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Savoir déchiffrer les étiquettes
des produits de beauté Laura DeCarufel Vous avez décidé de troquer vos cosmétiques et produits de soins personnels contre des versions entièrement naturelles ? Bravo ! Mais quand vous aurez dit adieu à vos anciens shampooings, crèmes hydratantes et fragrances chimiques, de quoi remplirez-vous votre armoire à pharmacie ? Une visite dans un magasin de santé naturelle ne vous éclairera pas beaucoup, puisqu’il n’existe aucune réglementation au Canada relativement aux termes « naturel » et « biologique ». Cela laisse alors toute latitude au fabricant, puisqu’il lui suffit d’ajouter une infime portion d’un ingrédient biologique à ses produits – une goutte d’huile essentielle à la camomille par exemple – pour s’éviter des poursuites. Alors, comment s’y prend-on pour déchiffrer les étiquettes des produits de beauté ? « La réponse est simple : il faut toujours lire les ingrédients et vous assurer de bien comprendre leur signification », nous dit Lynn Shulman, propriétaire de l’Elixir Organic Spa, à Toronto. Ce décodage est devenu plus facile depuis que Santé Canada, en novembre dernier, a procédé à la normalisation des étiquettes des produits cosmétiques. Aujourd’hui, les ingrédients sont rédigés dans un langage plus accessible, si bien qu’on ne peut plus camoufler des termes comme « huile de vison » sous l’appellation exotique de « mustela ». Les fabricants qui font miroiter les vertus rajeunissantes de leurs produits ont également fait l’objet d’une attention accrue. La nouvelle législation stipule, en effet, qu’à défaut de pouvoir « valider ses affirmations par des preuves », il est interdit au fabricant de prétendre qu’un produit, ou ses ingrédients, puisse avoir un effet quelconque sur la chimie de la peau, des cheveux ou des dents.Il est également essentiel de savoir quels ingrédients éviter. Lynn Shulman conseille de ne pas acheter de produits contenant du lauryléthersulfate de sodium, un détergent qui entre dans la composition des nettoyants moussants, mais que l’on utilise aussi comme dégraissant pour les moteurs industriels ! Quant au glycol de propylène (composant des crèmes hydratantes), c'est aussi un agent actif des antigels, tandis que l’huile minérale (que l’on retrouve dans le maquillage) est un produit dérivé du pétrole. Parmi les autres produits les plus courants que vous pourrez vouloir éviter, signalons le pétrolatum (lui aussi fabriqué à partir du pétrole) et l’alcool isopropylique (qui peut enlever à la peau son hydratation naturelle). Ces ingrédients aux noms intimidants sont présents en quantité infime dans les produits, de sorte qu'ils n'auront pas d’effets dévastateurs immédiats pour votre peau, mais cela ne veut pas dire qu'ils lui seront bénéfiques. « Les produits dont la liste d’ingrédients synthétiques est longue ne sont sans doute pas les meilleurs pour votre peau. Ce n'est pas le nombre d'ingrédients qui fait la qualité du produit », souligne le Dr Sandy Skotnicki-Grant, dermatologue de Toronto. Mais attention, les produits « entièrement naturels » ne sont pas nécessairement meilleurs, ajoute-t-elle. De nombreux ingrédients naturels peuvent causer des réactions allergiques et des irritations de la peau. On ne saurait passer sous silence les fragrances, produits irritants par excellence, qui continuent de semer la confusion dans l’esprit des consommateurs. Le terme « inodore » signifie que le produit lui-même n’a pas d’odeur (ce qui le rend acceptable pour les personnes sensibles aux arômes intenses). Or il renferme souvent un agent masquant, essentiellement un composé chimique dont le rôle est d’éliminer les odeurs sous-jacentes. Quant au terme « non parfumé », il signifie qu’aucun des ingrédients ne contient de parfum, une bonne nouvelle pour les dizaines de milliers de Canadiens qui souffrent de dermatoses allergiques de contact lorsqu’ils sont exposés aux produits chimiques qui entrent dans la composition des cosmétiques. « La peau absorbe la plupart des produits que nous appliquons sur notre visage », explique Lynn Shulman, qui a ouvert son propre spa après avoir été victime d’une horrible réaction allergique aux substances chimiques d’un produit capillaire. La plupart des produits chimiques absorbés par la peau restent dans la couche superficielle de l’épiderme, mais une petite quantité d’entre elles peut pénétrer dans le flux sanguin. « Il faut faire preuve de bon sens, conclut Sandy Skotnicki-Grant. De toute évidence, l'utilisation de produits à forte concentration de substances synthétiques et chimiques sera nocive pour la peau, mais il faut tout de même vérifier si les produits que vous utilisez vous conviennent, et cela qu’ils soient naturels ou non. » |
