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Victimes d’une dépendance aussi forte que toutes les autres Marcia Kaye
« On estime que 5 % de la population nord-américaine (une personne sur 20) souffrirait de dépendance sexuelle. Parmi ces personnes, 93 % ont déjà été victimes de violence psychologique, alors que certains ont souffert de violence physique et d’autres, plus rares, d’abus sexuels », selon Doris Vincent, d’Edmonton, psychologue et thérapeute spécialisée en dépendance sexuelle. La majorité des dépendants sexuels sont des hommes hétérosexuels, mais on compte également des femmes hétérosexuelles et des hommes homosexuels parmi les dépendants. Quelle que soit la façon dont la dépendance se manifeste — recherche de promiscuité, multiples partenaires anonymes, masturbation compulsive ou obsession de la pornographie — les personnes qui en sont atteintes ne sont pas conscientes qu’elles souffrent d’un problème qui peut être traité. « Je croyais que mon comportement était celui de tous les autres hommes », nous confie Tom (nom fictif), un homme d’affaires de Toronto aujourd’hui dans la jeune soixantaine, qui a eu des douzaines de relations extraconjugales. Ses excès ont pris fin à l’âge de 57 ans, après que sa femme l’ait surpris en train d’harceler des femmes de leur entourage (dont certaines veuves depuis peu) et amené de force en consultation, où un thérapeute perspicace l’a confronté à son problème. Plus tard, en réhabilitation, Tom ne s’est pas tout de suite identifié à tous ces alcooliques, toxicomanes et joueurs compulsifs. « Mais j’ai fini par comprendre que je n’étais pas différent des autres. Ma drogue à moi, c’était le sexe, tout simplement. » La dépendance sexuelle ne comportant pas de dépendance physique à une substance quelconque, on ne sait trop dans quelle catégorie la répertorier. L’Association américaine de psychiatrie ne l’a pas encore classifiée, mais la Clinique Mayo la considère comme une incapacité à maîtriser ses pulsions, aussi connue sous le nom de comportement sexuel compulsif ou d’hypersexualité. Tous les dépendants sexuels n’ont pas nécessairement de fortes pulsions sexuelles, et ceux qui en ont ne sont pas nécessairement dépendants. Bien que nous soyions tous des êtres sexuels, le dépendant, lui, se sent contraint d’obéir à ses pulsions. Comme nous l’explique Doris Vincent : « une dépendance est une relation pathologique avec une substance. Dans le cas de la dépendance sexuelle, la personne qui en souffre devient dépendante des substances neurochimiques produites par son comportement. » Les sensations agréables, toutefois, sont de courte durée. Ironiquement, la plupart des dépendants sexuels ressentent un sentiment de vide persistant. « Pourtant, tous les espoirs de guérison sont permis », de dire Doris Vincent. Le traitement — qui peut prendre la forme d’un séjour en réadaptation, d’une thérapie de fin de semaine ou d’un programme en douze étapes dans la communauté — aide les dépendants à « décrocher », à être à l’écoute de leurs émotions. Ils peuvent ainsi établir des limites et rebâtir leurs relations. « La dépendance est liée à la rupture et à l’isolement, alors que les relations, au contraire, sont liées à la communication. » Tom compte maintenant plusieurs années de « sobriété » sexuelle, qui se manifeste par un meilleur contrôle de son comportement. Pour éviter les déclencheurs, il ne regarde pas la télévision, sauf s’il s’agit d’émissions de sport. Avant la thérapie, toutes les émissions où il y avait des femmes ou des commentaires de nature sexuelle avaient pour effet de stimuler sa dépendance. Durant la première année de son rétablissement, quand il devait voyager par affaires, il demandait que l’on sorte le téléviseur de sa chambre d’hôtel pour qu’il soit à l’abri de toutes les tentations. Tom aussi se tient loin des bars et, s’il doit manger au restaurant, il tourne sa chaise face au mur. Après une thérapie de couple intensive, la femme de Tom a pris la décision de poursuivre la vie commune avec son mari. Tom admet qu’elle ne lui a pas complètement pardonné ses écarts de conduite, « mais elle a fini par comprendre les causes de mon comportement. »
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