|
|
L’infidélité affective Marcia Kaye Quand on trouve du rouge à lèvres sur un col de chemise, une note d’hôtel sur un compte de carte de crédit ou des mots doux dans un courriel, il est facile de tirer des conclusions. Mais que dire d’une relation strictement platonique ? Peut-on la considérer comme une infidélité ?
L’infidélité affective fraye dans des eaux troubles parce qu’elle n’est encadrée par aucune définition juridique, sémantique ou morale. C’est davantage une question d’interprétation personnelle. Si les besoins affectifs d’une personne ne sont pas comblés et que son partenaire entretient une relation affective avec une tierce personne, la première peut se sentir trompée et éprouver un sentiment d’abandon, voire de trahison. Le problème dans ce type de situation est le potentiel d’attachement sexuel qui peut en découler, même s’il n’y a pas de relations sexuelles. La catégorie « veuve du golf » ne s’applique donc pas ici. Quoi qu’il en soit, les aventures extraconjugales platoniques n’ont rien à voir avec le sexe ou l’amour; il s’agit plutôt d’un lien affectif », nous disent William et Carolyn Chernenkoff, mari et femme dans la vie, et qui font équipe en qualité de thérapeutes et consultants spécialisés en problèmes matrimoniaux et sexuels à Saskatoon. « Nous avons tous besoin de vivre une intimité affective avec quelqu’un; une personne à qui nous pouvons confier nos pensées et nos sentiments les plus secrets, qui nous approuve et de qui nous nous sentons acceptés », d’expliquer Carolyn. « Mais si l’un des deux partenaires crée des liens intimes avec une autre personne, cela peut devenir, sur le plan affectif, aussi destructeur que s’il y avait infidélité sexuelle. Autrement dit, même si une personne est présente de corps et sur le plan sexuel dans sa relation avec son partenaire, son esprit est ailleurs. » Ce genre d’infidélité n’est pas l’apanage des hommes. De nos jours, les femmes en quête de satisfactions affectives sont de plus en plus nombreuses à combler leurs besoins ailleurs, que ce soit au travail, au centre de conditionnement physique ou sur les sites de clavardage. Le couple Chernenkoff affirme d’ailleurs recevoir de plus en plus d’appels d’hommes qui se sentent trahis. « L’un d’eux nous a raconté que, chaque soir, sa femme se levait de table, s’installait devant l’ordinateur, et passait cinq heures rivée à son écran à converser en ligne avec un inconnu. Elle était même prête à se rendre à l’autre bout du pays pour le rencontrer », d’ajouter Carolyn Chernenkoff. Et bien que la femme ait juré que son cybercorrespondant n’était qu’un ami, le mari, lui, s’est senti exclu. Détail intéressant, le phénomène touche un nombre croissant d’hommes des régions rurales et dont la femme, pour briser l’isolement, entretient des relations intimes en ligne, provoquant du même coup un sentiment d’abandon chez le mari. Le signe le plus évident d’infidélité affective est le temps déraisonnable que l’on consacre à une autre relation. Il peut s’agir de conversations très intimes, de cadeaux, d’efforts investis en vue de passer du temps avec l’autre personne, ou encore d’un manque d’intérêt pour le conjoint ou la conjointe. Comme le fait remarquer William Chernenkoff : « Il nous arrive à tous d’être attiré par quelqu’un, et c’est normal. Ce qui est plus problématique, c’est quand nous développons une complicité plus importante avec l’autre personne qu’avec notre partenaire. » Comment savoir si vous avez dépassé les bornes ? En répondant aux trois questions suivantes :
Si vous avez répondu « oui » à l’une ou l’autre de ces questions, votre couple est peut-être en danger. Des 4 500 couples que Carolyn et William ont reçu en consultation au cours des trois dernières décennies, 25 % faisaient face à un problème d’infidélité conjugale. Et dans près de la moitié de ces cas, il s’agissait de liens affectifs sans relations sexuelles. Dans le cadre de ces consultations de couples, les thérapeutes demandent toujours à chaque conjoint, séparément bien sûr, de qui il, ou elle, se sent le plus près sur le plan affectif. Si la personne interrogée donne comme réponse l’autre personne, les thérapeutes lui demandent si elle est prête à reconstruire son couple. En cas de réponse affirmative, les thérapeutes lui disent qu’elle devra renoncer à l’autre personne. Reconstruire son couple, c’est possible. D’ailleurs les chances de réussite sont meilleures que lorsqu’il s’agit de maintenir la nouvelle relation. |
||
