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Une glande minuscule, ayant la forme d'un papillon, peut vous faire battre de l'aile lorsqu'elle se détraque. Kristin Jenkins
« La moindre chose me demandait un effort colossal », se rappelle Kathryn, une Torontoise dans la mi-trentaine, mère de deux enfants et rédactrice en chef d’un magazine. « Quand je sortais faire une promenade à pied, il m’arrivait, au milieu de ma balade, de ne plus pouvoir continuer. Je devais alors m’asseoir sur un banc ou le rebord d’une fenêtre. Au travail, toute mon énergie y passait et j’étais obligée de m’allonger à mon retour à la maison. Je n’arrivais même plus à prononcer une phrase », nous raconte Kathryn. Un jour, après qu’une collègue de travail lui ait fait remarquer qu’elle avait vraiment mauvaise mine, Kathryn a décidé de consulter un médecin. « Selon plusieurs articles publiés dans des magazines pour femmes, un gain de poids inexpliqué est un symptôme suffisant pour justifier un examen de la glande thyroïde. Chez moi, le gain de poids était un symptôme mineur, le pire étant le manque d’enthousiasme face à la vie et l’impression de ne plus être moi-même. »
Dans de rares cas, la glande pituitaire ne produit pas suffisamment de thyréostimuline, ce qui conduit à l’hypothyroïdie. Cette insuffisance entraîne souvent des dérèglements, car la glande pituitaire contrôle aussi d’autres organes, comme les glandes surrénales et génitales, de même que la croissance humaine. Cependant, la cause la plus fréquente d’hypothyroïdie est l’attaque destructrice de la thyroïde par le système immunitaire, une maladie auto-immune connue sous le nom de thyroïdite chronique de Hashimoto, maladie dont souffre justement Kathryn Hayward. « Dans le cas de cette maladie, c’est le système immunitaire qui produit un anticorps contre la thyroïde », nous explique le Dr William Singer, médecin consultant au Département d’endocrinologie de l’Hôpital St. Michael de Toronto. « Cette maladie héréditaire, dont les symptômes apparaissent de façon graduelle, est quatre à cinq fois plus fréquente chez la femme que chez l’homme. » Dans d’autres cas, une chirurgie de la thyroïde, l’iode radioactif (utilisé dans le traitement de l’hyperthyroïdie) ou la radiation externe (à laquelle on a recours dans certaines formes de cancers) peuvent conduire à l’hypothyroïdie. La maladie peut également apparaître avant la naissance lorsqu’une anomalie survient au cours du développement de la glande thyroïde. « Chez le nouveau-né, une insuffisance de la glande thyroïde causera des dommages irrémédiables, qui peuvent être progressifs et permanents, et c’est pourquoi tous les nourrissons doivent subir un examen régulier de la glande thyroïde », d’expliquer le Dr Singer.
La maladie thyroïdienne la plus répandue est l’hypothyroïdie. L’autre, l’hyperthyroïdie (ou maladie de Graves), est causée par une surproduction d’hormones et ses origines sont souvent héréditaires. On observe actuellement au Canada une légère hausse de la prévalence d’hypothyroïdie, mais les experts ne s’entendent pas sur ses causes probables et consacrent surtout leurs recherches aux toxines qui polluent l’environnement. Il n’est pas toujours facile de diagnostiquer rapidement l’hypothyroïdie, car la maladie a tendance à progresser lentement. De plus, ses symptômes sont souvent assez vagues et peuvent être facilement confondus avec d’autres problèmes de santé, comme l’anémie ou la dépression (voir Les symptômes de l’hypothyroïdie, p. 29). Au début, les changements d’humeur et de comportement constituent souvent les seuls signes visibles d’un désordre thyroïdien. « S’il est si difficile de diagnostiquer une hypothyroïdie, c’est que les symptômes sont imprécis », de dire le Dr Singer, qui est aussi professeur adjoint de médecine à l’Université de Toronto. « Le symptôme le plus courant est la fatigue, ce qui peut être également la manifestation d’un trouble du sommeil. » Mais qu’y a-t-il de grave à éprouver une légère fatigue ou à prendre quelques kilos ? Rien, en apparence, mais en réalité, une hypothyroïdie non soignée peut avoir des conséquences désastreuses sur la santé. En plus d’affecter le rendement intellectuel et physique, l’hypothyroïdie qui n’est pas traitée peut conduire à l’hypercholestérolémie et à la maladie cardiaque. « D’autres problèmes de santé, tels que l’hypertension, l’œdème pulmonaire et l’anémie, peuvent s’aggraver ou se compliquer si l’hypothyroïdie n’est pas diagnostiquée », de dire le Dr Patrick M. Doran, chef du Département d’endocrinologie et du métabolisme de l’Hôpital Royal Victoria de Montréal et au centre de santé de l’Université McGill. « Comme l’hypothyroïdie affecte le métabolisme, elle peut aussi réduire les capacités de l’organisme à assimiler certains médicaments, ce qui peut augmenter les risques d’effets secondaires et d’interaction médicamenteuse », d’expliquer le Dr Doran. Précisons aussi que les effets indésirables de certains médicaments, comme le lithium dans le traitement des patients souffrant d’un trouble bipolaire, sont aussi reconnus pour accroître l’incidence d’hypothyroïdie. La bonne nouvelle, c’est que le traitement pour l’hypothyroïdie est rapide et efficace. Bien que Kathryn ait eu à attendre plusieurs années pour obtenir un diagnostic, les bienfaits du médicament, eux, n’ont pas tardé. Deux à trois semaines après le début du traitement, elle voyait déjà une énorme différence. « Les résultats ne sont pas instantanés, mais graduels. Vous sentez que vous revenez petit à petit à votre état normal et vous retrouvez progressivement votre vivacité d’esprit », explique-t-elle. Le traitement consiste à administrer une hormone thyroïdienne de remplacement, la thyroxine synthétique ou T4, sous la forme d’un comprimé que l’on doit prendre tous les jours pour le reste de sa vie. Au début, des tests sanguins sont effectués toutes les six à huit semaines pour que l’on puisse établir le bon dosage. Par la suite, on fait subir une fois l’an un test sanguin au patient, afin de vérifier les taux de l’hormone thyroïdienne, notamment la quantité totale de triiodothyronine (T3) et de thyréostimuline dans le sérum sanguin. « Si vous présentez certains symptômes d’insuffisance thyroïdienne, que vous avez des antécédents familiaux d’une maladie thyroïdienne ou que vous souffrez d’une maladie auto-immune comme le diabète de type 1, insistez pour que l’on vérifie périodiquement votre taux d’hormones thyroïdiennes », recommande le Dr Doran. Il est également important d’obtenir un diagnostic précoce de trouble thyroïdien dans le cas où l’on prévoit avoir un enfant, car l’hypothyroïdie peut avoir des répercussions négatives sur le développement du fœtus. Un test de dépistage s’impose également chez les femmes qui ont de la difficulté à devenir enceinte ou chez celles qui ont déjà fait une fausse-couche. « Dans le cadre de vastes études, on a suivi, durant plusieurs années, des enfants d’âge scolaire nés de femmes atteintes d’hypothyroïdie. On a découvert que les enfants des femmes non traitées étaient souvent désavantagés sur le plan du développement, en comparaison des enfants nés de femmes qui avaient été soignées », d’expliquer le Dr Doran. Voilà pourquoi les médecins sont nombreux à faire subir un test de dépistage de l’hypothyroïdie à leurs patientes enceintes, et à augmenter la médication durant la grossesse. Pour les avoir subis personnellement, Kathryn connaît bien les effets de la grossesse sur la fonction thyroïdienne. Durant le second trimestre de sa deuxième grossesse, elle a subi une importante baisse d’énergie qui l’a laissée totalement épuisée. Une visite chez l’endocrinologue a confirmé la nécessité d’ajuster sa médication. Dix jours après le début de son nouveau traitement, elle se sentait déjà beaucoup mieux. Le traitement de l’hypothyroïdie étant relativement simple et rapide, les chercheurs consacrent surtout leur temps aux raisons qui pourraient expliquer pourquoi le système immunitaire s’attaque à la glande thyroïde. « Les éléments qui déclenchent le processus sont encore nébuleux », de dire Patrick Doran. « Nous espérons trouver bientôt un moyen de prévenir ou d’inverser le processus de destruction immunitaire. On éliminerait ainsi la raison d’être d’un traitement de remplacement de la thyroxine.
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