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Inverse la gingivite en 4 semaines

Quand l’esprit se prend au piège
Comment on perd un temps précieux, inconsciemment  

Tim Johnson

Le roman a perdu son attrait à la page 92, mais vous vous faites un devoir de le lire jusqu’au bout. Vous jouez au Monopoly et les cases Promenade et Place du Parc sont vendues depuis longtemps, mais vous poursuivez la partie jusqu’à la fin, même si vous vous ennuyez mortellement. Ces détails peuvent sembler anodins, à première vue —  quelques minutes par-ci, quelques heures par-là — mais ils s’additionnent. « À la fin de la journée, vous avez perdu une somme considérable de précieux moments », explique André Kukla, PhD, professeur émérite de psychologie à l’Université de Toronto.

Son livre, Mental Traps, illustre par des exemples onze de ces habitudes pernicieuses qui minent notre quotidien. Au nombre de ces attitudes défaitistes, il y a l’obstination — s’acharner sur quelque chose qui n’a plus d'intérêt — comme de regarder jusqu’à la fin un film ennuyeux.

Une autre de ces attitudes est l’anticipation — entreprendre une tâche trop tôt — par exemple s’attaquer à un projet de recherche avant d’avoir reçu les directives qui permettront de bien le réaliser. La fixation est, elle aussi, un piège très courant : elle consiste à s’activer même quand c’est parfaitement inutile. Par exemple, quand on a terminé les préparatifs d’un repas de fête une heure avant l’arrivée de nos invités, mais qu’on continue de répéter les mêmes gestes et de regarder l’heure au lieu d’aller faire une promenade.

« La plupart des gens ne savent pas qu’ils tombent dans ce type de piège et même quand on leur fait remarquer leurs comportements, ils répondent qu’il ne s’agit pas d’une perte de temps », explique André Kukla. Pourtant, ces habitudes peuvent saper l’énergie et miner le plaisir de vivre. « Elles ont un effet cumulatif et peuvent résulter en une immense fatigue à la fin de la journée. »

André Kukla croit que la loi de l’inertie de Newton — tout corps persévère en ligne droite dans l’état de repos ou de mouvement uniforme dans lequel il se trouve, à moins qu’une force ne le contraigne à changer d’état — s’applique aussi au fonctionnement mental. « Une fois que nous avons formulé l’intention d’accomplir une action, cela crée une inertie qui nous force à rester sur cette voie. »

De tels pièges mentaux résultent de notre besoin de contrôler notre vie ou de l’optimiser.  « Notre société glorifie l’activité intentionnelle qu’elle considère comme la plus importante en toutes circonstances », dit-il. Cette attitude est sans doute issue du processus de l’évolution. L’inertie mentale rend les gens plus prévisibles, ce qui nous permet d’anticiper ce que feront les autres et de réagir en conséquence. Elle pourrait être une condition préalable à la coopération sociale.

Alors, si ce type de comportement est inscrit au plus profond de nous et que la société l'exige, comment faire pour s'en libérer ? Vous pouvez essayer d’être plus spontané, mais ce n’est pas facile. « La spontanéité est liée moins au fait de passer à l’action qu’à celui de cesser d’élaborer des plans. Or, on ne peut pas vraiment donner de directives sur la façon de ne pas faire quelque chose », explique André Kukla. Le mieux est de s’accorder quelques minutes de tranquillité, chaque jour, pour pratiquer la « non-intentionalité » et pour permettre à nos pensées d’aller et venir librement. « Tous les pièges dans lesquels nous tombons se manifesteront durant cette période de réflexion et, parce que nous ne serons pas distraits par d’autres activités, nous pourrons mieux les observer et les comprendre. » Et ainsi, peut-être, nous défaire de ces comportements. « Cet exercice n’est pas un traitement en soi, mais constitue un aspect important du changement », de conclure André Kukla.


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