Apprenez à aimer votre tube digestif – il
accomplit une tâche énorme, mais il est vulnérable à beaucoup
de maladies.
En
1999, le Montréalais Paul Bocchini était âgé de
30 ans. Pour dormir, il devait souvent se redresser sur ses oreillers,
car lorsqu’il
s’étendait sur le dos, l’acidité de son
estomac refluait dans sa gorge et lui causait des douleurs à la
poitrine. Pour lui, les brûlures d’estomac et leur
impitoyable cousin, le reflux gastrique, étaient devenus
si intenses que même les régimes alimentaires et les
médicaments antiacides ne servaient plus à rien.
« C’était devenu si pénible que je ne
pouvais pas aller au restaurant avec des amis, raconte Paul Bocchini.
Je ne quittais pratiquement plus mon appartement, sauf pour aller
travailler, bien sûr. »
Heureusement, Paul Bocchini a pu subir une intervention chirurgicale
novatrice, la fundoplicature de Nissen, pratiquée par laparoscopie.
Grâce à un petit tube à fibre optique, les
chirurgiens examinent d’abord le muscle en forme d’anneau
qui sépare l’œsophage de l’estomac. Guidés
par cette image, ils se servent d’outils chirurgicaux pour
resserrer la valvule, en enveloppant solidement la partie supérieure
de l’estomac autour de l’œsophage, là où les
deux organes se rencontrent. Paul Bocchini n’a plus éprouvé de
problèmes depuis son opération, voilà sept
ans, et peut désormais vivre sans inconfort et sans médicaments.
Les brûlures d’estomac, les hémorroïdes,
la diarrhée, la constipation, les maladies inflammatoires
de l’intestin et le cancer colorectal sont
tous des problèmes gastro-intestinaux. Nous connaissons
tous ces affections qui nous touchent à divers
degrés, du simple inconfort à un état pouvant
entraîner la mort. Le tube digestif est exposé à tout
ce que nous absorbons — depuis l’ingestion des aliments
jusqu’à l’évacuation — et il est
assailli par des toxines aussi bien alimentaires qu’environnementales.
Il ne faut donc pas s’étonner que plus de huit millions
de Canadiens souffrent de problèmes gastro-intestinaux, affirme
le Dr Desmond Leddin, chef du Département de gastro-entérologie
de l’Université Dalhousie à Halifax.
Ces problèmes comptent pour 15 % du total des coûts
directs des soins de santé au
pays, soit un pourcentage plus élevé que celui des
maladies cardiovasculaires ou de la maladie mentale. Les malaises
gastro-intestinaux font partie des principales raisons pour lesquelles
les gens consultent un médecin ou s’absentent du travail.
La lecture des textes suivants vous aidera à vous familiariser
avec dix des affections gastro-intestinales qui incitent chaque
année des millions de Canadiens à courir chez leur
médecin. Mais souvenez-vous que ces renseignements ne sauraient
remplacer un examen médical ni le diagnostic de votre praticien.Pour
plus de renseignements, visitez le site de la Fondation canadienne
pour la promotion de la santé digestive au www.cdhf.ca et
cliquez sur Français.
Le cancer colorectal
CAUSES
La génétique, l’alimentation (riche en matière
grasse et pauvre en fibres) et les habitudes de vie (tabagisme,
manque d’exercices) semblent interagir. On estime qu’en
2007, on diagnostiquera ce cancer chez 20 000 Canadiens, et 8 500
d’entre eux en mourront. Après le cancer du poumon,
le cancer colorectal est la deuxième cause de décès
par cancer.
SYMPTÔMES
Changements dans les habitudes de défécation, fatigue,
présence de sang rouge dans les selles ou dans la cuvette
des toilettes, douleur abdominale — symptômes qui,
souvent, ne se manifestent que lorsque la maladie est assez avancée.
L’exploration interne du côlon (par sigmoïdoscopie
et coloscopie) peut repérer de petites excroissances précancéreuses
appelées polypes et des cancers à leur stade initial.
Une analyse toute simple des matières fécales, le
dépistage de sang occulte dans les selles, peut détecter à un
stade précoce des saignements attribuables au cancer.
TRAITEMENT
On peut prévenir le cancer par l’ablation des polypes
avant qu’ils ne deviennent cancéreux. À des
stades plus avancés, il faut enlever par chirurgie les parties
cancéreuses du côlon. L’opération sera
suivie de traitements de radio et de chimiothérapie.
La maladie diverticulaire
CAUSES
De
petites cavités en forme de pochettes (les diverticules)
se gonflent sur des sections vulnérables du côlon,
causant une maladie appelée diverticulose. Probablement
occasionnée par un régime alimentaire faible en fibres,
cette maladie affecte près de la moitié de la population
de plus de 60 ans.
SYMPTÔMES
Généralement asymptomatiques, les diverticules peuvent
parfois s’enflammer ou s’infecter. On parle alors de
diverticulite, maladie qui peut causer des douleurs dans la partie
inférieure gauche de l’abdomen et, si elle n’est
pas soignée, peut entraîner des occlusions ou des
perforations. La maladie diverticulaire est habituellement diagnostiquée
au cours d’examens visant à dépister d’autres
maladies du côlon.
TRAITEMENT
Le plus souvent, la diverticulose est traitée par un régime
riche en fibres. Quant à la diverticulite, on la soigne
généralement avec des antibiotiques. Une perforation
ou un abcès peuvent nécessiter une chirurgie.
Les calculs biliaires
CAUSES
Les calculs biliaires, communément appelés « pierres
au foie », sont des amas, généralement de cholestérol
ou de sels de calcium, qui se développent dans la vésicule
biliaire, un sac en forme de poire relié à l’intestin
grêle et au foie. Cet organe produit la bile, une substance
qui facilite la digestion. Au Canada, 20 % des femmes et 10 % des
hommes auront souffert de calculs biliaires avant d’atteindre
l’âge de 60 ans.
SYMPTÔMES
Les pierres peuvent causer l’occlusion de la vésicule
biliaire et des conduits biliaires et entraîner une douleur
vive et con-stante, surtout dans la partie supérieure droite
de l’abdomen. La douleur peut persister plusieurs heures
et provoquer des vomissements et de la transpiration. Le diagnostic
est établi par examen médical et échographie.
TRAITEMENT
Quand les symptômes se manifestent, le traitement le plus
courant est l’ablation chirurgicale de la vésicule
biliaire (cholécystectomie). On a recours aussi à des
comprimés de sels biliaires pour dissoudre les petites pierres
et à des ondes de choc (lithotritie), émises à l’extérieur
du corps, pour les désintégrer.
Le reflux gastro-œsophagien pathologique (RGOP)
CAUSE
Affaiblissement du sphincter œsophagien inférieur,
un ensemble de muscles en forme d’anneau situé à la
base de l’œsophage, là où il rejoint
l’estomac. Cet affaiblissement permet à l’acide
gastrique de remonter dans l’œsophage. C’est
ce qu’on appelle le reflux. La pression abdominale causée
par l’obésité peut être en cause. On
estime qu’un tiers des Canadiens souffrent de RGOP.
SYMPTÔMES
Brûlures d’estomac fréquentes qui viennent
perturber le sommeil et autres activités. Difficulté à avaler
et problèmes respiratoires tels qu’une toux chronique.
Douleur dans la poitrine pouvant être confondue avec l’angine
causée par une maladie cardiaque.
TRAITEMENT
Éviter l’alcool et les aliments gras, acides ou épicés,
afin de réduire la production d’acide par l’estomac. Éviter
de prendre des repas trop copieux qui distendent l’estomac,
afin de réduire la pression sur le sphincter œsophagien
inférieur. Dormir avec la tête soulevée. Les
antiacides, de même que des médicaments vendus sans
ordonnance et connus sous le nom de bloqueurs H2 peuvent soulager
les brûlures d’estomac. Pour soulager le RGOP sévère,
il faudra avoir recours à des médicaments d’ordonnance,
les inhibiteurs de la pompe à protons, pour réduire
la production d’acide par l’estomac. La chirurgie peut être
nécessaire pour resserrer les muscles qui entourent l’œsophage
et stopper le reflux d’acidité.
Les hémorroïdes
CAUSE
Les
veines entourant le rectum périnéal ou l’anus
enflent et deviennent enflammées, puis forment une boursouflure
de sang, le plus souvent à la suite de l’étirement
des muscles de l’intestin durant l’évacuation
ou, chez la femme, en résultat de la pression exercée
par le fœtus au cours de la grossesse. On estime qu’à partir
de l’âge de 50 ans, 50 % de la population en souffre.
SYMPTÔMES
Les hémorroïdes peuvent passer inaperçues,
mais elles sont souvent accompagnées de démangeaisons,
de saignements, d’inconfort et de douleurs. Elles peuvent
apparaître à l’intérieur de l’anus
ou sous la peau autour de l’anus, sous forme de masses dures
ou enflées. Les saignements rectaux pouvant annoncer un
cancer ou une maladie inflammatoire de l’intestin, il s’impose
de faire examiner par un médecin les hémorroïdes
saignantes.
TRAITEMENT
Une consommation plus importante de fibres alimentaires et de
liquides pour donner du volume aux selles et les ramollir afin
de réduire l’effort à l’évacuation.
Le recours fréquent aux bains de siège, à l’application
de glace, aux suppositoires, aux onguents à la cortisone
ou aux préparations topiques contre les hémorroïdes
pour soulager la démangeaison et réduire l’enflure.
L’ablation chirurgicale et autres techniques de réduction
et d’élimination des hémorroïdes, telles
le laser, les traitements chimiques ou la strangulation à l’aide
d’une bande élastique.
Les médicaments Antihypertenseurs peuvent
avoir raison des tumeurs
Une catégorie de médicaments contre l’hypertension,
les inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine,
peut réduire les risques de cancer colorectal, œsophagien
et pancréatique, rapportent des chercheurs de la Louisiane.
Ces antihypertenseurs peuvent supprimer les tumeurs en bloquant
une protéine appelée facteur de croissance
endothélial vasculaire. |
Les maladies intestinales inflammatoires
CAUSE
Une inflammation chronique de la paroi intestinale. Elle peut
apparaître lorsqu’un virus ou une bactérie provoque
une réaction du système immunitaire, déclenchant
une réponse permanente de
la paroi intestinale. La génétique, l’alimentation
ou l’environnement peuvent aussi être en cause. Dans
la maladie de Crohn, la plus grave de ces affections, des ulcères
douloureux peuvent apparaître, de même qu’une fistule
(un canal anormal) n’importe où dans l’appareil
digestif, de la bouche jusqu’à l’anus. Dans les
cas de colite ulcéreuse, les lésions sont confinées
au côlon et au rectum. On estime à 170 000 le nombre
de Canadiens atteints d’une forme ou une autre de maladie intestinale
inflammatoire, et 10 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque
année.
SYMPTÔMES
Diarrhée chronique, douleur abdominale, inflammation, fièvre,
perte de poids et anémie. On observe des hémorragies
rectales dans les cas de colite ulcéreuse. L’exploration
de l’intestin par coloscopie est la meilleure façon
de diagnostiquer la maladie. Des tests sanguins peuvent aussi détecter
l’inflammation.
TRAITEMENT
Éviter les aliments déclencheurs comme l’alcool
et les aliments épicés. Chaque personne doit aussi
connaître ses propres déclencheurs, qui vont des produits
laitiers au chou-fleur. Des médicaments antidiarrhéiques
peuvent soulager la douleur et les crampes, et les antibiotiques,
combattre les infections bactériennes. Les corticostéroïdes
réduiront l’inflammation, la fièvre et la diarrhée,
et d’autres médicaments pourront tempérer la
réponse immunitaire. Enfin, on pourra avoir recours à la
chirurgie pour retirer les parties endommagées de l’intestin.
Le syndrome de l’intestin irritable (SII)
CAUSE
L’intestin devient hypersensible au stress et à l’ingestion
d’aliments, à cause de messages contradictoires que
s’échangent le cerveau et le système nerveux
complexe de l’intestin. La maladie peut être aussi
causée par une infection intestinale persistante ou, chez
la femme, par des antécédents d’abus sexuels.
Les déclencheurs, qui peuvent différer d’une
personne à l’autre, sont notamment l’alcool,
les aliments gras, épicés ou acides, la caféine,
les fibres, les agents de conservation, les édulcorants
artificiels et les anti-inflammatoires non stéroïdiens
(AINS), tels que l’AAS et l’ibuprofène. Le SII
affecte jusqu’à 20 % des Nord-Américains,
et davantage les femmes que les hommes.

SYMPTÔMES
Anomalie fonctionnelle chronique de l’intestin provoquant
des douleurs abdominales, des crampes, de la constipation et (ou)
de la diarrhée. La constipation est plus courante chez les
femmes tandis que la diarrhée l’est davantage chez
les hommes. Les symptômes, de même que l’exclusion
des autres maladies, permettent d’établir un diagnostic
de SII. Celui-ci se fait au moyen de tests sanguins et d’une
exploration visuelle (le SII ne provoque aucun dommage visible
du tube digestif).
TRAITEMENT
L’évitement du stress et des substances provoquant
les symptômes, et la psychothérapie. Les médicaments
antidiarrhéiques et ceux qui réduisent la constipation
et les crampes; les antidépresseurs et les antibiotiques;
les préparations qui renferment ou qui produisent des bactéries
protectrices de l’intestin (probiotiques et symbiotiques).
Les vers à notre secours !
Des chercheurs américains ont recours présentement à un
traitement expérimental à l’oxyure,
un petit ver parasite du porc, pour soigner les maladies
intestinales inflammatoires qui ne répondent pas aux
autres traitements. Il semble, en effet, que la présence
d’oxyures dans l’intestin pourrait contribuer
au traitement, car le système immunitaire humain a évolué de
façon à se défendre contre de tels parasites
intestinaux. Selon les chercheurs, le taux élevé de
maladies intestinales inflammatoires dans les pays industrialisés
pourrait être en partie associé au fait que
nos systèmes immunitaires ont du mal à composer
avec l’environnement très aseptisé d’aujourd’hui
: comme nous sommes moins exposés aux attaques de
l’extérieur, le système immunitaire monte à l’assaut
de notre organisme en provoquant des inflammations, localisées
dans l’intestin dans le cas des maladies inflammatoires
intestinales.-– Diana
Swift
|
La pancréatite
CAUSE
La pancréatite est une inflammation du pancréas,
grosse glande en forme de têtard située derrière
l’estomac et qui produit l’insuline et les enzymes
digestives. Elle est habituellement causée par une obstruction
résultant de calculs biliaires et par une consommation excessive
d’alcool. On estime à 25 000 le nombre de cas de pancréatite
diagnostiqués chaque année au Canada.
SYMPTÔMES
Douleur, parfois intense, dans la partie supérieure centrale
de l’abdomen, sous le sternum, qui se diffuse parfois dans
le dos et peut durer plusieurs jours. Nausées, vomissements,
fièvre et pouls accéléré. Le diagnostic
se fait par un test sanguin qui détecte les taux anormalement élevés
d’enzymes digestives. La pancréatite peut être
aiguë ou chronique. La maladie chronique se développe
suite à des dommages répétés au pancréas,
le plus souvent causés par un abus prolongé de l’alcool.
TRAITEMENT
L’administration d’enzymes pancréatiques par
voie orale pour favoriser la digestion, ce qui permet de soulager
la douleur. Un régime alimentaire riche en glucides, faible
en matières grasses et sans alcool. La pancréatite
aiguë s’améliore généralement d’elle-même
mais peut causer des dommages aux poumons et aux reins et nécessiter
une hospitalisation.
L’hépatite
CAUSE
L’hépatite est une inflammation du foie, ce grand
organe anguleux aux multiples fonctions qui s’étend
au-dessus de l’estomac. Elle peut être causée
par une infection virale, par l’exposition à des agents
toxiques ou encore par une affection auto-immune, par laquelle
le système immunitaire s’attaque au foie. L’hépatite
A (peu répandue dans les pays industrialisés) se
communique de personne à personne et par la nourriture ou
l’eau contaminées, l’hépatite
B, par le sang et les rapports sexuels, et l’hépatite
C, surtout par le sang contaminé. On estime que 210 000 à 275
000 Canadiens sont atteints d’hépatite B et 300 000
d’hépatite C.
SYMPTÔMES
Ils sont souvent légers et assez vagues : inconfort comparable à celui
ressenti lors d’une grippe : fatigue, légère
sensibilité dans le quart supérieur droit de l’abdomen,
perte d’appétit, nausées, vomissements et douleurs
dans les muscles et les articulations. La maladie est diagnostiquée
par un test de sang.
TRAITEMENT
Des médicaments antiviraux et qui stimulent l’immunité.
Pour l’hépatite C chronique, un traitement combinant
de nouvelles formes de médicaments qui stimulent le système
immunitaire et un antivirus. Il n’existe à l’heure
actuelle aucun traitement spécifique contre l’hépatite
A. Des vaccins sont disponibles contre les hépatites A et
B, mais non contre l’hépatite C.
Les ulcères gastriques
CAUSE
La principale cause des ulcères gastriques est une infection
de l’estomac par la bactérie Helicobacter pylori,
que l’on retrouve chez quelque 50 % de la population mondiale
(la prévalence est beaucoup moins élevée dans
les pays industrialisés). Cette bactérie, qui affecte
10 % des Canadiens, provoque l’apparition de plaies sur la
paroi de l’estomac ou du duodénum, première
partie de l’intestin grêle. L’utilisation soutenue
d’anti-inflammatoires non stéroïdiens, comme
l’AAS et l’ibuprofène, peut favoriser la formation
d’ulcères.
SYMPTÔMES
Douleur à l’abdomen, douleur en mangeant, nausées,
vomissements, perte de sang (dans les selles ou les vomissures) et
perte de poids. Les ulcères qui saignent sans que l’on
puisse stopper l’hémorragie peuvent entraîner
la mort. Le dépistage d’Helicobacter pylori se fait
au moyen d’un test de sang ou d’haleine et le dépistage
des ulcères, par imagerie interne endoscopique.
TRAITEMENT
Une combinaison d’antibiotiques, de médicaments antiulcéreux
et d’un élément métallique, le bismuth,
permet habituellement d’éliminer la bactérie
et de guérir les ulcères en deux à quatre
semaines. |