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Mot de la rédactrice en chef Diana Swift Si les yeux sont le miroir de l’âme, la bouche est la porte d’entrée du corps humain. De nos jours, l’hygiène buccale occupe l’avant-scène et est considérée comme un facteur déterminant de notre santé générale. On reconnaît désormais que les dents sont des organes vitaux et non de simples ustensiles que nous utilisons pour manger. Négliger les soins qu’elles nécessitent peut mener au désastre, tant sur le plan physique que social.
Le second cas est celui de Moses Han, un homme de 45 ans, père de trois enfants, qui a perdu la vue et son gagne-pain à la suite d’un abcès dentaire. Ce commerçant industrieux n’avait pu se payer le traitement de canal que sa molaire infectée nécessitait, si bien qu’en dépit des antibiotiques et d’une hospitalisation, l’infection s’est répandue au cou, à la tête et aux yeux. Ces exemples — et il existe bien des cas semblables — sont les signes évidents d’un besoin d’accès aux soins dentaires pour les personnes qui ne bénéficient pas d’une assurance personnelle ou collective ou qui ne sont pas admissibles aux soins dentaires offerts aux bénéficiaires de l’aide sociale ou aux citoyens souffrant d’une incapacité. La triste histoire de ces deux hommes a soulevé une vague d’appui populaire en faveur d’un meilleur accès aux soins dentaires pour les travailleurs à faible revenu sans assurance, et elle soulève aussi la question suivante : pourquoi ces soins ne sont-ils pas couverts par le régime d’assurance-maladie ? La mauvaise hygiène buccale ouvre la porte aux inflammations et aux infections graves. À l’instar des plaies ouvertes, les gencives malades laissent le champ libre aux bactéries, lesquelles envahissent le flux sanguin, libèrent des substances inflammatoires nocives et augmentent les risques de maladies systémiques. La parodontite — une inflammation ou une infection chroniques du tissu gingival, de l’os et des autres supports structurels de la dent — prédispose à l’insulinorésistance et au diabète, aux maladies respiratoires, à l’arthrite rhumatoïde, à l’obésité, à l’ostéoporose et aux problèmes de grossesse, comme une naissance prématurée ou un poids de naissance insuffisant. On associe aussi la mauvaise hygiène buccale aux problèmes cardiovasculaires, entre autres l’hypertension, l’insuffisance cardiaque congestive, la maladie coronarienne et la crise cardiaque. Selon le Dr Peter Cooney, dentiste en chef à Santé Canada, 20 % des Canadiens (soit environ six millions) ont du mal à défrayer les coûts de leurs soins dentaires. Le Dr Cooney a pour mandat d’évaluer l’état de santé dentaire des Canadiens dans le cadre de l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé qui devrait prendre fin en 2009. Le but visé par l’ajout au questionnaire d’un module sur la santé dentaire est d’évaluer le lien entre l’état de la bouche et les problèmes de santé majeurs tels que le diabète et les maladies respiratoires et cardiovasculaires. On espère aussi, dans le cadre de cette étude, pouvoir établir une corrélation entre une santé buccale déficiente et des facteurs de risque qui vont de la mauvaise nutrition jusqu’au faible revenu, en passant par le faible niveau de scolarité. Et qui sait, peut-être les résultats de l’enquête conduiront-ils à l’adoption de nouvelles stratégies permettant de faciliter l’accès à des soins dentaires abordables. L’histoire de Jason, heureusement, s’est bien terminée. Grâce à la générosité du Dr Raj Singh, dentiste de Markham (Ontario), le jeune homme a pu bénéficier de soins gratuits. Il porte aujourd’hui des prothèses et des implants, il a trouvé un nouvel emploi et voit maintenant la vie avec optimisme. Moses, toutefois, a eu moins de chance. N’ayant pu recevoir de soins dentaires à temps, il devra recevoir des traitements médicaux pour le reste de sa vie et composer avec l’aide sociale. À mesure que l’on connaîtra plus clairement le rôle crucial de la santé buccale pour la santé en général, espérons que des histoires comme celles de Jason et Moses deviendront de plus en plus rares dans |
