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Ayez la vue sauve ! Lucie Turgeon
En effet, aujourd’hui, il voit encore suffisamment pour circuler dans la maison sans aide et pour accomplir certaines tâches simples comme passer l’aspirateur ou laver le plancher. « Je vois comme si tout autour de moi était baigné dans le brouillard », explique-t-il. « Dans les pays industrialisés, la DMLA est la principale cause de cécité chez les gens de plus de 50 ans », fait remarquer le Dr Pierre Labelle, ophtalmologiste et directeur du Centre Michel-Mathieu de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont de Montréal. Cette maladie de l’œil est causée par la destruction de la macula, une tache jaune minuscule, mais importante, située au centre de la rétine et qui abrite la majorité des cellules sensorielles de l’œil. La macula est essentielle à la vision parce qu’elle nous permet de distinguer les détails, et par conséquent de lire, regarder la télévision et conduire. C’est aussi grâce à la macula que nous pouvons voir les couleurs. Selon le Dr Labelle, le symptôme le plus commun de la DMLA est la vue brouillée, particulièrement au centre du champ de vision. « Vous voyez plus difficilement les détails, les visages par exemple, et les mots dans un livre. » De plus, les objets semblent déformés (une affection que l’on appelle métamorphopsie). « Les lignes vous apparaissent ondulées plutôt que droites », explique le spécialiste. Un autre symptôme consiste en l’apparition d’une tache sombre ou d’un point noir (scotome) au centre du champ de vision. Certaines personnes voient diminuer leur perception des couleurs et leur sensibilité au contraste (capacité à distinguer la noirceur de la lumière). Si vous constatez un de ces symptômes, vous devriez consulter un ophtalmologiste pour obtenir un diagnostic définitif et, le cas échéant, recevoir un traitement qui ralentira la progression de cette maladie oculaire. Les facteurs de risque On ne connaît pas les causes exactes de la DMLA, mais selon le Dr Jean-Daniel Arbour, chirurgien de la rétine au Centre hospitalier universitaire de l’Université de Montréal, l’âge est le plus important facteur de risque. « Plus vous vieillissez, plus vos risques sont grands. Ainsi, la DMLA touche 1 % à 2 % de la population des 50 à 60 ans, et 25 % des gens de près de 80 ans », explique-t-il.
D’autres facteurs importants peuvent contribuer à l’apparition de la maladie, comme les antécédents familiaux et le tabagisme. Les gens dont un proche parent souffre de DMLA courent de deux à quatre fois plus de risque d’être atteints. Des études révèlent que les risques de DMLA peuvent être multipliés par trois chez les fumeurs d’un paquet de cigarettes par jour. Par ailleurs, les personnes qui souffrent d’hypertension, ont un taux élevé de cholestérol, sont de race blanche ou ont les yeux pâles (donc plus sensibles à la lumière) sont plus sujettes à la maladie, de même que celles qui ont une alimentation pauvre en fruits et légumes et riche en matières grasses ou qui souffrent d’embonpoint. Enfin, les femmes sont plus à risque que les hommes. Deux types de DMLA La DMLA peut être de deux types : sèche ou humide. « La forme sèche est la plus courante et représente 90 % des cas », explique le Dr Arbour. Ce type de DMLA se caractérise par la présence de drusen, petits dépôts jaunâtres qui se forment sous la macula et qui, avec le temps, détruisent les photorécepteurs, cellules sensorielles qui absorbent la lumière dans la rétine. La forme sèche de la maladie évolue toutefois lentement et a donc peu d’effet sur la vision. « Il ne faut pas croire que la DMLA entraîne forcément la cécité. Au contraire, la majorité des gens atteints de la forme sèche continuent de fonctionner normalement », explique le Dr Arbour. La forme humide, cependant, est beaucoup plus sérieuse. « Même si elle ne représente que 10 % des cas de DMLA, elle n’en est pas moins responsable de 90 % des cas de cécité attribuables à cette maladie », souligne le Dr Pierre Labelle. Ce type de DMLA se caractérise par la formation, derrière la macula, de vaisseaux sanguins anormaux qui provoquent des saignements ou de l’inflammation. Ces nouveaux vaisseaux entraînent la mort des cellules sensorielles et la formation de tissu cicatriciel. Contrairement à la dégénérescence maculaire sèche, la DMLA humide progresse très rapidement et peut entraîner, en quelques semaines ou même en quelques jours, une dégradation importante de la vue. On estime que chez 60 % des patients atteints de DMLA dans un œil, l’autre œil sera affecté en moins de cinq ans. Cela dit, comme la vision périphérique reste intacte, il est rare que ces gens perdent complètement la vue. Malheureusement, il n’y a pas grand chose que l’on puisse faire pour prévenir la DMLA sèche, sauf cesser de fumer et prendre des suppléments de vitamines et de minéraux très concentrés en zinc, en cuivre, en vitamines C et E et en bêta-carotène. « À cet égard, une vaste étude a démontré que les gens qui prennent des doses massives de vitamines et de minéraux alors qu’ils en sont à un stade avancé de la forme sèche peuvent réduire de 25 % leurs risques d’être atteints de la forme humide de la maladie », affirme le Dr Arbour. Les traitements Comme la DMLA sèche ne cause habituellement pas de grave perte de la vue, presque tous les efforts sont concentrés sur le traitement de la forme humide de la maladie, et la médecine a réalisé de grands progrès à cet égard depuis l’an 2000. Auparavant, les médecins n’avaient pas d’autre choix que de détruire par photocoagulation au rayon laser les vaisseaux sanguins anormaux. « Ce traitement étant plus ou moins efficace, les récurrences étaient fréquentes », explique le Dr Arbour. Depuis l’an 2000, les médecins ont recours à une thérapie photodynamique qui permet de détruire avec plus de précision les vaisseaux sanguins défectueux, tout en préservant les tissus sains. Cette méthode fait appel à un médicament, la vertéporfine (Visudyne), injecté dans une veine du bras et activé par laser quand il atteint l’œil. La technique n’est cependant pas parfaite : elle ne parvient en effet à réduire la perte de vision que chez la moitié environ des patients traités. Et chez la vaste majorité de ceux-ci, la vision continue à se dégrader en dépit du traitement, mais tout de même moins que s’ils n’avaient reçu aucun traitement. Précisons aussi que la majorité des patients atteints de la forme humide de la maladie ne sont pas de bons candidats à la thérapie photodynamique.
De nouvelles avenues prometteuses Depuis quelques années, les ophtalmologistes ont à leur disposition un nouvel arsenal thérapeutique : les agents antiangiogéniques. Ces médicaments sont conçus pour bloquer une molécule appelée facteur de croissance endothélial vasculaire, qui favorise la formation de vaisseaux sanguins anormaux à la base de l’œil », explique le Dr Labelle. Le traitement consiste en une injection de médicament dans l’œil, sous anesthésie locale. L’intervention est virtuellement sans douleur et les risques de complications sont très faibles. Les injections doivent toutefois être administrées à intervalle régulier, lequel diffère selon le type d’agent antiangiogénique utilisé.
Selon le Dr Jean-Daniel Arbour, les résultats à ce jour sont très prometteurs. « Ce traitement non seulement nous permet de ralentir la progression de la maladie dans 90 % des cas, mais il améliore aussi la vision chez de nombreux patients. » Pour Paul-Émile, les injections antiangiogéniques au bévacizumab (Avastin), un des anticorps spécialement fabriqués et mis en marché, ont permis de stabiliser sa vue dans l’œil gauche, affecté par des hémorragies l’an dernier. Comme chez bien des gens souffrant de DMLA humide, la maladie a éventuellement attaqué l’œil sain — dans son cas sept ans environ après l’apparition des premiers symptômes à l’œil droit. Pour optimiser les résultats, les ophtalmologistes combinent parfois les traitements antiangiogéniques à la thérapie photodynamique. Des études sur ces techniques combinées sont présentement en cours et les résultats semblent prometteurs. Cela dit, il faut préciser que ces nouveaux traitements de pointe ne peuvent être utilisés que lorsque la DMLA est toujours en progression et que la lésion n’est pas devenue complètement fibreuse ou cicatrisée. « Alors si vous avez le moindre doute sur votre santé oculaire, consultez immédiatement un ophtalmologiste », conseille Paul-Émile Vaillancourt. Et aux personnes souffrant de DMLA, il recommande de communiquer avec un organisme comme l’INCA — l’Institut national canadien pour les aveugles (www.cnib.ca ou 1-800-563-2642) — pour obtenir les renseignements les plus à jour et le soutien qui leur permettra de mieux composer avec leur incapacité. Pour plus de renseignements au sujet de la DMLA, communiquez avec l’INCA au 1 800 563-2642 ou visitez le www.amdcanada.com. |
