cette résistance. « Ils pourraient produire assez d’insuline pour surmonter la barrière », poursuit le Dr Blumer. « C’est comme une armée qui manque de ressources. Si elle avait suffisamment de soldats, elle pourrait encore gagner la bataille. » Mais avec le temps, la production d’insuline décroît. « Ainsi, le jour où quelqu’un reçoit un diagnostic de diabète de type 2, son pancréas ne produit déjà plus que la moitié de la quantité nécessaire d’insuline », dit-il.

Le pré-diabète

L’insulinorésistance conduit à l’affaiblissement de la tolérance au glucose : le taux de sucre dans le sang est alors plus élevé que la normale après un repas, sans être assez haut pour qu’on puisse porter un diagnostic de diabète.

Une tolérance au glucose affaiblie, combinée à un état appelé « glycémie à jeun déficiente » (c’est-à-dire taux de glucose plus élevé que la normale avant même d’avoir mangé), constitue ce qu’on appelle le pré-diabète, un état qui peut facilement évoluer jusqu’au véritable diabète. « Mais heureusement, cette progression n’est pas inévitable », affirme le Dr Blumer.

Un traitment « P » prometteur

Des chercheurs des universités de Toronto et Calgary ont injecté, dans le pancréas de souris diabétiques, un neurotransmetteur appelé substance P. Ce traitement semble avoir freiné l’insulinorésistance associée au diabète de type 2 et a aussi permis d’éliminer l’inflammation nerveuse associée au diabète de type 1

Taux de glucose élevé

Mais pourquoi est-il dangereux d’avoir trop de sucre dans le sang ? Parce que plusieurs fonctions de l’organisme sont affectées par une glycémie (taux de glucose) trop élevée. Une glycémie élevée endommage de nombreux systèmes de l’organisme. Elle abîme les petits et gros vaisseaux sanguins et les organes qu’ils irriguent, en plus d’endommager les nerfs, les yeux, le cœur, les reins et les pieds. Non traité, le diabète peut occasionner des problèmes circulatoires, augmenter les risques d’infections en ralentissant la guérison et conduire à l’amputation des extrémités. La maladie est aussi à l’origine de défaillances rénales et de troubles oculaires, de cécité et de dysfonctionnement sexuel. Avec un contrôle rigoureux de la glycémie par les médicaments, il est possible de prévenir 70 % de ces complications.

De plus, de 80 % à 90 % des diabétiques de type 2 présentent aussi un problème d’obésité et de sédentarité, de sorte que leur maladie est souvent accompagnée d’hypertension artérielle (haute pression) et d’hypercholestérolémie (taux de cholestérol élevé), deux importants facteurs de risque de crise cardiaque et d’accident vasculaire cérébral. Et en effet, quelque 80 % d’entre eux mourront de maladies cardiaques ou d’accident vasculaire cérébral.

Intervention précoce

L’époque où l’on attendait que le diabète se déclare avant d’intervenir est révolue, affirme le Dr Tina Kader, endocrinologue à l’Hôpital général juif de Montréal. « Les patients qui présentent des signes de pré-diabète font l’objet d’une intervention rapide et rigoureuse, qui comporte des changements des habitudes de vie et des médicaments, au besoin. »

Le Dr Kader tente de sensibiliser davantage les gens à l’importance, pour ceux qui sont à risque, de modifier leurs habitudes de vie afin d’éviter le diabète. « Nous ne voulons pas attendre la crise cardiaque », explique-t-elle.

Pour éviter le diabète de type 2, rien n’est plus important que de modifier ses habitudes de vie. « C’est le moyen le plus efficace pour prévenir le diabète, plus encore que les médicaments ou toute autre intervention : le traitement, c’est le mode de vie », affirme le Dr Blumer. Cela veut dire : adopter une alimentation saine, faire régulièrement de l’exercice et maintenir un poids santé.

Perte de poids

Plus une personne a de graisse dans les tissus, plus ses cellules deviennent résistantes à l’insuline. C’est pourquoi une perte de poids, même légère, contribuera à réduire le risque de développer la résistance à l’insuline. « La moindre perte de poids compte », de renchérir le Dr Blumer. « Si, par exemple, un homme pèse 250 livres alors qu’il devrait en peser 150, je veux lui dire qu’il n’a pas besoin de perdre 100 livres pour améliorer sa santé. Perdre 20 livres serait déjà pour lui extrêmement bénéfique. »

Modification du régime alimentaire

Pour perdre du poids, il faut que l’apport calorique de vos aliments n’excède pas vos besoins quotidiens. Il n’est pas nécessaire d’éliminer le sucre, bien qu’aucun expert en nutrition ne recommanderait un régime alimentaire riche en tablettes de chocolat et boissons gazeuses. Surveillez aussi votre consommation d’alcool, rempli de calories vides qui contribuent au gain de poids.

Les fibres solubles (présentes dans le son d’avoine, le psyllium, les gombos et les légumineuses, comme les lentilles) ont pour effet d’abaisser le taux de glycémie et d’aider à maintenir un taux de cholestérol adéquat. Il est aussi essentiel de saler avec modération, car le sel contribue à hausser la tension artérielle et les risques d’accident cérébral vasculaire.

Fibre

Au fil des ans, Virginia a tenté de respecter les règles d’une saine alimentation, mais elle a trouvé cela difficile. Durant les périodes de grand stress (quand ses enfants étaient adolescents et qu’elle devait conjuguer ses tâches domestiques et son travail de secrétaire), elle a souvent été négligente, optant pour la cuisine rapide et oubliant ses tests de glycémie. Sa glycémie montait alors en flèche. « Mon médecin m’avait prévenue que si ça continuait, j’en serais réduite à ces horribles injections d’insuline que ma mère avait tant détesté. Cela me faisait réfléchir et je me reprenais en main », raconte-t-elle.

Aujourd’hui, à près de 70 ans, Virginia lit scrupuleusement les emballages des aliments, cuisine des plats faibles en matières grasses et utilise des huiles qui favorisent la santé cardiaque, comme l’huile d’olive. Elle s’adonne aussi à un programme d’exercices régulier. Elle pèse 170 livres et bien qu’elle en ait perdu 30, elle s’efforce d’en perdre davantage. Son diabète étant bien contrôlé depuis dix ans, elle n’a plus besoin de consulter un spécialiste. C’est son médecin de famille qui fait les examens de contrôle et lui prescrit ses médicaments pour réduire sa glycémie.

Quelques facteurs de risque pour le diabète de type 2

L’âge - Les risques augmentent à partir de 40 ans.

Les antécédents familiaux - Père ou mère, frère ou sœur souffrant de diabète de type 2.

L’embonpoint -  Un indice de masse corporelle supérieur à 25, en particulier si la graisse abdominale est importante.

L’inactivité physique - Le glucose n’est pas transformé en énergie.

La race - Des origines autochtones, asiatiques, hispaniques ou africaines.

Le diabète de la grossesse -  Avoir souffert de diabète de la grossesse ou accouché d’un bébé de 4 kilos ou plus

Photo by Masterfile
Photo : Masterfile

L’exercice physique

Le Dr Blumer recommande de faire de l’exercice au moins 20 à 30 minutes par jour, tous les jours ou presque, bien que certains experts préconisent plutôt une heure d’activités physiques quotidiennes. L’effort physique favorise le poids santé parce qu’il permet d’utiliser le glucose comme source d’énergie et rend l’organisme plus sensible à l’insuline jusqu’à 18 heures après l’activité. L’exercice favorise aussi une bonne pression sanguine et un taux de cholestérol adéquat.

Les meilleurs exercices sont les exercices de « cardio » — c’est-à-dire qui permettent d’augmenter le rythme cardiaque. C’est le cas du vélo, de la randonnée, de la marche et de la natation (Virginia adore ses cours d’aquaforme). Mais les exercices de résistance, comme la levée de poids légers, sont également bénéfiques. À noter que l’activité physique n’a pas besoin d’être intense pour être efficace. « Ainsi, pour les gens qui peuvent marcher, pédaler ou nager, il s’agit d’exercices idéals, mais ceux qui souffrent d’une incapacité peuvent très bien lever des poids tout en regardant la télé », de dire le Dr Blumer.

C’est justement parce qu’elle a changé ses habitudes de vie que Cheryl Malton, de Pickering (Ont.) est toujours de ce monde. En l’an 2000, elle avait à peine à 27 ans lorsqu’elle a reçu un diagnostic de diabète de type 2. Depuis, elle a perdu 90 livres et n’en pèse plus que 168. Elle est devenue une coureuse de fond. « Mon taux de glycémie se situe dans la norme depuis trois ans et j’ai l’intention de le maintenir ainsi pour le reste de ma vie », nous confie-t-elle.

Son régime alimentaire, mis au point avec l’aide d’une diététiste agréée, comporte de petites portions de glucides de grains entiers de haute qualité et une grande diversité de légumes et de protéines faibles en matières grasses. Son programme de conditionnement physique a aussi contribué grandement à son succès.

Le tabagisme

Comme le tabagisme contribue lui aussi à accroître les risques de crise cardiaque et d’accident vasculaire cérébral, cesser de fumer compte parmi les changements essentiels à apporter à son régime de vie. « Les personnes diabétiques qui fument voient augmenter de façon considérable leurs risques de mourir prématurément », affirme le Dr Blumer. De plus, des recherches laissent entendre que le tabagisme pourrait favoriser l’intolérance au glucose.

Dans une étude réalisée en Finlande, des gens prédisposés au diabète de type 2 ont vu leurs risques réduits de 58 % après avoir adopté un régime quotidien d’exercices modérés de 30 minutes et après avoir réduit leur poids de 5 % à 7 %.
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Autres facteurs

Il est mentionné, dans au moins une étude, qu’une consommation régulière (modérée ou élevée) de café ordinaire ou décaféiné peut réduire les risques de diabète de type 2. L’allaitement maternel contribue lui aussi à abaisser les risques.

À l’inverse, certains comportements auraient pour effet d’augmenter les risques. Par exemple, des recherches laissent entendre que les gens qui, de façon chronique, dorment mal ou trop peu — et peut-être même ceux qui dorment trop — seraient plus à risque de développer le diabète. Il en serait de même pour ceux qui prennent certains médicaments contre l’hypertension, certains médicaments pour le traitement des maladies psychiatriques, ou encore un médicament anti-inflammatoire, la prednisone. Les chercheurs s’emploient aussi à évaluer un autre facteur de risque possible : le tabagisme et l’exposition à la fumée secondaire.

Le dépistage

Il importe de diagnostiquer la maladie à un stade précoce de son développement. On recommande donc de passer un test de glycémie à jeun tous les trois ans à partir de l’âge de 40 ans, même si vous n’avez aucun symptôme, et plus fréquemment si vous êtes à risque.

« Toute personne d’origine autochtone âgée de moins de 40 ans devrait aussi passer un test de dépistage », affirme le Dr Kader. Si le test de glycémie à jeun donne des résultats un peu élevés mais sous la cible diagnostique du diabète, on pourrait alors recommander un test de tolérance au glucose, qui consiste à boire 75 grammes d’un sirop de glucose et à faire plusieurs mesures de glycémie au cours des deux heures qui suivent. Ce test, bien sûr, permet de diagnostiquer un plus grand nombre de personnes, mais il est plus coûteux.

De nouvelles lignes directrices à l’intention des médecins devraient être publiées en 2008. Elles traiteront des nouveaux traitements contre le diabète et le pré-diabète, proposeront des cibles réduites de lipides sanguins pour les personnes diabétiques et recommanderont l’utilisation de médicaments oraux pour contrôler le diabète de la grossesse.

Le Dr Kader s’inquiète pour l’avenir devant les nombres croissants de jeunes, et même d’enfants, qui sont inactifs, souffrent d’embonpoint et mangent mal. Ces habitudes de vie pourraient les destiner au diabète de type 2. « Nous avons connu une hausse importante de ce type de diabète chez les adolescents depuis le milieu des années soixante », explique-t-elle. « Il faut intervenir plus activement pour prévenir et traiter l’obésité dans la prochaine génération. » L’objectif est d’encourager les enfants à bouger et à faire de l’exercice, afin de réduire leurs risques — ce qui est déjà beaucoup plus facile que de convaincre un adulte de 50 ans, ajoute-t-elle. « C’est un cadeau à leur faire pour la vie. »

Le Dr Blumer, pour sa part, ne voit pas de guérison possible, à long terme, pour le diabète de type 2, mais il est tout de même enthousiaste de constater qu’il existe un choix de plus en plus grand de traitements pour les gens atteints de cette maladie répandue et invalidante.


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