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Dans une galaxie près de chez vous ! Dory Cerny
« C’est une situation vraiment frustrante que de vouloir être à l’extérieur lorsque le soleil commence à se pointer, alors que nous nous y sentons beaucoup plus mal en point qu’à l’intérieur », affirme Jacynthe Bouchard, 52 ans, gestionnaire au gouvernement habitant à Victoria. Ses allergies aux spores de moisissure et au pollen des arbres et des plantes herbacées la font tousser et éternuer du début du mois d’avril jusqu’à l’automne. « J’ai les yeux larmoyants et mon nez coule. Je suis cernée, j’ai des maux de tête et j’en perds ma concentration. C’est comme si je vivais dans le brouillard. » Les symptômes de Jacynthe, ainsi que des picotements au niveau des yeux, du nez, des oreilles et de la gorge, sont communs à tous ceux qui souffrent du rhume des foins. Les personnes allergiques réagissent à la présence soudaine de pollen, ces minuscules semences de forme ovoïde qui flottent dans l’air lorsque les plantes et les arbres se sont mis à fleurir. Le bouleau, l’aulne, le chêne, l’orme et le mûrier sont les allergènes les plus répandus. Ils commencent à répandre leur pollen dès le mois de février en Colombie-Britannique, et en mars ou en avril dans l’est du pays. Le pollen des graminées sévit surtout durant les mois d’été, alors que ceux de l’herbe à poux et des moisissures font sentir leur présence à la fin de l’été et à l’automne. Que se passe-t-il lors d’une crise de rhume des foins ? La sensibilisation au pollen survient lorsque les graines de pollen entrent pour la première fois en contact avec le système immunitaire. Il faut quelques années d’exposition au pollen pour que notre organisme fabrique des anticorps, ce qui explique pourquoi, en général, les symptômes de rhume des foins ne se manifestent pas avant l’âge de cinq ans. Quand les voies respiratoires des personnes qui ont des prédispositions (généralement héréditaires) au rhume des foins respirent du pollen, leur système immunitaire confond à tort ces protéines avec des substances nuisibles et libère des anticorps en forme de Y connus sous le nom d’immunoglobulines E, dont le rôle est de détruire ces antigènes spécifiques. Ces sentinelles se fixent d’elles-mêmes aux mastocytes, des cellules présentes en grand nombre dans les voies nasales, les yeux, la gorge et les poumons. Une fois bien installées, les immunoglobulines attendent de repérer un allergène dans leur radar. Dès que le taux d’antigènes est suffisamment élevé, les anticorps passent à l’action en pulvérisant les mastocytes pour libérer des substances chimiques, telles des histamines et des leucotriènes, censées protéger le corps mais qui sont très inflammatoires. Ces substances entraînent la réaction en chaîne qui est à l’origine des pénibles symptômes qui sont le lot quotidien des personnes victimes d’allergies. L’asthme : un parent proche plutôt sinistre du rhume des foins Il existe un lien étroit entre la rhinite allergique et l’asthme. Au cours des dernières années, les médecins ont commencé à souscrire à l’approche selon laquelle une personne asthmatique devrait (en théorie du moins) subir des tests d’allergie, alors que celle qui souffre de rhinite saisonnière devrait se soumettre aux examens médicaux habituels des asthmatiques. Ce concept de syndrome de maladies allergiques chroniques des voies respiratoires est le résultat de longues années de recherches au cours desquelles on a établi d’importantes corrélations entre les deux maladies. On estime qu’au moins 80 % des asthmatiques souffrent également d’allergies et qu’environ 40 % des personnes atteintes de rhinite allergique sont aussi asthmatiques. Si la réaction allergique se limite aux yeux, aux sinus et à la gorge, il s’agit probablement de simples allergies. Par contre, si la respiration est sifflante et qu’elle est accompagnée d’une toux bronchique, il pourrait fort bien s’agir d’asthme. « Une personne asthmatique devrait consulter un allergologue pour s’assurer que toutes les précautions sont prises pour réduire les facteurs allergiques de sa maladie », de dire le Dr Devi Banerjee, allergologue à l’Hôpital général de Montréal. Même les gens qui ne souffrent pas d’asthme en temps normal peuvent présenter des symptômes durant la saison la plus propice aux allergies. Jacynthe s’est vue prescrire un médicament contre l’asthme appelé inhibiteur des leucotriènes, qu’elle prend lorsque sa toux devient trop persistante. On lui a recommandé aussi une dose quotidienne d’un médicament en vente libre : un antihistaminique de deuxième génération (voir le Tableau des médicaments anti-allergiques, p. 19). Options de traitements Il est possible, heureusement, de soulager les symptômes d’allergies saisonnières avec des médicaments en vente libre, tels les antihistaminiques et les décongestionnants. Selon la gravité des symptômes, on peut prendre ces médicaments tous les jours en suivant les recommandations du médecin ou, comme doit le faire Jacynthe, les associer à d’autres traitements. « On peut prendre des décongestionnants à l’occasion, mais il faut se souvenir qu’un surdosage peut provoquer que ce nous appelons un rebond, c’est-à-dire la réapparition de la congestion », d’expliquer le Dr Banerjee. « Il existe aussi les décongestionnants en aérosol pour voies nasales qui contiennent de faibles doses de corticostéroïdes. Les corticostéroïdes sont des médicaments prescrits par le médecin pour réduire l’inflammation et l’enflure des voies nasales (voir le Tableau des médicaments anti-allergiques, p. 19). « Si, après que nous ayons essayé tous ces médicaments, les symptômes sont encore très présents, nous pouvons avoir recours à l’immunothérapie », de dire le Dr Banerjee. L’immunothérapie consiste à injecter des allergènes au patient. On lui fait d’abord subir un test d’allergies, soit une série de piqûres ou d’éraflures cutanées destinées à déterminer les déclencheurs d’allergies. Une fois les déclencheurs identifiés, le traitement par injections commence, à partir de doses très faibles que l’on augmente progressivement, jusqu’à ce que l’organisme développe une tolérance aux protéines qui étaient problématiques. Même si les symptômes se manifestent uniquement durant la saison des allergies, l’immunothérapie doit se prolonger pendant toute l’année, sur une période d’au moins trois ans. Le taux de succès de ce traitement est élevé, de dire le Dr Banerjee : 80 % des patients verront une amélioration notable de leur état de santé, alors que chez d’autres, les symptômes d’allergies disparaîtront complètement. Parmi les autres médicaments qui ont été récemment mis en marché au Canada, mentionnons les versions améliorées de corticostéroïdes en inhalateur, qui ont beaucoup moins d’effets secondaires que les versions précédentes (voir le Tableau des médicaments anti-allergiques, p. 19). De plus, un nombre grandissant d’études tendent à indiquer que les traitements par voies nasales soulagent indirectement la conjonctivite allergique (allergie des yeux), un autre symptôme désagréable des allergies saisonnières. On compte aussi, parmi les options de traitement, les injections présaisonnières, et les médicaments sublinguaux (administrés sous la langue). « Comme leur nom l’indique, les injections présaisonnières se font avant la saison des allergies, en quatre étapes : une fois par semaine pendant quatre semaines », de dire le Dr Banerjee. Ceci par opposition au traitement traditionnel, qui consiste en une série d’injections qui s’étale sur une période de trois à cinq ans. « Bien qu’il soit moins efficace, ce traitement est tout de même acceptable », de conclure l’allergologue. Bien que le programme de traitement présaisonnier soit déjà disponible pour certains allergènes, le traitement sublingual, toujours à l’étude, n’est pas encore offert au Canada. Des études ont démontré, toutefois, qu’il était tout aussi efficace que les injections anti-allergiques traditionnelles et qu’il pouvait aider à soulager les symptômes s’il était administré en même temps que les injections. Quoi de neuf ? L’immunothérapie par la peptide, qui consiste à utiliser, en doses infinitésimales, de petites composantes synthétiques de molécules allergènes, fait présentement l’objet de recherches par les scientifiques de l’Université McMaster d’Hamilton, en Ontario. Le traitement a pour effet de réduire la réponse des cellules qui provoquent les réactions allergiques et d’augmenter l’efficacité de celles qui renforcent la tolérance. L’immunothérapie par la peptide pourrait être plus sécuritaire que les traitements actuels parce que moins susceptible de provoquer une réaction allergique grave pendant le traitement, un risque présent dans toutes les formes d’immunothérapie. Les chercheurs sont en train de tester la version injectable du traitement, de même que sa version par voie orale. La bonne nouvelle : le vieillissement pourrait s’avérer lui aussi un traitement, car les symptômes allergiques ont tendance à diminuer avec le temps. En effet, avec l’âge, le système immunitaire commence à produire moins d’anticorps, dont les immunoglobulines. Cela signifie que si les risques d’infections sont susceptibles de s’accroître avec l’âge, la fréquence et la gravité des réactions allergiques, pour leur part, ont tendance à diminuer. Jacynthe Bouchard n’a pas encore atteint cet âge où ses symptômes d’allergies risquent de s’estomper peu à peu, mais elle avoue attendre avec impatience ce moment. « Je n’ai pas hâte de vieillir, bien sûr, mais j’entends bien profiter des quelques avantages de l’âge d’or ! », nous dit-elle, en riant.
La prise en charge
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