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Mal de mâle Marcia Kaye De la fin de la quarantaine jusque dans la cinquantaine, Richard Hébert a mis sa fatigue constante sur le compte de l’épuisement professionnel. Cet entrepreneur de Montréal — et les médecins qu’il a consultés — ont attribué tout naturellement à un horaire chargé et à un travail stressant sa fatigue, sa baisse de libido, ses sautes d’humeur et sa motivation en chute libre. Mais quand les premières chaleurs et les sueurs nocturnes sont apparues (beaucoup plus importantes chez lui que chez sa femme, alors dans la jeune cinquantaine), Richard s’est mis à soupçonner des troubles hormonaux et consulté un spécialiste en andropause. Le médecin lui a prescrit une thérapie de remplacement de la testostérone. « Les médicaments ont mis un certain temps à faire effet, mais aujourd’hui, je profite de la vie comme jamais auparavant », de dire Richard, maintenant âgé de 63 ans. Bien qu’il reconnaisse ne pas avoir l’énergie sexuelle d’un mâle alpha, Richard a vu sa vitalité générale et son optimisme progresser de façon spectaculaire. « L’effet des médicaments a été miraculeux ! » L’andropause est le nom que l’on donne à cette période de la vie où les hormones masculines, en déclin, affectent l’énergie physique, mentale et sexuelle des hommes. On appelle aussi cette période ménopause masculine, climatère de l’homme et même, à la blague, « mâlopause ». Les symptômes de l’andropause — nervosité, dépression, troubles de mémoire, fatigue, chaleurs et dysfonctionnement sexuel — ont été observés pour la première fois en 1939 chez des hommes dans la cinquantaine. Mais on savait bien avant que les hormones mâles avaient un rôle important à jouer dans le sentiment de virilité. À la fin du XIXe siècle, le médecin français Charles-Édouard Brown-Séquard, septuagénaire à l’époque, rapporte s’être senti complètement régénéré après s’être injecté des extraits de testicules de chien. Mais il est possible aussi que l’on ait donné à tort le nom d’andropause à cette période de la vie. Il n’y en effet pas l’ombre d’une preuve qu’il existe, pour l’homme, une période comparable à celle de la ménopause pour la femme. « Chez la majorité des hommes, on n’observe pas d’arrêt de production d’hormones comme c’est le cas chez la femme », explique le Dr Alvaro Morales, directeur du Centre de recherche en urologie appliquée de l’Université Queen’s, à Kingston (Ontario), qui effectue depuis longtemps des recherches sur la santé des hommes. « Le phénomène est très différent de la ménopause », dit-il. En effet, chez l’homme, la baisse du taux d’hormones se fait de façon très graduelle, à raison de 1 % par année à partir de la trentaine (voir La vérité au sujet de la testostérone). Parler d’andropause sème la de confusion, fait remarquer le Dr David Shu, endocrinologue à Vancouver. « Une partie du problème vient de ce que les symptômes qu’on lui attribue peuvent tous être associés à d’autres problèmes de santé », explique le Dr Shu. « Certains hommes découvrent leurs symptômes sur un site Internet et se disent “Ça y est, je suis en andropause !” ». Les médecins délaissent aujourd’hui l’idée selon laquelle tous les vieux grincheux de ce monde sont atteints d’un mal curable que l’on appelle andropause. Ils sont, au contraire, de plus en plus nombreux à croire qu’une minorité d’hommes souffrent d’une déficience hormonale grave au point d’affecter leur qualité de vie et de nécessiter une hormonothérapie de remplacement. Même l’emploi du terme « andropause » se raréfie, cédant progressivement sa place au « syndrome de déficience en testostérone ». Selon le Dr Morales, au moins 20 000 Canadiens en sont atteints chaque année, venant grossir les rangs de centaines de milliers d’autres hommes. En 2006, les pharmaciens canadiens ont rempli 327 000 ordonnances de médicaments à base de testostérone. Malgré cela, le spécialiste croit que le syndrome demeure sous-diagnostiqué, faute d’une sensibilisation suffisante chez les médecins et des patients. Les principaux symptômes d’une déficience en testostérone sont la fatigue, la faiblesse, la perte de masse musculaire, l’ostéoporose (à laquelle peut s’ajouter une perte de taille), l’irritabilité, les troubles du sommeil, la perte de motivation, les chaleurs, les sueurs nocturnes et une baisse de libido. Pourtant, comme ces symptômes peuvent être occasionnés par une foule d’autres problèmes de santé — déséquilibre thyroïdien, diabète, dépression, stress intense — et même par des médicaments, les hommes ne doivent pas essayer de diagnostiquer ce syndrome eux-mêmes. Le faible taux de testostérone peut aussi être la conséquence d’une radiothérapie, d’une hormonothérapie, d’un traumatisme aux testicules, d’une cryptorchidie (descente incomplète des testicules), d’une castration chirurgicale ou chimique. Il peut être aussi tout simplement génétique. Ainsi, si deux hommes de soixante ans ont un faible taux de testostérone, mais que durant sa jeunesse le premier présentait un taux de testostérone très élevé, la déficience hormonale — plus importante pour lui — pourrait entraîner des symptômes que le second n’aurait pas. Il peut arriver aussi, chez un homme dont le taux de testostérone a toujours été faible mais fonctionnel, que la baisse hormonale normale due à l’âge entraîne chez lui une carence. Diagnostic et traitement Diagnostiquer une déficience en testostérone tient aussi bien de l’art que de la science. Certains médecins, comme le Dr Morales, croient que le test le plus fiable est celui qui mesure la testostérone totale, laquelle se situe, dans les cas de déficience, entre 10 et 20 nanomoles par litre de sang (nmole/L). D’autres, comme l’endocrinologue Jean Mailhot, directeur de la Clinique d’andropause de Laval, au Québec, préfèrent mesurer la testostérone biodisponible, soit la quantité d’hormones à laquelle l’organisme a accès sur demande. Dans le sang, presque toute la testostérone est transportée sous une forme liée à une globuline plasmatique appelée SHBG (sex hormone– binding globulin) et elle ne peut donc pas activer les récepteurs cellulaires. Le taux de biodisponibilité normal est de plus de 6,5 nmole/L, signale le Dr Mailhot. On doit effectuer le test le matin, quand le taux de testostérone est à son maximum, et le répéter une seconde fois. Les coûts du test de testostérone total sont couverts par le régime d’assurance maladie des provinces, tandis que le test de biodisponibilité ne l’est pas. Les tests sanguins, toutefois, ne constituent qu’une partie de la solution. Si les hormones se situent dans la normale inférieure et que le patient a des symptômes, le médecin pourrait lui demander de répondre aux questions du test ADAM (Androgen Deficiency in Aging Men), disponibles au www.andropause.ca/fr/diagnosis/quiz.asp. Les résultats du questionnaire, combinés aux tests sanguins, aux symptômes, aux antécédents médicaux et à un examen physique du patient, contribueront à établir un diagnostic. « Comme c’est souvent le cas en médecine, il nous faut rassembler les pièces du casse-tête », dit le Dr Morales. Les suppléments de testostérone sont disponibles sous forme de comprimés, de gélules ou d’injections. Il existe aussi des timbres cutanés, mais à cause des irritations qu’ils provoquent chez la plupart des patients, les médecins les prescrivent rarement. Les polices d’assurance personnelles de même que les régimes d’assurance collective de certaines provinces canadiennes couvrent le coût du traitement, qui va de 20 $ à 130 $ par mois. La testostérone ayant des effets néfastes dans les cas de cancer, les hommes atteints d’un cancer de la prostate ou du sein ne peuvent prendre de cette hormone; ceux dont la prostate est hypertrophiée et qui ont de la difficulté à uriner doivent faire l’objet d’une sélection rigoureuse, car un traitement à la testostérone peut avoir pour effet d’aggraver les symptômes. Il arrive aussi que la testostérone provoque l’augmentation du nombre de globules rouges dans le sang. Ainsi, les hommes dont l’hémoglobine est élevée et qui prennent des suppléments de testostérone présentent un risque accru de développer des caillots sanguins ou d’être victimes d’une embolie, d’une thrombose ou d’une crise cardiaque. À ce jour, malheureusement, aucune étude à long terme n’a encore été effectuée sur l’efficacité et l’emploi sécuritaire de la thérapie de remplacement de la testostérone. « Pour les hommes, il n’existe aucune étude qui puisse se comparer, même de loin, à l’Initiative sur la santé des femmes », précise le Dr Shu, en parlant de cette importante étude américaine sur les effets de l’hormonothérapie de remplacement chez la femme. L’étude avait conclu qu’à long terme, l’hormonothérapie de remplacement était associée à un risque faible mais significatif d’augmentation du nombre de caillots, d’accident vasculaire cérébral, de crise cardiaque et de cancer du sein chez les femmes. En outre, en matière de thérapie de remplacement de la testostérone, il faut procéder par essais et erreurs. « Il est fréquent que le patient revienne au bout de trois mois complètement transformé, ayant retrouvé son optimisme et une vie sexuelle saine et vigoureuse — mais il arrive aussi que le traitement n’ait eu aucun effet et alors nous devons réviser le diagnostic. » Dysfonctionnement érectile Les études se contredisent quant au lien qui unit testostérone et dysfonctionnement érectile. Toutefois, selon le Dr Morales, tous les hommes qui éprouvent des difficultés érectiles devraient faire vérifier leur taux de testostérone, bien que 20 % seulement de ces cas soient attribuables à un faible taux de testostérone. Notons cependant que les hommes qui ont essayé sans grand succès des médicaments comme Cialis, Levitra ou Viagra avant que l’on diagnostique leur déficience, voient souvent leurs fonctions érectiles s’améliorer une fois le taux de testostérone rétabli », explique le Dr Morales. La thérapie de remplacement de la testostérone aura un effet bénéfique sur la libido, tandis que des médicaments comme Viagra, que l’on peut prendre sans danger avec la testostérone, les aidera à améliorer leur performance. Bien que l’hormonothérapie de remplacement ait un rôle à jouer dans le traitement des carences en testostérone, les hommes devront chercher ailleurs la fontaine de Jouvence. Comme le dit si bien le Dr Shu : « La testostérone n’a rien d’une formule miraculeuse contre le vieillissement. » Votre taux de testostérone est-il trop bas ?
— Adapté du questionnaire ADAM créé par le Dr John Morley de la Faculté de médecine de l’Université de St. Louis Risques associés à une déficience en testostérone On a découvert, dans le cadre d’une étude réalisée à l’Université de la Californie, à San Diego, que chez les hommes de plus de 50 ans atteints d’une déficience en testostérone, le risque de mourir dans les 18 années suivantes était plus élevé du tiers que pour ceux dont le taux de testostérone était plus élevé. Ces hommes présentaient une concentration plus élevée de cytokines inflammatoires, protéines du système immunitaire associées à de nombreuses maladies, de même qu’une plus grande accumulation de graisse abdominale, facteur de risque de diabète de type 2 et de maladie cardiaque. Les hommes qui reçoivent un traitement anti-testostérone à long terme pour le cancer de la prostate courent un plus grand risque de crises cardiaques et fractures des os. La vérité au sujet de la testostérone La testostérone n’a pas très bonne réputation. On l’a longtemps considérée comme une sorte de drogue du diable, qui gonfle les muscles des culturistes, donne une force de frappe prodigieuse aux joueurs de baseball et propulse les athlètes olympiques au sommet du podium. C’est elle, aussi, qui fait perdre aux hommes leurs cheveux et qui donne aux femmes des moustaches ! En réalité, la testostérone est une hormone essentielle au fonctionnement du corps humain, tant chez les femmes que chez les hommes. Chez les hommes, elle est la principale hormone sexuelle, secrétée par les testicules et, chez le ftus mâle à partir de la huitième semaine de gestation, par les glandes surrénales. À l’âge de la puberté, soit entre 9 et 16 ans, la production de testostérone s’accélère, augmentant la taille du pénis et celle de la prostate et du scrotum et stimulant la croissance des poils du pubis, du corps et du visage. La voix mue, la libido se développe et l’on observe une augmentation de taille, de force et de masse musculaire. Les filles aussi produisent de la testostérone, sécrétée par les ovaires et les glandes surrénales, mais en quantité beaucoup moindre que chez les garçons. Chez l’homme, la production de testostérone est environ dix fois supérieure à celle de la femme et ce sont les testicules qui en produisent 95 %. Chez les humains des deux sexes, la testostérone joue un rôle important dans la stimulation du désir sexuel et dans l’augmentation du sentiment de confiance, de motivation et de vitalité. La production de testostérone de l’homme en santé atteint son apogée à la fin de l’adolescence et dans la vingtaine. Dans la trentaine, le déclin s’amorce au rythme de 1 % par année. C’est à un taux naturellement élevé de testostérone chez l’homme que l’on associe calvitie et forte libido. Chez la femme, un taux trop élevé de testostérone — qu’il soit naturel ou augmenté artificiellement — peut entraîner des signes de virilité : pilosité du visage, gravité de la voix, petitesse des seins. Mais qu’en est-il du rôle de la testostérone dans le comportement agressif des hommes ? La réponse à cette question n’est pas simple. Dans le cadre d’une étude réalisée en 2005 à l’Université de l’Alberta à Edmonton, on a découvert que plus l’index d’un homme est court en comparaison de l’annulaire, plus cet individu a été exposé à la testostérone dans l’utérus de sa mère et plus il serait enclin à l’agressivité. Les résultats portaient toutefois sur l’agressivité physique seulement, comme celle manifestée lors d’un sport de compétition, et n’avaient aucune corrélation avec la violence verbale, la colère et l’hostilité. On n’a en outre constaté aucun effet similaire chez la femme. Dans le cadre d’autres études effectuées sur des poulets et des singes, on a constaté, aussi bien chez les mâles que les femelles, une agressivité plus grande et un comportement dominant plus prononcé après qu’on leur ait injecté de la testostérone. Toutefois, des études semblables réalisées sur des humains n’ont pas été concluantes. En 2006, lors une recherche effectuée au collège Knox de Galesburg en Illinois, on a découvert que les jeunes collégiens qui tenaient en main un revolver avaient un taux de testostérone 91 fois supérieur à celui détecté chez leurs collègues qui tenaient un revolver jouet. Bien que le fait soit intéressant, il n’a pas pu prouver qu’une telle augmentation de la testostérone soit directement associée à une plus grande agressivité ou à un comportement violent. Ironiquement, les hommes ayant un taux de testostérone très bas manifestent parfois de l’impatience, de la colère et de l’irritabilité — que certains pourraient percevoir comme de l’agression — et se sentent souvent plus calmes et détendus à la suite d’une thérapie de remplacement de la testostérone. Comme le fait remarquer l’endocrinologue David Shu, de Vancouver : « Chez les hommes qui souffrent d’une déficience en testostérone, la thérapie de remplacement n’aura pas pour effet d’augmenter l’agressivité comme le font les stéroïdes anabolisants chez les hommes en santé ». |
