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Combattre le Grand C Alice Fisher
Ni vous ni personne ne veut faire partie, un jour, des millions de Canadiens qui souffriront d’un cancer au cours de leur vie. Sans doute êtes-vous suffisamment sensibilisé aux dangers de la cigarette et de l’exposition prolongée aux rayons du soleil. Mais saviez-vous que pour réduire vos risques de cancer, vous devez faire de l’exercice, conserver un poids santé et vous soumettre régulièrement à des tests de dépistage ? Selon les experts, adopter ces bonnes habitudes aide à réduire l’incidence de cancers et les risques de décès de 50 %, voire même davantage selon certains. Voici où en sont les connaissances médicales actuelles en matière de prévention : Le tabagisme Au Canada, on estime à 30 % les cancers mortels causés par la cigarette et à environ 80 % les cancers du poumon associés de près ou de loin au tabagisme. Et c’est sans compter certains cancers de la vessie, de la langue, de l’œsophage et du pancréas qui sont également liés à la dépendance au tabac. « Le tabagisme est l’habitude de vie sur laquelle nous en savons le plus et pour laquelle même le plus petit changement dans le comportement des gens a une grande incidence », de dire le Dr Richard Gallagher, directeur du Programme de recherche sur le contrôle du tabac de la Société du cancer de Colombie-Britannique à Vancouver, et professeur clinicien en soins de santé et en épidémiologie à l’Université de Colombie-Britannique. « Chaque point de pourcentage en moins de la population qui fume a des répercussions positives majeures », d’affirmer le spécialiste. Tel est, également, le souhait de Sharon Earle, 63 ans, de Halifax. À l’époque où elle luttait contre un cancer des ovaires et du sein, dans les années 1980 et 1990, elle fumait toujours. Ce n’est qu’après avoir reçu un second verdict de cancer du sein qu’elle a mis fin à cette vilaine habitude à l’aide de timbres de nicotine. « Je me suis dit qu’il était vraiment insensé de continuer de fumer. Il m’aura fallu une mastectomie pour me convaincre des risques énormes que je courais », raconte Sharon, qui a renoncé à la cigarette il y a plus de sept ans. Le régime alimentaire
L’alimentation peut également affecter la façon dont les oncogènes (les gènes impliqués dans le cancer) réagissent en présence des carcinogènes. Dans une étude rendue publique par l’Institut américain de recherche sur le cancer, les fumeurs ayant un gène lié au risque de cancer et ayant adopté un régime alimentaire riche en fruits et en légumes et faible en matières grasses d’origine animale étaient jusqu’à 84 % moins susceptibles de développer un cancer du poumon que les fumeurs ayant le même type de gène, mais avec une alimentation de moindre qualité. Et puisqu’il est question de gras, bien que la preuve ne soit pas encore définitive, il est de plus en plus probable qu’un régime alimentaire riche en matières grasses est associé à des risques de cancer. Dans le cadre d’une étude d’une durée de cinq ans, moins de 10 % des femmes à qui on avait prescrit un régime faible en gras ont connu une récurrence de cancer du sein, contre plus de 12 % chez les femmes qui avaient conservé leur régime alimentaire habituel. Bien que le mécanisme de cause à effet dans ce cas soit encore sujet à discussion, certains chercheurs avancent l’hypothèse que les gras saturés stimuleraient la production d’œstrogènes, lesquelles peuvent favoriser la croissance des cancers hormonodépendants. D’autres chercheurs se penchent sur le rôle joué par différentes vitamines dans la prévention du cancer. Des chercheurs de l’Université de Toronto s’intéressent à la vitamine B1 (ou thiamine) contenue dans certains légumes et graines et que l’on ajoute couramment à la farine blanche. Par exemple, dans le cadre d’une étude réalisée à Toronto, on a découvert que des patients souffrant de polypes au côlon présentaient aussi une carence en thiamine. Comme nous l’explique le Dr Peter O’Brien, professeur émérite à la Faculté de pharmacie Leslie Dan de l’Université de Toronto, cette insuffisance vitaminique cause la formation de composés glucosiques (sucres) toxiques qui rendent le corps vulnérable aux carcinogènes potentiels. « Quand vous privez votre corps de vitamine B1, vous l’exposez davantage aux effets du stress oxydatif », dit-il. Toujours selon le Dr O’Brien, environ 10 % de la population canadienne souffrirait d’une carence en vitamine B1. Le Dr Robert Bruce, professeur émérite au Département des sciences de la nutrition de l’Université de Toronto, est convaincu qu’il est possible d’éliminer complètement les risques de certains cancers par une bonne alimentation. Tandis que certains jettent le blâme sur des facteurs extérieurs, comme la pollution, les insecticides et l’exposition au soleil et aux radiations, Robert Bruce est convaincu que le véritable problème réside plutôt dans le choix de nos aliments. « Mon intuition me dit que ce sont des composés endogènes qui sont à l’origine de plusieurs cancers, des substances qu’il nous est possible de contrôler », nous dit le Dr Bruce. D’autres nutriments, comme le calcium, le folate et la vitamine D, sont actuellement à l’étude pour leur rôle dans la prévention du cancer. Une étude effectuée par l’Université de Californie à San Diego a laissé entendre récemment qu’un apport quotidien accru de vitamine D pourrait réduire de moitié les risques de cancer du sein et de deux-tiers ceux du cancer colorectal. Le Dr Gallagher donne en exemple certaines études, réalisées sur une période de plus de dix ans, dont le but était de découvrir qui, parmi les participants, étaient plus susceptibles de développer un cancer du côlon. « Nous avons observé, chez la presque totalité des personnes qui n’ont pas développé de cancer du côlon, une concentration de vitamine D plus élevée que chez ceux qui en ont été atteints », dit-il. Ce sont des recherches de ce type qui ont incité la Société canadienne du cancer à recommander la prise de suppléments de vitamine D, en particulier durant les mois d’hiver et la période où les journées d’ensoleillement sont plus courtes. Quant au calcium, plusieurs études portent à croire qu’un apport important de calcium provenant des aliments et de suppléments aide à réduire les risques de polypes pré-cancéreux et de tumeurs colorectales. L’exposition au soleil Pourrait-on prévenir certains de ces cancers simplement dans l’exposition au soleil pour stimuler une production suffisante de vitamine D par la peau ? La plupart des spécialistes croient que non, du moins pas dans les conditions climatiques du Canada, et la quasi totalité d’entre eux s’accordent pour dire que le soleil est la première cause du cancer de la peau. Ainsi, bien que personne ne conseillerait à quiconque une exposition prolongée aux rayons du soleil, certains groupes d’intervention, comme la Société canadienne du cancer, recommandent une exposition de quelques minutes par jour sans filtre solaire pour permettre au corps de produire de la vitamine D. Le corps produit ce nutriment à partir d’une substance semblable au cholestérol et contenue dans la peau lorsque celle-ci est exposée aux rayons ultraviolets B.
Les risques environnementaux Pat Anderson, 56 ans, de Toronto, a troqué tous ses nettoyants chimiques toxiques contre des produits de nettoyage maison. Elle ne veut plus que ses habitudes de nettoyage augmentent ses risques de développer un cancer, même si le lien entre les deux est encore loin d’être prouvé. « Qui sait quel impact peuvent avoir tous ces ingrédients aux noms bizarres contenus dans ces produits si coûteux ? », se demande-t-elle. Pat achète également des produits biologiques et évite d’acheter des bouteilles en plastique après avoir lu que certains plastiques pouvaient contenir une toxine liée aux cancers de la prostate et du sein. Tous ses efforts peuvent peut-être lui permettre de mieux respirer, mais, malheureusement, en termes de prévention du cancer, ils pourraient bien être vains. « À l’exception de la fumée de cigarette, du soleil, du radon (un gaz radioactif qui cause le cancer du poumon) et de l’amiante, nous ne savons pas exactement ce qui, dans l’environnement, peut causer le cancer, d’expliquer le Dr Gallagher. Le problème, c’est qu’il est très difficile d’effectuer des études qui aient suffisamment d’envergure pour trouver une substance environnementale carcinogène. » Mais les preuves actuelles laissent entendre que nous ne devrions pas nous inquiéter outre mesure des produits chimiques domestiques. « Dans la majorité des cas, pour développer un cancer, il faut avoir été exposé à une assez forte concentration de produits chimiques sur une assez longue période. À mon avis, même si nous éliminons tous les nettoyants chimiques de nos maisons, nous ne serions pas en mesure d’observer, dans une dizaine d’années, de différence notable dans le nombre de cancers. » Et les pesticides, eux, qu’en est-il ? Bien que certains rapports aient suggéré un lien entre ces produits et
le risque de cancer, « personnellement, explique le L’activité physique De récentes études démontrent de façon constante le rôle de l’exercice physique dans la réduction des risques de cancer du sein. En 2006, une étude commanditée par l’Institut national du cancer aux États-Unis a révélé que les exercices vigoureux réduisent de 12 % les risques de cancer du sein, et cela même en tenant compte d’autres facteurs de risque tels que l’âge, les antécédents familiaux, le nombre de grossesses et l’hormonothérapie de remplacement. Une autre étude vient appuyer ces données : celle de l’Initiative sur la santé des femmes aux États-Unis, qui conclut que les femmes qui s’adonnent, deux heures par semaine, à un programme de marche rythmée ou à des exercices modérés présentent 18 % moins de risques de souffrir d’un cancer du sein. La précocité, en matière d’activité physique, joue également un rôle important. À cet égard, des recherches médicales à Edmonton nous révèlent que les personnes qui étaient sportives au cours de leur enfance et de leur adolescence étaient moins à risque de souffrir d’un cancer du sein à l’âge adulte.
Les experts croient que les répercussions les plus positives de l’exercice sont le maintien d’une saine masse corporelle et d’un bon taux de glycémie, afin d’éviter l’insulinorésistance, laquelle est un facteur de risque de cancer. La prévention des infections
Nous sommes déjà en voie d’en prévenir quelques-uns. Par exemple, au Canada, nous avons mis au point deux vaccins pour combattre les souches principales du VPH (virus du papillome humain), à l’origine du cancer du col de l’utérus. « Non seulement ces vaccins pourraient-ils prévenir 75 % à 80 % des cancers du col de l’utérus, nous dit le Dr Eduardo, mais aussi celui du cancer de la vulve et du vagin chez la femme, du pénis chez l’homme et de la bouche, de la gorge et de l’anus chez les gens des deux sexes ». Les infections attribuables au VPH peuvent aussi être la cause de certains types de cancers de la peau, bien qu’il n’existe pour l’instant aucun vaccin pour contrer les souches qui affectent la peau. Enfin, une proportion significative de cancers de l’estomac sont déclenchés par l’Helicobacter pylori, une bactérie qui infecte l’estomac. « Nous cherchons présentement à savoir si des agents infectieux pourraient aussi être à l’origine du cancer de la prostate et du sein », de dire le Dr Eduardo. En effet, il se pourrait qu’à l’avenir nous nous mettions à la recherche d’un nouveau paradigme de cancer impliquant un agent infectieux qui interagirait avec des facteurs liés au mode de vie, comme le manque d’activités physiques ou une mauvaise alimentation. » Les anti-inflammatoires non stéroïdiens
L’insulinorésistance Une nouvelle étude a révélé un lien possible entre le prédiabète et le cancer du côlon. Cela laisse supposer que d’éviter le problème susceptible de causer le diabète de type 2 (l’insulinorésistance) devient un enjeu majeur dans la prévention du cancer du côlon. Le diabète apparaît lorsque le corps devient incapable de produire de l’insuline ou d’y recourir efficacement après qu’il ait développé une résistance à cette hormone responsable de stocker l’énergie. « L’hypothèse avancée serait que les facteurs favorables au cancer du côlon soient les mêmes que ceux qui conduisent au diabète », nous dit le Dr O’Brien, en parlant d’une vaste étude européenne démontrant que les patients souffrant d’un cancer du côlon avaient aussi un taux élevé de résistance à l’insuline. Nous croyons que certaines personnes insulinorésistantes développent le diabète et d’autres un cancer du côlon. » Une étude réalisée en Suède est venue récemment appuyer cette hypothèse. Effectuée sur une période de huit ans auprès de 65 000 personnes, l’étude révèle que les femmes qui, à jeun, avaient un taux de glucose dans les 25 % supérieurs couraient 26 % plus de risques de développer un cancer du sein ou de l’endomètre que celles dont le taux de glucose se situait dans les 25 % inférieurs. « Nous croyons que l’insulinorésistance pourrait être associée à un risque élevé de développer certains cancers, dont celui du pancréas », d’affirmer le Dr Gallagher. Puisqu’il est possible de modifier l’insulinorésistance par une saine alimentation et de l’exercice, peut-être pouvons-nous prévenir certains cancers, simplement en s’assurant de ne pas développer ce problème prédiabétique. Alison Proctor, âgée de 59 ans et résidant à Toronto, est une femme qui aurait souhaité avoir maintenu un taux de glucose approprié. On lui a en effet diagnostiqué un diabète de type 2 à l’âge de 51 ans, puis un cancer de l’utérus a l’âge de 58 ans. « Je soupçonne fortement que toutes les années où j’ai eu un taux de glucose élevé ont contribué à développer mon cancer », affirme-t-elle. L’hormonothérapie L’étude réalisée par l’Initiative sur la santé des femmes aux États-Unis fait état d’une augmentation légère, mais significative, de 26 % des risques de cancer du sein chez les femmes d’âge mûr qui ont recours à l’hormonothérapie pendant une longue période. Une étude réalisée par l’étude Million Women au Royaume-Uni a révélé une augmentation de 20 % du risque de développer un cancer des ovaires chez les femmes ayant recours à l’hormonothérapie. Les recommandations canadiennes concernant l’hormonothérapie conseillent son utilisation pour soulager les symptômes de la ménopause pendant une période maximale de cinq ans, et à la plus petite dose efficace possible. Le dépistage Le dépistage précoce des lésions précancéreuses et des cancers que l’on peut traiter est maintenant possible grâce à des tests appropriés. Ceux qui sont connus pour leur efficacité sont la mammographie pour le cancer du sein, le test sur la présence de sang dans les matières fécales pour détecter des polypes précancéreux du côlon et les cancers colorectaux précoces, de même que le test des frottis vaginaux (le test Pap) pour le cancer du col de l’utérus. L’efficacité du dépistage à grande échelle du cancer de la prostate au moyen du test PSA (antigène spécifique de la prostate) ne fait pas encore l’unanimité. Pour vous rassurer, renseignez-vous auprès de votre médecin sur les tests que vous devriez passer et à quelle fréquence vous devriez le faire. Pour en savoir davantage sur les tests reconnus ou controversés, nous vous invitons à consulter l’édition de janvier-février 2008 de Santé canadienne, disponible au début de janvier au bureau de votre médecin, ou en ligne au www.santecanadienne.ca. Pour plus de renseignements sur la prévention du cancer, communiquez avec le bureau de la Société canadienne du cancer de votre province. Pour connaître les numéros de téléphone du bureau de votre province, visitez |
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