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Génération Xtra-large Andrea Kenney Adryan Zorec, un adolescent de 15 ans de Mississauga, en Ontario, est prêt à parler d’obésité à qui veut l’entendre. À l’âge de dix ans, ce garçon mince et actif a vu sa vie basculer lors de la séparation de ses parents. Profondément affecté par cet événement, Adryan s’est mis à manger de manière compulsive et a pris 25 kilos en dévorant tout ce qui lui tombait sous la main et en abusant de sa collation préférée : croustilles et colas. À 12 ans, Adryan pesait 80 kilos — il mesurait alors cinq pieds — et trouvait de plus en plus pénible de faire de l’exercice. « J’aimais encore les sports, mais j’avais de la difficulté à suivre mes amis. Je me trouvais trop lent et j’ai donc fini par m’éloigner d’eux. » Quand le médecin a diagnostiqué de l’hypertension chez Adryan, celui-ci a eu un choc. « J’avais entendu dire qu’on pouvait avoir une pression sanguine trop élevée, mais je ne pensais pas que ça pouvait exister chez les enfants. » Sa mère, Stephanie, admet avoir vécu dans le déni de la réalité. « Je me doutais qu’il y avait quelque chose d’anormal du côté de sa santé. Chaque fois qu’il allait jouer à l’extérieur, il revenait rouge comme un homard, même après une activité aussi banale que la bicyclette. Quand le médecin m’a dit qu’il faisait de l’hypertension, je me suis sentie coupable parce que je ne comprenais pas comment il avait pu manger si mal si je n’avais pas moi-même acheté ces aliments. » Au moment de la séparation du couple, la famille a traversé une période d’adaptation. « J’étais toujours à la course. Il n’est pas facile d’élever seule des enfants tout en travaillant à l’extérieur. C’est bien plus simple d’aller chercher ses repas au resto minute. » L’hypertension d’Adryan marqua le début d’un changement radical dans le mode de vie des Zorec, fondé sur le sens des responsabilités de Stephanie. « J’ai eu peur parce que je n’avais pas le tableau complet de ce qui était arrivé. Ma culpabilité a cependant éveillé chez moi le besoin urgent d’intervenir. Pas seulement pour Adryan, mais aussi pour ma fille et pour moi-même. » Leur médecin a dirigé Stephanie et Adryan vers une diététiste qui les a renseignés sur les aliments nutritifs, les portions adéquates et les préparations de repas santé. Elle leur a expliqué comment lire les étiquettes (voir Lis l’étiquette, Ginette ! p. 26) et pourquoi l’activité physique est si importante si on veut maintenir un poids santé. Jusqu’à présent, Stephanie n’avait jamais pris conscience de l’influence néfaste que l’obésité de son fils pouvait avoir sur sa santé physique et psychologique. Les experts, eux, reconnaissent de plus en plus les effets nocifs, à court et long terme, de l’obésité infantile. « Les répercussions sur la santé constituent la principale raison pour laquelle la médecine, et dans une certaine mesure la société, s’est engagée dans la lutte contre l’obésité », nous dit le Dr Laurent Legault, endocrinologue pédiatrique à l’Hôpital pour enfants de Montréal. Les cas de diabète de type 2 chez les enfants ont triplé depuis quelques années. Autrefois, ce type de diabète était la maladie des gens d’âge mûr (la plupart des cas de diabète chez les enfants sont de type 1, une maladie auto-immune), mais aujourd’hui les enfants comptent pour 5 % à 10 % des nouveaux cas. « C’est cette nouvelle réalité qui nous a incités à investir tant de temps et d’énergie dans la lutte contre le diabète infantile », souligne le Dr Legault. Les problèmes sociaux et psychologiques ne sont pas non plus étrangers à l’obésité infantile. « Les enfants obèses ont une perception moins favorable d’eux-mêmes. Leur image corporelle les rebute et ils sont plus souvent l’objet de moqueries que les autres enfants », explique Gary Goldfield, psychologue et chercheur principal en Recherche sur la santé mentale au Centre hospitalier pour enfants de l’Est ontarien, à Ottawa. Les enfants obèses sont souvent l’objet d’intimidation et d’exclusion et risquent donc davantage de ne pas acquérir certaines compétences sociales cruciales. « Cela peut déclencher un cercle vicieux. Ainsi, l’enfant qui vit du rejet à cause de son poids excessif aura tendance à se sentir déprimé, ce qui l’incitera à manger davantage et, par le fait même, à grossir encore plus », souligne Gary Goldfield. Stephanie est tout à fait d’accord. « À force de se faire traiter de gros et d’être repoussé, Adryan a perdu confiance en lui et s’est mis à détester l’école. Il a perdu son enthousiasme et a fini par ne plus pouvoir se concentrer, si bien qu’à l’école, c’est tout juste s’il obtenait la note de passage. » L’obésité, à cause des complications qu’elle entraîne durant la croissance de l’enfant et de son rôle néfaste dans le développement jusqu’à l’âge adulte, a vivement interpellé la Société canadienne de pédiatrie (SCP) qui la considère aujourd’hui comme un facteur déterminant de la santé (voir Kilos en trop = risques en trop, ci-contre, p. 58). Et parce que l’obésité a pris des proportions épidémiques, la SCP en a fait une de ses plus importantes priorités. Comment cela a-t-il pu se produire ? Partout à travers le monde, les agences de santé publique explorent les facteurs fort complexes qui interviennent dans la création de l’environnement contemporain propice à l’obésité. La société actuelle n’encourage pas l’activité physique, mais favorise plutôt la consommation de portions énormes de nourriture riche en calories, en matières grasses et en sucre, ce qui favorise le stockage d’un surplus d’énergie sous forme de graisse. L’Association médicale canadienne (AMC) considère le poids corporel excessif comme un problème endémique de la société moderne. De plus en plus, les enfants évoluent dans des milieux où l’on vit à un rythme effréné, avec un seul parent ou deux parents qui travaillent, et où l’on essaie de gagner du temps en achetant des plats tout préparés, riches en calories. Les distances étant souvent problématiques dans les banlieues modernes, les gens privilégient la voiture pour se rendre à l’école ou au travail, plutôt que la marche ou le vélo qui les aiderait à brûler des calories. Les jeux extérieurs exigeant une grande dépense d’énergie ont été supplantés par l’ordinateur et les jeux vidéos, de même que par la télévision qui inonde nos jeunes de messages publicitaires vantant les mérites de mets et de boissons riches en calories. De plus, les jeunes d’aujourd’hui ont de l’argent, ce qui leur permet de s’offrir à volonté de la malbouffe à la cafétéria de l’école, dans les machines distributrices ou au dépanneur du quartier. Les enfants imitent en cela le comportement alimentaire de leurs parents : la consommation d’énergie par Canadien adulte a fait un bond de près de 20 % depuis les années soixante-dix, passant de 2 300 à 2 700 calories par jour, affirme l’AMC. Ajoutez la réduction des activités physiques et sportives dans nos écoles et vous ne serez pas étonnés d’apprendre que le groupe d’intérêt Jeunes en forme Canada rapporte que moins de 50 % des enfants au pays s’adonnent au minimum d’activité physique quotidienne nécessaire pour favoriser une croissance et un développement sains. Pire encore, souligne le Dr Legault, des facteurs génétiques viennent s’ajouter aux problèmes environnementaux actuels, ce qui augmente les risques d’obésité. « Dans certaines familles, à cause du métabolisme qui transforme plus facilement en graisse les calories consommées à l’excès, les risques de souffrir d’obésité sont de 30 % à 50 % supérieurs. L’environnement obésogène des 20 dernières années favorise un gain de poids plus facile et rapide chez ces gens à risque. » Et Gary Goldfield d’ajouter : « Les transformations qui se produisent dans notre environnement physique et social peuvent nous aider à faire des choix santé, mais c’est à chacun d’entre nous qu’il revient de se prendre en main. » Stephanie Zorec a pris à cœur les recommandations des experts. Fini les boissons gazeuses, les biscuits, les croustilles et la crème glacée. « Le contenu du frigo s’est métamorphosé. Maintenant j’achète des aliments nutritifs rapides à préparer et j’ai dit adieu au poisson frit. Le poisson, c’est excellent pour la santé, alors pourquoi y ajouter du gras par la friture ? » Aujourd’hui, elle n’ajoute plus au lunch d’Adryan des grignotines dans le but de compenser pour les choses qui ne vont pas bien dans sa vie. De plus, elle garde en permanence dans le réfrigérateur un pichet d’eau glacée, des fruits et du yogourt et elle achète du lait à 1 % de matières grasses, et des craquelins et du pain de blé entier. « La transition n’a pas été facile, mais une fois les bonnes habitudes prises, on n’a plus envie de se nourrir autrement », dit Stephanie. Pour Adryan, la motivation est venue quand on lui a expliqué que s’il ne modifiait pas son alimentation, il serait forcé de prendre des médicaments ou de s’injecter de l’insuline, comme quelques membres de sa famille qui sont diabétiques. « Ça, je ne le voulais absolument pas », dit-il. Les premiers efforts d’Adryan ayant donné peu de résultats, il a décidé d’accélérer le rythme. Il a fait du sport tout l’été et s’est mis à surveiller son alimentation. « J’ai commencé à boire de l’eau et à manger des fruits, entre autres du raisin que j’adore. J’ai réduit mes portions et je ne me sers jamais plus d’une fois. J’ai perdu énormément de kilos à manger ainsi. » S’ennuie-t-il de ses collations réconfortantes d’autrefois ? Pas vraiment. « Au lieu de manger des croustilles, je me sers une portion de céréales sans sucre avec du lait. Et quand j’ai vraiment envie de quelque chose de sucré, je bois un jus d’orange », dit-il. La tension artérielle d’Adryan est normale depuis plus d’un an. Le jeune homme, qui a aujourd’hui 15 ans, pèse 70 kilos. Il n’en a perdu que neuf depuis l’âge de 12 ans, mais il est vrai qu’il a grandi de dix-sept centimètres ! « C’est une bonne stratégie pour les préadolescents de pouvoir maintenir leur poids pendant que leur corps grandit », dit Gary Goldfield. Ces changements ont permis à Adryan de transformer son image. Les gens disent maintenant des choses positives à mon sujet », confie-t-il. Et Stephanie, très fière, d’ajouter : « On lui fait des remarques du genre “Eh ! Tu as l’air tellement plus grand et mince maintenant !” Il a retrouvé son énergie et une immense confiance en lui », conclut-elle. Les excellents résultats obtenus par la famille Zorec prouvent qu’il est possible, malgré les pressions sociales, de retrouver son poids santé. La mère d’Adryan est heureuse que le poids et la pression sanguine de son fils soient revenus à la normale et qu’il maintienne, à école, une note moyenne de 80 %. Pourtant, quand elle songe au passé, elle ressent encore un peu de culpabilité. « J’étais responsable de la santé de mon enfant et j’ai contribué, sans le vouloir, à entretenir un mode de vie qui aurait pu le tuer. Il est essentiel de reprendre les commandes, car c’est le bien de nos enfants qui en dépend », dit-elle. Elle implore tous les parents d’en faire autant : « N’hésitez surtout pas à aller chercher l’aide dont vous avez besoin. Il y a tout un réseau à votre portée : famille, amis, voisins, collègues de travail, médecins, Internet, bibliothèques publiques et magasins de produits naturels. Si votre enfant a un problème de poids, consultez les spécialistes, et surtout suivez leurs conseils ! » De tristes statistiques Au Canada, les problèmes de poids sont présents chez les garçons et les filles de tous les âges, de tous les groupes ethniques et de toutes les conditions socio-économiques. Selon une étude réalisée en 2004 par Statistique Canada, 26 % de nos enfants de 2 à 17 ans ont de l’embonpoint et 8 % d’entre eux sont obèses. Cela représente une hausse de 70 % par rapport à 1978–1979, alors que 15 % des enfants avaient de l’embonpoint. Un problème persistant La possibilité qu’un enfant souffrant d’embonpoint devienne obèse est d’environ 50 %. Le risque qu’un enfant obèse le soit encore à l’âge adulte est de 25 % si l’enfant a deux ans, et de 50 % s’il a sept ou huit ans. Quant aux adolescents obèses, à qui il reste moins de temps pour rétablir leur poids, le risque d’être encore obèses à l’âge adulte se situe entre 80 % et 90 %. L’Organisation mondiale de la santé a classé les facteurs de risque d’obésité chez les enfants et les adultes — soit un régime alimentaire inadéquat et l’inactivité physique — parmi les éléments qui, avec le tabagisme, contribuent le plus à l’épidémie mondiale de maladies chroniques. Kilos en trop = risques en trop Le poids peut peser lourd sur la santé Peut-être vous est-il déjà arrivé de trimbaler durant toute une journée un sac à dos de 12 kilos ? Si oui, vous savez à quel point cela peut être épuisant et stressant. Dites-vous bien que les effets sont encore pires pour les gens qui doivent, toute la journée, transporter un poids trop lourd. D’abord, cela crée une tension néfaste sur les articulations et le système respiratoire. L’excès de poids exerce aussi une pression sur l’abdomen et peut finir par provoquer, même chez les adolescents, des reflux gastro-œsophagiens et de l’incontinence urinaire. L’obésité peut de plus favoriser l’hypertension et provoquer une fatigue du cœur qui doit pomper plus fort. Mais ce n’est pas tout. Il y aussi les dangers que peut représenter la graisse abdominale, qui libère des substances chimiques nocives pour le système cardiovasculaire et augmente le taux de protéines inflammatoires néfastes pour la santé. Enfin, plus le corps contient de cellules graisseuses, plus il résiste à l’insuline dont la fonction est de stocker l’énergie, un état qui prédispose à l’hyperglycémie et au diabète de type 2. De plus, comme il est plus difficile pour les gens souffrant d’obésité de faire de l’exercice, ils ont souvent des os plus fragiles. Ils peuvent aussi avoir tendance à éviter les examens médicaux et à ne pas se présenter à leurs rendez-vous et tests de dépistage. Si vous n’êtes toujours pas convaincus des dangers de l’obésité, consultez notre liste de ses effets sur la santé de tous, petits et grands.
Dernières découvertes Une étude publiée en 2007 dans le Journal of the American Board of Family Medicine révèle que les adultes qui ont des enfants consomment 4,9 grammes (1 c. à thé) de gras de plus par jour que les adultes qui n’en ont pas, démontrant ainsi l’influence de l’enfant sur les habitudes alimentaires de l’adulte. Une recherche sur la biochimie de l’obésité infantile laisse entendre que les aliments riches en calories et faibles en fibres peuvent provoquer un déséquilibre hormonal appelé résistance à la leptine, qui pousserait les gens à manger davantage et à être moins actifs. Une autre étude, effectuée en Suède, a démontré que les écoles de Stockholm qui ont instauré un programme de petits déjeuners santé excluant les sucreries, les brioches et les boissons sucrées ont vu la proportion d’enfants de six à dix ans obèses passer de 22 % à 16 % en quatre ans. Par contre, dans les écoles où un tel programme n’a pas été mis sur pied, le pourcentage d’enfants souffrant d’embonpoint est passé de 18 % à 21 % durant la même période. 15 moyens de combattre l’obésité infantile
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