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Depuis des millénaires, les êtres humains recherchent les pouvoirs guérisseurs de l’immersion dans l’eau. Mais l’hydrothérapie a-t-elle de véritables propriétés bienfaisantes ? Giancarlo La Giorgia
À la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle (période qui constitue les années d’or du tourisme balnéaire), les gens affluaient de partout dans le monde à destination de Vichy, France — où l’effervescence naturelle de son eau minérale a la réputation, depuis la Rome antique, de stimuler la digestion —, ou sur les rives de la mer Morte où l’eau à haute teneur en sel était censée faire merveille sur les maladies cutanées et rhumatismales. Aujourd’hui, l’eau de Vichy est disponible dans tous les supermarchés, alors que le sel et la boue de la mer Morte sont ajoutés aux produits de bain thérapeutique et aux produits exfoliants. « Tout le monde a recours à l’hydrothérapie sous une forme ou une autre dans la vie quotidienne », nous dit Chandra Kastern, directrice exécutive du campus de Calgary du Collège canadien de massage et d’hydrothérapie. Elle peut se présenter sous la forme aussi simple qu’un bain chaud ou qu’un sac de glace pour apaiser les douleurs d’une blessure, ou aussi complexe qu’un gommage corporel ou un enveloppement d’algues marines dans le cadre d’un traitement au spa », d’expliquer Madame Kastern. Chandra Kastern précise aussi que les soins hydrothérapeutiques administrés dans les spas le sont généralement à des fins esthétiques et ne bénéficient que de vertus curatives limitées. À son avis, toutefois, les bains d’eau minérale sont à l’origine de bienfaits importants, puisque l’immersion dans une source chaude ou une eau salée permet au corps d’absorber les minéraux par la peau. « Un tel traitement favorise la détoxification et aide à réduire la rétention des liquides. Il combat la douleur et la fatigue musculaires, stimule la circulation sanguine et, par le fait même, les fonctions immunitaires et métaboliques. Enfin, l’eau chaude ou salée joue un rôle bénéfique dans la réparation des tissus, en plus d’être un antibiotique naturel », nous explique Madame Kastern. Si les adeptes des spas témoignent d’une confiance aveugle envers les propriétés curatives des bains d’eau minérale, l’ensemble de la communauté médicale, elle, fait preuve de scepticisme à cet égard. « La preuve est faite, malheureusement, que l’immersion dans l’eau ne saurait guérir l’arthrite rhumatoïde, et cela que vous nagiez dans l’eau de mer ou que vous vous prélassiez dans un spa de prestige ou dans votre propre bain à remous », d’expliquer le Dr Duncan Gordon, rhumatologue, professeur de médecine à l’Université de Toronto et rédacteur en chef du Journal of Rheumatology. Il reconnaît cependant que les rhumatologues portaient autrefois le nom de balnéothérapeutes — dont le préfixe (balnéo) vient du latin balneum qui veut dire bain —, parce qu’ils recouraient à l’immersion dans l’eau pour soigner les maladies rhumatismales. En dépit de cette référence historique, selon le Dr Gordon, la balnéothérapie a fait plus souvent l’objet de promesses non fondées que d’études approfondies. Cela dit, certaines études ont démontré que les bains de glace — à la suite d’une activité physique intense ou d’une blessure grave — peuvent réduire la douleur musculaire et l’inflammation, alors que les bains chauds ont le pouvoir d’apaiser les douleurs musculaires et articulaires chroniques. Pour sa part, l’hydrothérapie de contraste (qui consiste à réchauffer et à refroidir partiellement le corps en alternance) ne se distingue en rien des compresses chaudes ou froides : l’eau froide réduit l’inflammation et chasse le sang des extrémités vers les organes internes, alors que l’eau chaude détend les muscles et les jointures, tout en stimulant la circulation et la sudation. « Tous ceux qui ont fait l’expérience du bain à remous savent que la sensation est très agréable et connaissent les pouvoirs vivifiants de l’eau froide. Mais l’hydrothérapie comme traitement antidouleur se compare à l’acupuncture : elle ne procurera jamais qu’un soulagement temporaire », d’affirmer le Dr Gordon. Le Dr Charles Godfrey, professeur associé au département de physiatrie et de réadaptation de l’Université de Toronto, est favorable à l’utilisation de l’hydrothérapie, mais uniquement dans le contexte restreint d’exercices prescrits, exécutés dans une piscine ou un bain à remous. « Les exercices en eau tiède aident à réduire la spasticité chez les gens qui souffrent de troubles neuromusculaires. De plus, la flottabilité que l’eau procure rend les mouvements moins pénibles pour les articulations », d’expliquer le Dr Godfrey. Selon Janet Holly, physiothérapeute au Centre de réhabilitation de l’Université d’Ottawa, l’hydrothérapie de réadaptation peut comporter des exercices d’étirement, de renforcement et de mobilisation des membres blessés. « Si un patient a subi une blessure au genou et qu’il ne possède plus que 70 % de sa souplesse, l’immersion dans l’eau permettra aux tissus de s’étirer plus facilement, tout en exerçant moins de pression sur les articulations, ce qui permettra au patient de retrouver pratiquement toute sa souplesse », d’affirmer Madame Holly. L’hydrothérapie peut être prescrite par le médecin, mais ce n’est pas une nécessité. « On recommandera toutefois à certains patients d’aborder l’hydrothérapie avec prudence », de dire le Dr Godfrey. Par exemple, pour ceux qui souffrent d’une maladie cardiovasculaire, ce type de traitement n’est pas interdit, pourvu que leur état soit stable. Toutefois, dans les cas où le patient cardiaque est en mesure de subir le traitement, on lui conseillera d’apporter ses médicaments, en particulier la nitroglycérine, les inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine ou d’autres vasodilatateurs (dont le rôle est d’abaisser la tension artérielle). Il faut préciser cependant que tout traitement comportant une exposition prolongée à l’eau chaude devrait être évité pour ce type de patient, à cause des risques qu’il représente d’élever la tension à un niveau dangereux. L’eau des bains à remous, qui atteint généralement une température d’au moins 37,8 °C (100 oF), est suffisamment chaude pour provoquer un coup de chaleur. Voilà pourquoi on ne devrait pas passer plus de 10 à 15 minutes dans ce type de bain. Il est également fortement déconseillé aux femmes enceintes de se baigner dans un bain dont la température dépasse 37,8 °C, car les températures élevées peuvent avoir des effets néfastes sur le fœtus. Les organes des enfants en bas âge pourraient aussi être endommagés, de même que le cerveau des personnes qui ont été victimes d’un AVC ou d’une blessure à la tête. En cas de doute, n’hésitez pas à consulter un médecin. Au Centre de réhabilitation de l’Université d’Ottawa, où travaille Janet Holly, une séance d’hydrothérapie typique dure entre 30 et 45 minutes, soit cinq minutes de réchauffement, dix minutes d’étirement, dix à 15 minutes de renforcement, de dix à 15 minutes d’activités aérobiques et, si le temps le permet, de cinq à dix à Enfin, le Dr Godfrey prévient les gens ayant une maladie de peau ou un système immunitaire affaibli, ou qui sont sujets aux infections urinaires ou intestinales, d’éviter l’hydrothérapie. Il nous informe aussi que, quelle que soit la piscine (publique ou privée), il est toujours préférable de faire ses exercices dans l’eau salée ou débarrassée des rayons UV du soleil, plutôt que dans l’eau chlorée. Le chlore étant toxique, il peut provoquer une irritation de la peau ou des yeux ainsi que des problèmes respiratoires après de fréquentes expositions.
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