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Le dépistage du cancer

Quels tests faut-il passer pour réduire les risques de décès ?

Alice Fisher

Dans le numéro de novembre-décembre 2007 de Santé canadienne, nous avons abordé avec vous les changements que l'on peut apporter à notre mode de vie — manger sainement, limiter notre consommation d'alcool et faire de l'exercice — pour réduire les risques de cancer. Mais il y a un autre aspect important qu'il ne faut pas négliger : le dépistage. Certains tests, en effet, permettent de détecter des anomalies avant qu'elles ne deviennent cancéreuses, ou à un stade si précoce qu'elles sont plus faciles à traiter.

D'autres tests de dépistage ne bénéficient pas du soutien scientifique nécessaire à une sensibilisation élargie du public. Avant d'investir des sommes importantes pour appuyer les programmes de santé publique, les autorités veulent avoir l'assurance que les réductions de la charge de la maladie et la diminution du nombre des décès justifient un tel investissement. Voici les recommandations actuelles de la Société canadienne du cancer pour six tests de dépistage.

Les tests efficaces

Le cancer du sein

Les décès attribuables au cancer du sein pourraient facilement être réduits du tiers si les femmes âgées entre 50 et 69 ans se soumettaient tous les deux ans à une mammographie. Lors de cet examen, la radiographie du sein comprimé à partir du haut et d'un côté permet de générer une image révélant souvent des anomalies ou des changements subtils du tissu mammaire et de signaler la présence de cancer.

Recommandations d'usage

Pour les femmes âgées entre 40 et 49 ans L'examen des seins, par un professionnel de la santé qualifié, au moins tous les deux ans. On conseille à ces femmes de discuter des risques du cancer du sein avec leur médecin ainsi que des avantages et des risques de la mammographie.

Pour les femmes âgées entre 50 et 69 ans L'examen des seins, par un professionnel de la santé qualifié, au moins tous les deux ans ainsi qu'une mammographie tous les deux ans.

Pour les femmes de 70 ans et plus Il est conseillé à ces femmes de discuter avec leur médecin de la fréquence à laquelle elles devraient subir un test de dépistage du cancer du sein.

Cancer du col de l'utérus

Voici un test pour lequel le système de santé canadien a prouvé son efficacité. Depuis que l'examen des frottis vaginaux (test Pap) a vu le jour il y a environ 50 ans, l'incidence de cancer du col de l'utérus et les décès associés à ce dernier ont décliné respectivement de 50 % et 60 %. Dans l'avenir, ce test, qui consiste à détecter des anomalies potentielles par le prélèvement de cellules sur le col utérin, pourrait être combiné à un autre test encore plus sophistiqué, capable de détecter l'ADN du virus du papillome humain (VPH), qui cause le cancer du col de l'utérus.

En comparant ces deux tests chez plus de 10 000 femmes, une équipe dirigée par le Dr Marie-Hélène Mayrand, professeure adjointe en obstétrique et gynécologie à l'Université de Montréal, au Québec, a découvert qu'en cherchant la présence de cet ADN viral, on pouvait dépister 95 % des cancers ou des lésions précancéreuses du col utérin, en comparaison de 55 % seulement avec le test des frottis vaginaux.

Recommandations d'usage

Les femmes ayant une vie sexuelle active devraient subir un test de frottis vaginaux ainsi qu'un examen pelvien tous les ans — ou au moins tous les trois ans — selon les recommandations de dépistage en vigueur dans leur province. Les femmes qui ne sont plus actives sexuellement devraient discuter avec leur médecin de la fréquence à laquelle elles devraient subir ces examens. Les vaccins contre le VPH — dont l'utilisation au Canada est maintenant approuvée pour prévenir la contamination par le VPH — complètent les tests de dépistage, mais ne sauraient en rien les remplacer.

Cancer colorectal

Le test de dépistage de sang occulte dans les selles permet de détecter du sang provenant de polypes précancéreux ou de cancers précoces. Grâce à ce test, on pourrait réduire de 17 % le taux de cancers colorectaux si 70 % des Canadiens décidaient de s'y soumettre tous les deux ans. « L'Ontario, le Manitoba et l'Alberta sont les seules provinces canadiennes à avoir annoncé l'instauration d'un programme de dépistage systématique », nous dit le Dr Elizabeth McGregor, chercheuse à la Société du cancer de l'Alberta à Calgary. « Il n'existe encore aucune preuve solide à l'effet que deux autres tests plus coûteux (la coloscopie et la sigmoïdoscopie), qui permettent d'explorer le côlon au moyen d'images obtenues par l'insertion d'un tube de fibre optique muni d'une petite caméra vidéo, peuvent réduire l'incidence de décès par cancer colorectal ¹, d'expliquer le Dr McGregor.

Recommandations d'usage

Les hommes et les femmes de 50 ans et plus qui présentent un risque moyen de cancer colorectal devraient subir un test de dépistage de sang occulte dans les selles au moins tous les deux ans. Le suivi, en cas de résultat positif du test de sang occulte, devrait comporter une coloscopie et une sigmoïdoscopie, de même qu'un lavement baryté en double contraste avec radiographie du gros intestin. Les hommes et les femmes qui présentent un risque supérieur à la moyenne, c'est-à-dire dont le père, la mère, un frère ou une sour ont déjà souffert d'un cancer colorectal, ou qui ont eux-mêmes déjà souffert de cancer colorectal, d'affection abdominale inflammatoire, d'une maladie de l'intestin héréditaire ou de polypes bénins au côlon ou au rectum, devraient discuter avec leur médecin des examens de contrôle les plus appropriés à leur cas.

Marqueurs biologiques

En pleine émergence, le domaine des marqueurs moléculaires, c'est-à-dire des signaux biologiques tels que les protéines génétiques, les enzymes et les antigènes qui suggèrent une plus grande prédisposition au cancer ou l'exposition aux cancérogènes, pourrait révolutionner le domaine des tests de dépistage du cancer ainsi que la prévention.

« Lorsque vous recevez un diagnostic de cancer, c'est comme recevoir un coup de poing au visage », affirme le Dr Richard Gallagher, chercheur en chef au Programme de recherche sur le contrôle du cancer à l'Agence du cancer de la Colombie-Britannique, à Vancouver. « En réalité, les précurseurs étaient probablement déjà présents depuis 7 à 10 ans. » Le Dr Gallagher ajoute : « Nous devons connaître de quelle façon des facteurs tels que l'alimentation, l'exercice, le soleil, les infections et autre exposition ambiante amènent certains précurseurs à se transformer en cancer. » Déjà, deux marqueurs génétiques du cancer du sein — BCR1 et BCR2 — sont utilisés dans les tests de dépistage chez les femmes à risque élevé. Les chercheurs sont sur le point d'identifier davantage de gènes et de biomarqueurs reliés au cancer.

Être en mesure d'identifier ces marqueurs signifie la possibilité peut-être de prévenir une affection maligne vigoureuse. Dans l'avenir, affirme le Dr Gallagher, « nous serons peut-être capables de tester ces marqueurs et de pouvoir affirmer que les marqueurs sanguins d'un patient indiquent un risque accru de développer tel ou tel cancer et de fournir de l'aide pour modifier ces marqueurs. » Le but est de pouvoir prévenir entièrement le cancer.

Test controversés

Le cancer de la prostate

Les résultats ne sont pas suffisamment concluants pour appuyer les mesures générales de dépistage du cancer de la prostate au moyen du test de l'antigène prostatique spécifique. Ce test mesure le sang présent dans cette substance produite par les cellules de la glande prostatique. Il arrive, en effet, que le taux de sang soit augmenté en présence de cancer, mais aussi dans les cas d'hypertrophie bénigne de la prostate. Le test de l'antigène prostatique spécifique ne permet pas de distinguer les cas de cancers qui exigent un traitement immédiat de ceux qui n'en nécessitent pas. « Chez beaucoup d'hommes, le cancer de la prostate évolue lentement et le traitement entraîne de nombreux effets indésirables, dont l'impuissance et l'incontinence. Il faut donc s'assurer que le test détectera les cas de cancer qui ont réellement besoin de traitement », de dire le Dr McGregor.

Le Dr Richard Gallagher, chercheur en chef au Programme de recherche sur le contrôle du cancer à l'Agence du cancer de la Colombie-Britannique, à Vancouver, abonde dans le même sens que le Dr MacGregor. « Le test de l'antigène prostatique spécifique, même combiné à d'autres marqueurs, ne détermine pas de façon irréfutable la présence de cancer ou la gravité de la tumeur, dit-il. La majorité des hommes chez qui on a diagnostiqué un cancer de la prostate ne mourront pas de cette maladie. »

D'autres spécialistes, toutefois, sont davantage favorables au test de l'antigène prostatique, s'appuyant sur le fait que dans les pays où il est le plus répandu — au Canada, aux États-Unis, en France et en Autriche, par exemple — le taux de décès attribuables au cancer de la prostate a décliné, alors qu'il est en hausse en Suède, en Grèce et en Espagne, des pays où le test n'est pas recommandé.

Recommandations d'usage

Tous les hommes de 50 ans et plus devraient discuter avec leur médecin de la pertinence de subir un examen de la prostate par le toucher rectal, complété par le test de l'antigène prostatique spécifique. Les hommes plus jeunes présentant des facteurs de risque plus élevés, comme des antécédents familiaux (deux parents du premier degré ayant souffert de la maladie) ou qui sont de descendance africaine, devraient aussi discuter avec leur médecin de la pertinence, dans leur cas, du dépistage précoce.

Le cancer du poumon

Les chercheurs se penchent actuellement sur la possibilité de recourir au scanogramme et sur la rentabilité d'une telle mesure dans la détection précoce du cancer du poumon. À ce jour, toutefois, à cause du nombre élevé de faux résultats positifs obtenus (le test laisse parfois entendre qu'on est en présence d'une tumeur maligne alors qu'il n'en est rien), les preuves ne sont pas suffisantes pour justifier la mise sur pied d'un programme de dépistage systématique. De plus, rien n'indique à ce jour que le recours à un tel dépistage permettrait de sauver des vies.

Aucune recommandation d'usage.

Cancer de l'ovaire

La preuve n'est pas faite que le dépistage à l'aide de biomarqueurs (par exemple l'antigène CA-125) pourrait réduire le taux de mortalité due à ce type de cancer. Cette protéine est produite par certaines cellules cancéreuses du cancer de l'ovaire, mais également par des cellules cancéreuses d'autres types de cancer et par des cellules non cancéreuses.

Aucune recommandation d'usage.

Quant à l'avenir, une étude américaine réalisée sur une grande échelle, consacrée au dépistage du cancer de la prostate, du poumon, de l'ovaire et du cancer colorectal, évalue présentement le cas de 155 000 personnes âgées entre 55 et 74 ans dans le but de savoir jusqu'à quel point le dépistage peut réduire les risques de mourir de ces maladies. À eux quatre, ces cancers comptent pour 42 % de tous les cas de cancer diagnostiqués. L'étude, qui a pris fin l'an dernier, rendra bientôt publiques ses conclusions préliminaires. Les nouvelles données recueillies favoriseront peut-être le dépistage du cancer de la prostate, du poumon et de l'ovaire.

Aucun test de dépistage n'est fiable à 100 %. Cependant, les bons tests peuvent réduire le taux de mortalité attribuable au cancer et améliorer la qualité de vie de ceux aux prises avec cette maladie en leur permettant de suivre des traitements plus doux, plus tôt.


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