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Sexe et circoncision Marcia Kaye Alors que l’on croyait le sujet de la circoncision définitivement clos, une vague de nouvelles études relance le débat. La circoncision, intervention qui consiste à retirer en tout ou en partie le prépuce, manchon de peau qui recouvre le gland du pénis, est devenue de plus en plus impopulaire au Canada : il y a une génération, on lapratiquait chez 50 % des nouveau-nés de sexe masculin, contre à peine 9 % aujourd’hui. La Société canadienne de pédiatrie reconnaît que la pratique est toujours courante dans les communautés juives et musulmanes, mais juge qu’il ne s’agit pas d’une nécessité médicale et ne recommande plus l’intervention de routine chez les garçonnets nouveau-nés. Mais voici qu’en décembre dernier, une importante étude dirigée par le Canada auprès de 2784 jeunes hommes du Kenya a révélé que la circoncision réduit l’incidence du VIH dans des proportions impressionnantes de 53 %. « Nous avons maintenant des données concluantes qui démontrent que la circoncision réduit les risques pour les hommes de contracter le VIH », note le Dr Stephen Moses, chercheur principal à l’Université du Manitoba. Cette étude s’inscrit dans la foulée de plusieurs recherches parallèles, en Ouganda et en Afrique du Sud, qui révèlent des résultats similaires. Une autre étude, en Nouvelle-Zélande cette fois, laisse entendre que la circoncision peut également réduire les risques de contracter le virus du papillome humain (VPH) pénien. Cette constatation a des répercussions importantes pour les femmes, puisque le VPH, une maladie transmissible sexuellement, est une cause majeure du cancer du col de l’utérus. La question dépasse toutefois celle de la simple hygiène. En effet, chez l’homme non circoncis, la relation sexuelle produit parfois des fissures microscopiques de la muqueuse délicate du prépuce, facilitant la pénétration de micro-organismes dans le sang. Le prépuce agit aussi comme une barrière qui retient les agents infectieux et les confine dans un milieu humide, ce qui favorise leur prolifération. Et la peau du pénis, protégée par le prépuce, contient moins de kératine, une protéine protectrice résistante, et est plus sujette aux infections. La muqueuse du prépuce contient aussi un grand nombre de cellules immunitaires particulièrement vulnérables à l’infection, si bien que les hommes qui ne sont pas circoncis présentent des risques plus élevés d’infections urinaires. Et bien que le cancer du pénis soit extrêmement rare dans les pays occidentaux, il est trois fois plus fréquent chez les hommes non circoncis. Ainsi, la circoncision peut offrir des avantages non négligeables pour la santé publique, mais à quel prix ? Certaines personnes considèrent la circoncision des nourrissons comme équivalente à l’abus des enfants. Des hommes circoncis quand ils étaient bébés ont formé des groupes de pression, comme l’Organisation nationale pour la restauration des hommes, en Californie, dont les membres tentent de restaurer leur prépuce au moyen de rubans chirurgicaux ou de ceintures ou poids de suspension. Il semblerait sensé de croire que l’ablation d’un tissu si sensible ne peut que réduire le fonctionnement sexuel, mais ce lien n’est pas du tout évident. Une étude réalisée en 2002 en Corée n’a pas révélé de différences significatives dans l’impulsion sexuelle, l’érection et l’éjaculation chez les hommes avant et après la circoncision à l’âge adulte, bien que certains d’entre eux disent avoir constaté une réduction du plaisir sexuel. Une autre étude réalisée aux États-Unis en 2002 a toutefois révélé que, malgré une baisse de sensibilité et de fonction érectile à la suite d’une circoncision, la satisfaction sexuelle générale s’en trouvait augmentée. Et selon un sondage américain, il semble que les dysfonctionnements sexuels soient légèrement plus élevés chez les hommes non circoncis, en particulier chez les hommes vieillissants. Les hommes eux-mêmes ont des points de vue très différents sur le sujet. Un homme nouvellement circoncis affirme que sa sensibilité « a été réduite d’au moins 50 % », tandis qu’un autre déclare que « tout – absolument tout – est bien meilleur qu’avant ». Et un troisième, après restauration de son prépuce, affirme que « ses orgasmes sont plus intenses maintenant ». Et que pensent les partenaires féminines de ces hommes ? Les préférences semblent aussi divergentes que le goût pour le cinéma : certaines aiment la version intégrale, d’autres la version écourtée, tandis que d’autres apprécient davantage la version restaurée, après réintégration des parties retranchées. Et comme la plupart des Américains sont circoncis et que la majorité des Européens ne le sont pas, il semble que si l’écart dans la satisfaction des femmes était si évident, nous le saurions depuis longtemps. Bien que le sujet demeure extrêmement controversé, pour plusieurs la question ne se pose pas. En effet, en 2002, une étude effectuée au Texas auprès de 1500 adolescents a révélé que le quart d’entre eux ne pouvaient pas dire avec certitude s’ils étaient ou non circoncis ! |
