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Les suppléments ? Prudence Meagan Ellis Après avoir combattu quatre vilains rhumes l’hiver dernier, Janine Miletic, une Torontoise de 29 ans, s’est laissée convaincre de prendre des suppléments quotidiens de vitamines et de minéraux. « Je les prends, dit-elle, bien que je lise régulièrement des choses négatives sur les suppléments vitaminiques. Je suppose qu’il y aura toujours quelque chose en moi qui croira qu’ils sont bons pour la santé ». On prétend que les suppléments de vitamines et minéraux peuvent améliorer la santé et pallier une alimentation déficiente. Dans une certaine mesure, c’est vrai, affirment les spécialistes. Par contre, il est peu probable que les comprimés que Janine prend quotidiennement puissent contribuer directement à la protéger contre les infections. « Toutefois, en s’intégrant à une alimentation et à un mode de vie sains, ils peuvent contribuer à améliorer notre réponse immunitaire, ce qui pourra parfois réduire le risque de contracter certains types de rhumes et grippes », nous dit Kim Arrey, une diététiste de Montréal. Il ne faut pas s’imaginer qu’on peut venir à bout de tous ses ennuis de santé en se bourrant de vitamines et de minéraux. Les suppléments, à forte dose, peuvent être nocifs pour la santé. (Voir Le côté sombre des suppléments) « Généralement, précise Kim Arrey, nous ne recommandons pas aux gens de prendre des suppléments vitaminiques uniques ou plusieurs multivitamines ou minéraux à moins qu’un médecin ou une diététiste ait déterminé leurs besoins, à partir d’une analyse de leur santé, de leur alimentation et parfois même de tests sanguins. » De récentes études sur la capacité des suppléments à prévenir les maladies ont produit des résultats contradictoires. Santé Canada rapportait néanmoins en 2005 que même sans orientation claire, sept Canadiens sur dix ont déjà essayé des produits naturels, les vitamines entre autres, et que 38 % d’entre eux en prennent quotidiennement. En 2003, les Canadiens ont dépensé près de 142,3 millions de dollars en vitamines. D’où vient cet engouement ? « Il vient de l’intérêt accru pour les approches parallèles en matière de soins de santé et de l’importance plus grande que les gens accordent aujourd’hui à leur santé, comparativement aux années cinquante et soixante », explique le Dr Ralph Hawkins, spécialiste des reins et professeur agrégé de médecine clinique à l’Université de Calgary. « Le phénomène tient aussi à la promotion directe très efficace que l’on fait de ces produits auprès des consommateurs. » Certains experts se sont penchés sur les besoins quotidiens de la population en général en matière de multivitamines. Parmi ces experts, citons le Dr Maria O’Connell, chargée de cours principale au Département des sciences de la chimie de l’Université de East Anglia à Norwich, Royaume-Uni. « Sauf exception, par exemple les femmes enceintes et les personnes souffrant de maladies chroniques, les gens qui ont une alimentation équilibrée n’ont généralement pas besoin de suppléments. » Elle précise qu’une étude de l’Université d’Oxford, effectuée sur une période de cinq ans auprès de 20 000 personnes prenant différentes doses de suppléments vitaminiques, a conclu en 2002 que les comprimés de vitamine « n’avaient contribué à réduire ni le taux de mortalité, ni l’incidence d’aucun type de maladie vasculaire, de cancer ou d’autres problèmes de santé graves ». Aux États-Unis, la conférence State-of-the-Science (état des connaissances) sur les suppléments de multivitamines et minéraux et la prévention des maladies chroniques, organisée en 2006 par les Instituts nationaux de la santé, en est arrivée à des conclusions similaires, à savoir « qu’il n’y a pas de preuves suffisantes pour recommander à la population américaine de prendre ou de ne pas prendre de suppléments de multivitamines et minéraux pour prévenir les maladies chroniques ». Toutefois, fait remarquer Gina Sunderland, diététiste à Winnipeg, deux études cliniques de l’École de santé publique de l’Université Harvard ont conclu qu’il serait prudent pour les adultes de prendre quotidiennement un comprimé de multivitamines et minéraux. En effet, puisque les régimes alimentaires modernes ne fournissent pas toujours le taux optimal recommandé de certains nutriments bénéfiques, prendre tous les jours un comprimé est un moyen inoffensif et peu coûteux de se donner une protection supplémentaire. Le problème ne réside pas dans les comprimés de multivitamines, mais plutôt dans les « cocktails », c’est-à-dire dans la prise de doses élevées de nutriments uniques ou multiples, dans l’espoir de résoudre un problème particulier, comme la vitamine B6 pour prévenir le cancer ou la vitamine E pour conserver une peau jeune. « La confusion peut s’installer facilement chez les consommateurs parce qu’ils sont la cible de nombreux messages qui renforcent dans leur esprit la nécessité de prendre des suppléments », nous dit Rory Hornstein, diététiste agréé et consultante en conditionnement physique à Calgary. Les doses maximales sécuritaires Le tableau des Apports nutritionnels de référence de Santé Canada donne la liste des apports nutritionnels recommandés et des apports maximaux tolérables (AMT) en vitamines et minéraux. Les suppléments quotidiens de vitamines et minéraux contiennent habituellement des taux sécuritaires de ces nutriments, mais il est préférable de vérifier les doses recommandées et tolérables de chaque vitamine et minéral en consultant le guide de Santé Canada (www.hc-sc.gc.ca/fn-an/nutrition/reference/table/ref_vitam_tbl_f.html). « Le mot “tolérable” a été retenu parce qu’il signale le seuil de tolérance probable du corps humain, mais cela ne signifie pas qu’il s’agisse d’un apport acceptable », prévient Rory Hornstein. Ainsi, une personne ne sera pas nécessairement en meilleure santé si elle prend les doses maximales tolérables, et encore moins si elle les surpasse. Par exemple, la dose maximale tolérable de vitamine C est de 2000 mg par jour, tandis que l’apport quotidien recommandé est beaucoup moindre, soit 75 mg pour les femmes et 90 mg pour les hommes. Pour mettre ces chiffres en perspective, Maria O’Connell précise qu’une grosse orange contient toute la vitamine C nécessaire pour une journée. « En prendre 2000 mg équivaut à manger 30 oranges, ce qui est très excessif. » Le plus ironique, ajoute-t-elle, c’est que les gens qui se préoccupent de leur santé et prennent des suppléments n’en ont généralement pas besoin parce qu’ils ont tendance à bien se nourrir et à être actifs physiquement. Alors, qui donc a besoin de suppléments ? Malgré tous les conseils contradictoires, bien des gens peuvent bénéficier d’un comprimé quotidien de vitamines multiples ou, dans certains cas, d’un supplément particulier prescrit par un médecin ou une diététiste (voir ci-dessus Le bon usage des suppléments). Il pourrait s’agir, par exemple, de calcium et de vitamine D pour les gens à risque d’ostéoporose, de fer contre l’anémie, ou encore, pour contrer la dégénérescence maculaire de l’œil, de bêta-carotène, de vitamines C et E, de cuivre et de zinc. Les experts comme Maria O’Connell affirment que les gens en santé qui mangent bien n’ont pas besoin de suppléments. Kim Arrey n’est pas de cet avis : qui parmi nous, demande-t-elle, s’alimente bien tous les jours, systématiquement ? « À l’occasion d’une récente conférence, j’ai interrogé chacune des 30 personnes présentes pour découvrir qu’aucune ne suivait les recommandations du Guide alimentaire canadien pour manger sainement. » Le côté sombre des suppléments... Dépassez l’apport maximal tolérable (AMT) de suppléments, et il n’y a pas que votre portefeuille qui pourrait en souffrir.
... et le bon usage des suppléments
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