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Le cancer de la prostate

Messieurs, n’hésitez pas à discuter des tests avec votre médecin.

James Careless

Le cancer de la prostate
©2012 Thinkstock

Le cancer de la prostate est aussi répandu chez l’homme que celui du cancer du sein chez la femme. Depuis plusieurs années, un programme de dépistage permet à de nombreuses aux femmes de passer tous les deux ans, à titre préventif, une mammographie susceptible de révéler des anomalies aux seins. Ce test a prouvé qu’il peut sauver des vies.

L’adoption d’un programme similaire destiné à dépister le cancer de la prostate suscite toutefois la controverse, et ce malgré le fait qu’un Canadien sur sept est susceptible de développer un cancer de la prostate au cours de sa vie. Le risque est encore plus élevé chez les hommes ayant des antécédents familiaux de cette maladie ou ceux d’origine africaine. Il n’en reste pas moins que tous les hommes sont à risque, en particulier les hommes âgés de 60 ans et plus.

Jusqu’à tout récemment, le dépistage précoce de l’APS était considéré comme le meilleur moyen de prévenir le cancer de la prostate. APS est l’acronyme de l’antigène prostatique spécifique, une protéine que produit la prostate pour aider le liquide séminal à conserver sa forme liquide. Il faut rappeler que, naturellement, les cellules prostatiques cancéreuses libèrent dans le sang plus d’APS que ne le font les cellules saines. Les hommes qui souffrent d’hypertrophie de la prostate — une pathologie bénigne — peuvent aussi présenter un taux plus élevé d’APS. Récemment, le Groupe de travail américain sur les services préventifs, le U.S. Preventive Services Task Force (USPSTF) a émis, dans un récent rapport, des doutes sur l’efficacité de ce type de test de détection.

L’USPSTF admet que le dépistage de l’APS chez les hommes qui ne présentent aucun symptôme « peut détecter certains cas de cancer de la prostate, mais que les preuves actuelles ne sont pas suffisantes pour déterminer si le traitement du cancer de la prostate détecté par dépistage a des répercussions plus positives sur la santé des hommes de 75 ans ou moins que le traitement consécutif à l’examen clinique. » En d’autres termes, le test de l’APS chez les patients asymptomatiques ne serait pas plus efficace que les examens que l’on fait subir aux hommes qui manifestent déjà des problèmes génito-urinaires quand ils se présentent chez le médecin. Pour en connaître davantage, vous êtes invités à lire le rapport complet de l’USPSTF au www.uspreventiveservicestaskforce.org.

En ce qui a trait aux hommes de 76 ans et plus, l’USPSTF a noté que les bénéfices réels du traitement d’un cancer de la prostate détecté par dépistage sont minimes ou carrément inexistants.

Quelle est l’opinion des chercheurs canadiens sur les conclusions de l’USPSTF ? « Je suis d’avis que leurs conclusions sont beaucoup trop négatives », de répondre Richard P. Gallagher, un scientifique émérite associé au Programme de recherche sur le contrôle du cancer de l’Agence du cancer de Colombie-Britannique à Vancouver, qui précise qu’une étude a révélé qu’on avait observé une réduction des décès liés au cancer de la prostate décelé lors des tests de l’APS. « L’essai européen randomisé sur le dépistage du cancer de la prostate par l’APS a révélé une réduction de 20 % de la mortalité liée au cancer de la prostate chez les hommes qui faisaient partie du groupe soumis au test de l’APS », déclare-t-il. « Il s’agit d’une baisse considérable du taux de mortalité, laquelle pourrait encore s’accroître au fur et à mesure que l’essai se poursuivra.»

« Chaque année », poursuit M. Gallagher, « 25 000 Canadiens reçoivent un diagnostic de cancer de la prostate et 4 100 d’entre eux succombent à leur maladie. » Souvent, le cancer de la prostate progresse lentement, ce qui peut inciter les médecins à adopter l’approche de la « surveillance active » qui retarde le traitement, à moins que la tumeur ne présente des changements qui laisse supposer un cancer plus agressif. Chez les hommes traités pour ce type de cancer au moyen de la chimiothérapie, de l’hormonothérapie et de la radiothérapie, on observe parfois des effets secondaires indésirables, comme le dysfonctionnement érectile, l’incontinence urinaire et les problèmes intestinaux.

Abstraction faite des programmes de dépistage à grande échelle, les hommes devraient-ils, à titre personnel, cesser de demander à leur médecin de faire des tests de l’APS? Au Canada, la réponse est négative. « La détection précoce reste essentielle pour contrer le cancer de la prostate », nous dit le Dr Robert Nam, directeur du Département d’oncologie génito-urinaire du Centre des sciences de la santé Sunnybrook de Toronto. « Si vous ne passez pas de test de diagnostic du cancer de la prostate, il sera impossible pour votre médecin de découvrir ce cancer — dans le cas où vous en souffriez — tant que ce cancer n’aura pas progressé de façon significative.»

Et M. Gallagher d’ajouter : « C’est uniquement en discutant avec votre médecin que vous pourrez peser le pour et le contre (les avantages et les risques) et alors déterminer si le test de l’APS est approprié. Si vous ne le faites pas, vous ne saurez jamais exactement à quoi vous en tenir.

Au Canada, notre approche de détection du cancer de la prostate ne se limite pas seulement à la simple détection de l’APS au moyen d’un test sanguin. « En réalité, nous combinons le test de l’APS aux données que nous avons sur le patient : son âge, son état de santé, ses origines ethniques et ses antécédents familiaux », d’expliquer le Dr Nam. L’approche mise de l’avant au Canada comporte aussi un calculateur de risque élaboré par le Centre des sciences de la santé Sunnybrook. Visitez http://prostaterisk.ca. Elle a aussi recours à un questionnaire en ligne à l’adresse www.prostatecancer.ca.

« Ce n’est qu’après avoir évalué ces facteurs, effectué un toucher rectal et confirmé par une biopsie les résultats soupçonnés que nous pouvons envisager un type ou un autre de traitement, en accord avec le patient », de dire le Dr Nam. Pour effectuer un toucher rectal, le médecin enfile des gants de latex et effectue un toucher rectal au patient pour vérifier la taille et la texture de sa glande prostatique afin de détecter la présence éventuelle de nodules ou de différentes anomalies.

Rod Seiling est l’un de ces Canadiens qui croient en la fiabilité du test de l’APS. Aujourd’hui président de la Commission des courses de l’Ontario, il a été l’un des défenseurs vedette de la LHN, entre autres pour les Rangers de New York. « Je suis la preuve vivante que le test de l’APS permet de détecter le cancer de la prostate avant qu’il ne soit irrémédiable », de dire Rod Selling. « Il faut déceler la maladie, y faire face et la combattre.»

Le nageur Alex Baumann, double médaillé d’or aux Jeux olympiques, est un autre survivant du cancer de la prostate. « Si je suis encore en vie aujourd’hui, c’est parce que mon médecin a soupçonné des anomalies et qu’il m’a soumis à tous les examens nécessaires », nous raconte-t-il. Interrogé sur les inquiétudes exprimées par le Groupe de travail américain sur les services préventifs, Alex Baumann a fait savoir qu’il n’était pas un spécialiste mais qu’il croyait en l’efficacité du test. « Quand il y a le moindre doute, ce test constitue un moyen efficace pour dépister les problèmes de prostate. » Pour l’ex-nageur olympique, une chose est certaine : le test de l’APS lui a sauvé la vie. « Quand le diagnostic de cancer a été confirmé par biopsie, les résultats ont révélé que le cancer s’était étendu à plus de la moitié de ma prostate. »

Le débat sur le dépistage de l’APS se résume ainsi : un débat qui oppose deux points de vue différents d’experts du domaine, qui sont tous à la recherche des meilleures solutions pour leurs patients. Mais ce qui ne sera jamais contesté, c’est la menace que représente l’envahissement du cancer de la prostate chez les hommes. Parmi les survivants de cette maladie, mentionnons Nelson Mandela, le général « Stormin’ Norman » Schwarzkopf, Colin Powell, Rudolph Giuliani, Arnold Palmer, Harry Belafonte, Robert De Niro, Roger Moore et l’archevêque Desmond Tutu. Mais dans le cas de certaines autres personnalités publiques, dont Jerry Orbach, Frank Zappa et Pierre-Elliott Trudeau, le cancer de la prostate n’a pas été détecté à temps.

Force est d’admettre que le cancer de la prostate représente une grande menace pour la santé des hommes de 50 ans et plus et que ces derniers doivent discuter de ce danger avec leur médecin. « Par la suite, il appartiendra à chacun de décider s’il veut ou non passer les tests, mais la discussion sur le dépistage est nécessaire », de dire le Dr Nam.

LIENS UTILES

PCA3.org Calculateurs en vue de l’évaluation du risque de cancer de la prostate http://www.pca3.org/public/fr/ pca3/calculateurs-en-vue-de-l%E2%80% 99%C3%A9valuation-du-risque-de-cancer-de-la-prostate

Test en ligne pour évaluer le risque pour le patient de développer la maladie http://www.prostatecancer.ca/Prostate-Cancer/Risk-Assessment-Quiz


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