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La haute pression : le tueur silencieux a eviter ou à controler Pam Harrison
Quelques heures plus tard, elle était admise à l’hôpital de la région et recevait les soins d’urgence appropriés à son état : des médicaments destinés à abaisser sa tension artérielle à son niveau normal. Des médicaments qu’elle prend toujours aujourd’hui. Mais Helen Leask a dû également apporter des changements importants à son mode de vie. Bien qu’elle fût mince, elle ne se sentait pas en assez bonne forme physique pour maintenir sa tension artérielle à un niveau normal. « J’ai donc décidé de suivre des cours de danse sociale et latine trois fois par semaine. La danse nous procure énormément d’agréments, mais c’est avant tout un excellent exercice. » Qu’est-ce que la tension artérielle ? Selon le Dr Norman Campbell, président du Programme éducatif canadien sur l’hypertension et professeur de médecine à l’Université de Calgary, la tension artérielle est la force que le sang exerce sur les parois des vaisseaux pendant qu’il circule dans le corps. On peut parler d’hypertension quand la tension artérielle d’une personne est habituellement élevée. Prenons à titre d’exemple un boyau d’arrosage. Quand on ouvre le robinet, l’eau se met à jaillir du boyau et plus on l’ouvre grand, plus la pression augmente, et elle augmentera encore davantage si on ajoute un embout d’arrosage à l’extrémité du boyau. « Le cœur est en quelque sorte un robinet et les vaisseaux sanguins des boyaux d’arrosage », nous explique Norman Campbell. Le chiffre élevé, ou pression systolique, correspond à la pression la plus haute exercée par le sang à chaque battement cardiaque, alors que le chiffre bas, ou pression diastolique, représente la pression la plus basse du sang dans les veines entre deux battements. Si un seul des deux chiffres est élevé, la personne est quand même considérée comme hypertendue. « Une augmentation de la tension artérielle, qu’elle soit systolique ou diastolique, doit être traitée », nous dit le Dr Nadia Khan, professeure adjointe de médecine au Centre de l’évaluation de la santé et des nouvelles sciences de l’Université de Colombie-Britannique à Vancouver. On dira d’une personne, par ailleurs en santé, qu’elle est hypertendue si sa pression est constamment supérieure à 140/90 mmHg. Toutefois, chez les gens qui souffrent de diabète ou d’une maladie du rein, un résultat de 130/80 mmHg sera considéré comme de l’hypertension. L’hypertension artérielle est un problème de santé très répandu. Un Canadien sur cinq en fait déjà et 90 % des Canadiens en feront un jour. Le fait que 90 % d’entre nous feront un jour ou l’autre de l’hypertension laisse entendre que nous sommes génétiquement programmés pour développer l’hypertension. « Ce n’est pas le destin, toutefois, qui en est responsable, dit avec insistance le Dr Norman Campbell, mais plutôt notre comportement. » Même chez les personnes jeunes, il arrive que le cœur pompe trop de sang, ce qui peut avoir pour effet d’augmenter la tension artérielle. Mais avec le vieillissement, l’hypertension est presque toujours attribuable à l’effet « embout d’arrosage », causé par la constriction des vaisseaux qui deviennent plus épais et fibreux et à ce que la médecine appelle la « lumière », une ouverture qui favorise le rétrécissement du flux sanguin. Cela a pour effet de priver les organes d’oxygène et de favoriser l’apparition d’accidents ischémiques (privation d’oxygène), une crise cardiaque par exemple. Les dommages causés par une tension élevée dans les vaisseaux sanguins favorisent aussi la formation d’amas graisseux (ou plaque), un phénomène connu sous le nom d’athérosclérose. Quand un morceau de plaque se détache, des caillots sanguins se forment et peuvent entraîner l’occlusion d’une artère qui achemine le sang jusqu’au cœur, provoquant ainsi une crise cardiaque, ou encore le blocage d’une artère qui amène le sang au cerveau, entraînant alors un AVC. Sous la pression qui augmente, un vaisseau peut aussi se rompre et entraîner un épanchement de sang, ce qui provoquera un AVC hémorragique si du sang se répand dans le cerveau, ou encore des dommages rapides aux organes si le sang se répand dans les reins. Les femmes, pour des raisons qui sont encore inconnues, sont plus sujettes que les hommes aux AVC hémorragiques. Quelles sont les causes de l’hypertension artérielle ? Lorsque le cœur doit travailler plus fort pour pousser le sang dans des artères plus étroites et épaisses, les parois du cœur s’épaississent elles aussi, causant l’affaiblissement de l’action de pompage. Cet état peut conduire à l’insuffisance cardiaque, ce qui fait de l’hypertension le tueur numéro Un partout dans le monde. On qualifie de « primaires » 90 % à 95 % des cas d’hypertension qui sont le résultat de facteurs génétiques ou physiologiques ou encore du mode de vie. Si l’hypertension est causée par la grossesse, des médicaments ou certaines maladies, elle sera qualifiée de « secondaire ». Comment peut-on savoir si l’on souffre d’hypertension ? En général, tout comme Helen Leask, les gens ne sont pas conscients qu’ils font de l’hypertension, jusqu’à ce que celle-ci soit diagnostiquée, au cabinet du médecin généralement. Les médecins mesurent la tension avec un sphygmomanomètre et peuvent la prendre jusqu’à cinq fois de suite pour être certains que le patient est véritablement hypertendu. Toutefois, de plus en plus de médecins recommandent à leurs patients de prendre eux-mêmes leur tension artérielle à la maison, avec un tensiomètre approuvé que l’on peut se procurer dans presque toutes les pharmacies. (Vous trouverez sur le site http://hypertension.ca/chs/fr/, à la rubrique Approbation des appareils, la liste des tensiomètres approuvés par la Société canadienne d’hypertension artérielle. Les traitements Quand un patient souffre d’hypertension légère, le médecin peut lui recommander de tenter d’abaisser sa tension artérielle en changeant son mode de vie, par exemple en réduisant sa consommation de sel et d’alcool, en perdant du poids et en faisant davantage d’exercices. Si ces mesures ne suffisent pas, le médecin dispose d’un très vaste choix de traitements pour répondre aux besoins particuliers de chaque patient (voir Médicaments antihypertenseurs). Il existe des médicaments dans toutes les gammes de prix et ayant des effets secondaires différents, mais généralement les médicaments des principaux fabricants offrent des bénéfices similaires », d’expliquer le Dr Campbell. Cela dit, la plupart des médecins feront tout en leur pouvoir pour personnaliser le traitement en tenant compte des autres problèmes de santé de leurs patients. Par exemple, si une patiente souffre de migraines, le médecin pourrait lui prescrire un bêta-bloquant (voir Médicaments antihypertenseurs) comme le bisoprolol, puisque les bêta-bloquants aident à prévenir la migraine. Certains inhibiteurs du calcium, comme le vérapamil, peuvent provoquer de la constipation, un effet secondaire souhaitable pour les patients sujets à la diarrhée chronique. Les gens souffrant de diabète ou d’une maladie du rein se verront généralement prescrire une enzyme de conversion de l’angiotensine, tel que le ramipril, ou un bloqueur des récepteurs de l’angiotensine, comme le losartan, deux médicaments qui ralentissent la progression de la maladie rénale, une complication du diabète. « La plupart des bénéfices des antihypertenseurs sont obtenus avec un dosage modéré et presque tous les effets secondaires se produisent à dosage élevé, et c’est pourquoi les médecins utilisent fréquemment deux, et parfois trois ou quatre médicaments différents à dosage modéré pour obtenir une baisse importante de la pression sanguine sans entraîner le moindre effet secondaire », d’expliquer le Dr Campbell. Peut-on arrêter la prise de médicaments ? La médication est importante, mais le maintien d’un mode de vie sain l’est tout autant. C’est ainsi qu’en apportant des changements à leur mode de vie, de nombreux patients du Dr Khan ont pu cesser de prendre leurs médicaments contre l’hypertension ou du moins d’en réduire le dosage. Le secret, si on veut éviter de prendre des antihypertenseurs, est d’adopter un régime alimentaire sain, à faible teneur en sel et en alcool et de faire beaucoup d’exercices. Selon le Programme éducatif canadien sur l’hypertension, quatre séances ou plus d’exercices par semaine, d’une durée minimale de 30 minutes, peuvent aider à réduire la pression sanguine de 5 à 15 mmHg. À noter aussi qu’en réduisant notre poids de 4,5 kilos (10 lb), nous pourrions abaisser d’environ 7mmHg tant notre pression systolique que diastolique. Alimentation, sel et alcool Le Programme éducatif canadien sur l’hypertension conseille aussi aux personnes hypertendues de suivre le Régime alimentaire pour réduire l’hypertension www.masantenaturelle.com/chroniques/chroniques2/hypertension.php), lequel met l’accent sur les fruits et les légumes frais, les viandes maigres, les légumineuses, les produits laitiers faibles en matières grasses, les aliments de grains entiers et les produits à faible teneur en sodium. Grâce à ce régime, vous pouvez abaisser votre pression systolique de plus de 11 mmHg et votre pression diastolique de plus de 5 mmHg. N’oubliez pas, toutefois, que pour obtenir les meilleurs résultats, vous devez accompagner ce régime d’un programme régulier d’exercices. « Même les gens minces peuvent faire de l’hypertension, d’où l’importance, insiste Norman Campbell, d’adopter à la fois un régime alimentaire sain et un programme d’activité physique. » En ce qui concerne le sel, le Programme d’éducation canadien sur l’hypertension estime que trois Canadiens sur dix auraient une tension artérielle normale s’ils ne consommaient pas plus de 1 500 mg de sodium par jour, soit environ deux-tiers de cuillerée de sel de table. Le sodium alimentaire provoque la rétention de plus de liquide dans les vaisseaux sanguins, ce qui donne au cœur plus de sang à pomper. Certaines personnes sont plus sensibles au sodium que d’autres, en particulier celles qui font de l’embonpoint ou qui sont de descendance africaine. Le vieillissement est lui aussi un facteur qui augmente la sensibilité au sel », de dire le Dr Campbell. Les gens ayant une tension artérielle normale — et même les enfants — verront leur tension augmenter avec une alimentation riche en sodium.
Enfin, si vous êtes un grand consommateur d’alcool, vous pourriez réduire votre pression systolique de 4,6 mmHg et votre pression diastolique de 2,3 mmHg en limitant votre consommation à deux verres par jour. Cinq ans après le diagnostic, Helen Leask, qui habille aujourd’hui une taille plus petite qu’autrefois, est heureuse que son hypertension ait pu être détectée à temps et qu’elle soit aujourd’hui bien contrôlée. « Le grand défi pour moi est d’éviter l’AVC », dit-elle. « Si vous mourez des suites d’un AVC, vous ne pouvez plus en souffrir, mais si du jour au lendemain vous ne pouvez plus conduire votre voiture, remplir vos obligations professionnelles ou subvenir aux besoins de votre famille, vous vivez alors un véritable cauchemar. Les conséquences de l’AVC peuvent être extrêmement pénibles pour ceux et celles qui en sont les victimes. » Pour plus de renseignements sur l’hypertension, visitez le www.hypertension.ca. La tension artérielle peut-elle être trop basse ? Pour les gens en santé, une tension artérielle basse ne devrait pas constituer une source d’inquiétude. « Si vous vous sentez bien lorsque vous vaquez à vos occupations quotidiennes, vous ne devriez pas vous alarmer d’avoir une tension plus basse que la normale, pour la bonne raison que cette tension basse est peut-être normale pour vous », d’expliquer le Dr Nadia Khan, de l’Université de Colombie-Britannique. Par contre, si votre basse pression vous cause des étourdissements, de la fatigue ou l’impression d’être en état d’ébriété, il serait sage de consulter un médecin. Nombreuses, toutefois, sont les personnes âgées qui ont des chutes soudaines de pression au sortir du lit le matin ou en se levant d’un fauteuil. Cet état, appelé hypotension orthostatique, peut être causé par l’utilisation excessive de certains antihypertenseurs (les diurétiques par exemple), la déshydratation ou par une période d’alitement prolongée. Le problème qui est de loin le plus préoccupant survient quand la tension artérielle subit une chute importante et soudaine à la suite d’une hémorragie, d’une chirurgie, d’une blessure ou d’une réaction allergique grave. La baisse de seulement 20 mmHg peut causer des étourdissements et des évanouissements. L’hypotension sévère prive l’organisme d’oxygène et peut endommager le cœur, le cerveau ainsi que d’autres organes vitaux. Faits saillants sur l’hypertension
Les facteurs de risque de l’hypertension Les facteurs qu’on ne peut contrôler Les antécédents familiaux Dans 35 % à 60 % des cas, l’hypertension est héréditaire. Il suffit que l’un de vos parents (la mère ou le père) soit hypertendu pour augmenter sérieusement vos risques de l’être aussi. L’âge et le sexe Au début de l’âge adulte, l’hypertension est plus fréquente chez les hommes. Les femmes, pour leur part, y sont plus sujettes après la ménopause. La race La tension artérielle élevée est particulièrement fréquente chez les gens d’origine africaine. Elle apparaît souvent plus tôt dans leur vie que chez les Caucasiens. Les facteurs que l’on peut contrôler Le surplus de poids Plus la masse corporelle est importante, plus on a besoin de sang et plus la pression sanguine exercée sur les parois des artères est grande. L’inactivité physique Les personnes sédentaires ont un rythme cardiaque plus élevé, et plus ce rythme est élevé plus le cœur doit pomper. Les gens inactifs ont davantage tendance à l’embonpoint ou à l’obésité. Le tabagisme La cigarette endommage les parois des artères et contribue à les rétrécir. La surconsommation de sodium Le sodium provoque de la rétention d’eau et augmente le volume de sang à pomper. La consommation excessive d’alcool On croit qu’une consommation élevée d’alcool favorise l’hypertension de plusieurs façons, notamment en rendant moins sensibles les récepteurs artériels qui sont responsables de la pression sanguine, ce qui nuirait à la régulation naturelle de la contraction et de la relaxation des artères. Le stress chronique Les métiers qui favorisent un niveau élevé de stress et où l’on a peu de contrôle sur les prises de décisions — les serveuses de restaurant ou les contrôleurs aériens par exemple — peuvent favoriser l’apparition de l’hypertension. Les médicaments antihypertenseurs Souvent, les médecins commencent par prescrire un seul médicament, mais le Programme d’éducation canadien sur l’hypertension recommande l’utilisation combinée de deux médicaments si l’hypertension est supérieure de 20/10 mmHg à la normale. Les diurétiques favorisent l’excrétion d’eau et de sodium, ce qui, en retour, aura pour effet de réduire le volume sanguin et la pression. Les effets secondaires de ces médicaments sont la soif, un besoin d’uriner plus fréquent, un taux plus bas de sodium, de potassium et de magnésium dans le sang, une glycémie plus élevée et le dysfonctionnement érectile. Les beta-bloquants inhibent les effets de l’hormone appelée adrénaline tout en ralentissant le rythme cardiaque. Le cœur travaille moins fort parce qu’il a besoin de moins de sang et d’oxygène pour fonctionner. On note, parmi les effets secondaires de ces médicaments, les mains et les pieds froids, de la fatigue, des rêves mémorisés (marquants) et le dysfonctionnement érectile. Les inhibiteurs du calcium dilatent les vaisseaux sanguins et l’action de pompage du cœur en réduisant la disponibilité en calcium pour la contraction musculaire. Le patient peut avoir comme effets secondaires des maux de tête, des palpitations, de l’enflure aux chevilles, des brûlements d’estomac et de l’enflure aux gencives. Les inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine (IECA) agissent sur le système rénine-angiotensine pour prévenir la formation de l’angiotensine, une hormone qui provoque le rétrécissement des vaisseaux. On note, parmi les effets secondaires de ces médicaments, la toux sèche ainsi que l’enflure de la bouche et de la gorge. Les bloqueurs des récepteurs de l’angiotensine (BRA) ont un rôle similaire à celui des IECA, à la différence qu’ils bloquent directement les récepteurs par lesquels l’angiotensine pénètre dans les vaisseaux sanguins. Les effets secondaires de ces médicaments sont négligeables et parfois même inexistants. Les inhibiteurs directs de la rénine bloquent l’activité de l’hormone vasoconstrictrice appelée rénine et aide à contrôler la tension artérielle de façon semblable à celle des IECA et des BRA. Les effets secondaires les plus courants sont la diarrhée et les brûlements d’estomac. Grâce à la pharmacogénomique, tous les espoirs sont maintenant permis pour les gens qui souffrent d’hypertension. La pharmacogénomique est une science nouvelle dont le but est d’établir les fondements génétiques responsables des réactions de chaque personne aux médicaments. Une fois ces différences mieux comprises, il sera plus facile pour les médecins d’adapter les traitements antihypertenseurs à chaque patient, afin d’en optimiser la sécurité et l’efficacité et de minimiser leur potentiel d’effets secondaires. |
