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Mot de la rédactrice en chef Diana Swift Les résultats imprévus et les dommages collatéraux sont des facteurs aussi présents dans le domaine de la santé que dans celui des stratégies militaires.
Voilà pourquoi l’acide folique fait maintenant l’objet d’un examen rigoureux. Des scientifiques de l’Université Tufts de Boston se demandent si un apport accru de la forme synthétique de cette vitamine B hydrosoluble, que l’on retrouve dans les aliments enrichis et dans les suppléments, n’aurait pas un rôle à jouer dans l’augmentation des cas de cancer du côlon, tant aux États-Unis qu’au Canada. En effet, nous avons assisté pendant une décennie au déclin de ce type de cancer. Mais la maladie connaît une légère recrudescence depuis la fin des années quatre-vingt-dix, à raison de quatre à six nouveaux cas non prévus par année. En 1998, les États-Unis et le Canada ont rendu obligatoire l’ajout d’acide folique dans les aliments à base de grains, tels la farine blanche et les pâtes. Cette mesure visait à réduire les déficiences du tube neural chez les nouveau-nés, des malformations invalidantes qui affectent la structure de la colonne vertébrale. Cette mesure a porté fruit puisqu’en1993, tel que nous le révèle une étude dirigée par le Dr Philippe de Wals de l’Université Laval à Québec, le nombre de cas d’enfants nés avec une déficience du tube neural s’élevait à 1,58 cas pour mille naissances, et qu’en 2002 il avait chuté à 0,86 pour le même nombre. Cette vitamine B joue un rôle essentiel dans la division et la multiplication normales des cellules saines. Malheureusement, les cellules cancéreuses utilisent aussi cette vitamine pour se reproduire. En réalité, les médicaments antifolates, comme le méthotrexate, comptent parmi les plus vieux médicaments anti-cancéreux. Et c’est pourquoi, bien qu’un apport important du folate (la forme naturelle que l’on retrouve dans les aliments non enrichis) ait été associé à un risque réduit de cancer du côlon, des études américaines rapportent que des doses quotidiennes d’acide folique synthétique n’ont pas rédui les polypes précancéreux du côlon et qu’elles peuvent même augmenter le risque de certains types de tumeurs colorectales. Selon le Dr Joel Mason, qui a dirigé la recherche à l’Université Tufts, la prise excessive d’acide folique peut rendre les personnes âgées plus vulnérables au cancer du côlon. Jusqu’à 50% des gens âgés de plus de 50 ans ont déjà des polypes au côlon. Un apport trop important d’acide folique pourrait favoriser la production anarchique des cellules et accélérer la progression du cancer. Joel Mason fait aussi remarquer que les personnes d’un certain âge devraient remettre en question leurs habitudes de prendre de l’acide folique en comprimés de multivitamines ou de vitamines du complexe B, ou encore se procurer des formules dont la teneur est inférieure. De plus, le Dr Mason croit que la version synthétique de l’acide folique pourrait être plus difficile à absorber, en plus d’avoir des effets néfastes sur la santé puisqu’il ne s’agit pas de la forme naturelle de la vitamine. Bien que les aliments enrichis d’acide folique aient réduit de façon indéniable l’incidence de déficiences du tube neural chez l’enfant, le Dr Mason exige que d’autres études se fassent sur le sujet avant de se prononcer sur les effets possibles de l’acide folique sur la population en général. L’apport maximal tolérable pour l’acide folique est de 1 000 microgrammes (mcg) par jour, et les quantités que nous absorbons de la nourriture sont considérées sécuritaires. Si vous aimez les pains et pâtes enrichis, les légumineuses, les fruits et les légumes verts, vous obtiendrez facilement l’apport quotidien en acide folique recommandé pour la plupart des adultes (400 mcg). Une seule portion de céréales enrichies servies avec du lait peut combler 42 % de vos besoins quotidiens en acide folique. L’ajout de 400 mcg par jour d’acide folique synthétique pourrait se révéler excessif. Une conclusion s’impose : les effets biologiques des nutriments sont complexes, si bien que les politiques sur la santé qui ne visent qu’une partie de la population peuvent avoir des conséquences inattendues et devenir une source de préoccupations ou de problèmes pour les autres segments de la population. |
